Casablanca : Un rendez-vous de l’assurance réussi haut la main

Plus d’un millier de participants se sont réunis, récemment, lors de la 11ème édition du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance, qui a choisi cette année une thématique d’actualité : « Nouvelles technologies et IA : Quelles opportunités pour l’assurance ? ».  Organisé par la Fédération Marocaine de l’Assurance (FMA), cet événement, placé sous le Haut Patronage de SM le Roi Mohammed VI, a connu un franc succès.

Comme à l’accoutumée, la cérémonie d’ouverture du Rendez-vous de Casablanca de l’Assurance qui a soufflé sa 11ème bougie cette année, a été marquée par la prise de parole du président de la FMA, Mohamed Hassan Bensalah.  Il a ainsi commencé par mettre en exergue la transformation profonde des métiers et des process, portée par l’intelligence artificielle, appelant à la mise en place d’un cadre réglementaire favorable à l’innovation, à l’émergence des Insurtech et à l’inclusion assurantielle. 

Et de souligner avec vigueur les chantiers prioritaires à venir, notamment la révision du barème d’indemnisation en assurance automobile et le passage progressif vers un régime universel en santé, en partenariat avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale.


RDV Assurance

Présente également à la cérémonie d’ouverture de cette manifestation, la ministre de l’Économie et des Finances, Nadia Fettah a, dans son discours, plaidé pour un encadrement rigoureux et des investissements ciblés, en particulier en cybersécurité pour accompagner ces bouleversements technologiques.

Dans ce sillage, la ministre a rappelé : « En 2022, 82% des grandes compagnies d’assurance mondiales ont été la cible de ransomwares. Le Maroc a réagi avec vigueur en adoptant la loi 20-05 sur la cybersécurité et en mettant en place une directive nationale pour renforcer la sécurité des systèmes d’information ». 

Et de déclarer : « Il s’agit de créer un environnement de confiance où la donnée devient un actif protégé et non une vulnérabilité. Le développement d’une offre d’assurance sans les risques cybers est aussi en cours. Nous devons anticipé le besoin des entreprises, des institutions et des citoyens face à une menace qui ne cesse de croître, qui est même avérée ». 

Selon la conclusion de Nadia Fettah, « il est essentiel de préserver l’équilibre entre personnalisation et mutualisation. L’IA permet de cibler finement les profils mais attention à ne pas fragmenter le risque au point d’exclure les plus vulnérables. L’inclusion doit rester au coeur de notre modèle. Le projet technologique n’a de valeur que s’il sert l’humain, l’assurance de demain sera plus agile, plus numérique mais elle devra aussi être plus équitable, plus résiliante et plus solidaire ». 

A cette occasion, le vice-président délégué de la FMA, Bachir Baddou a confié à Le1.ma, que l’IA peut servir dans toute la chaîne de valeur, commençant par l’analyse du produit, la tarification des risques tout en passant par l’entrée en relation avec notre clientèle potentielle. 

Bachir Baddou
Le vice-président délégué de la FMA, Bachir Baddou

Le responsable nous a également précisé que l’IA peut être un excellent vecteur de communication et d’entrée en relation avec la population, ajoutant que l’IA offre ainsi des opportunités au secteur des assurances surtout en ce qui concerne la partie de tarifications, de constructions de contrats, de la segmentation de la population ainsi que de la mise en place des produits adaptés à leurs besoins. 

Entre conventions et partage d’expériences

Lors de cette édition, il a également été question de la signature de deux accords structurants. Le premier est une convention de coopération entre la FMA et l’Association des Assureurs du Ghana, pays à l’honneur, pour renforcer les synergies en matière de digitalisation et d’innovation.

Le deuxième est une charte conjointe FMA-ACAPS visant à intégrer l’approche genre dans les produits d’assurance, en ligne avec les objectifs nationaux d’inclusion financière.

Durant ce rendez-vous, les participants ont eu le loisir d’assister à 5 panels et 4 keynotes, où ils ont pu explorer les grands enjeux du moment : la personnalisation des offres à l’ère de l’IA, l’équilibre entre mutualisation et segmentation, la transformation de la chaîne de valeur, la gestion des risques climatiques, l’IA en santé ou encore l’évolution de l’assurance automobile.

Répondant présente également à ce rendez-vous, la présidente de France Assureurs, Florence Lustman a éclairé l’assistance pendant un Keynote sur les apports de l’intelligence artificielle et des technologies émergentes pour le secteur. En effet, dans son intervention, elle a expliqué que depuis plusieurs années, l’IA s’est imposée comme un levier majeur d’innovation dans le secteur des assurances, révolutionnant les pratiques, gestion de sinistre, suivi des risques, conception, vente de produits… 

« Les cas d’usage B2B sont nombreux et déjà bien avancés. Le conseiller augmenté fait partie par exemple des cas d’usage de l’IA. Mais si l’on regarde de l’autre côté du miroir, quel sera le positionnement d’un conseiller, même augmenté face à un assuré qui lui aussi sera augmenté car désormais équipé dans sa poche d’un outil capable de comparer instantanément les multiples offres disponibles? », se demande-t-elle, avant de jeter un pavé dans la mare sur ce changement d’optique qui ouvre une réflexion fascinante non pas sur l’impact direct de l’IA sur les acteurs du secteur de l’assurance mais sur ses conséquences indirectes cette fois patentes chez leurs assurés.

Florence Lustman Presidente de France Assureurs
Florence Lustman, Présidente de France Assureurs

Le secteur assurantiel de demain

Et de mettre en relief : « Il est utile d’explorer ces enjeux indirects à travers les deux piliers de notre métier la protection et l’investissement. Parce que l’IA n’est pas seulement une technologie abstraite, elle devient tangible aujourd’hui à travers une multitude d’objets connectés qui s’intègre dans notre quotidien. Ces objets montres intelligentes, capteurs domestiques, voitures autonomes, tous ils collectent et analysent des données en temps réel pour conseiller, prévenir et protéger ». 

La présidente de France Assureurs étaye ses faits : « Prenons l’exemple des bracelets connectés, en surveillant les paramètres de santé de son utilisateur, ils proposent des parcours de prévention personnalisés. Cela pourrait transformer l’assurance santé en l’orientant davantage vers la prévention plutôt que vers la réparation et l’indemnisation. Encore faut-il bien évidemment que l’accès à la donnée soit permis, ce qui est loin d’être le cas en France ». 

Et d’ajouter : « Quant aux voitures autonomes, c’est un exemple emblématique puisqu’il nous pose des défis juridiques majeurs quant au partage de responsabilité en cas d’accident entre le constructeur, l’usager-utilisateur et le propriétaire du système artificiel lui-même ». 

Pour cette responsable, l’IA modifie aussi notre environnement informationnel, mettent l’accent sur cette facilité avec laquelle elle permet de créer et de diffuser des informations erronées et falsifiées, ce qui engendre un climat de doute. 

Elle a conclu avec une réflexion constructive : « Dans ce contexte, les assureurs devront renforcer leur rôle de tiers de confiance, de lanceurs d’alerte face aux risques tout en devenant des experts des messages de préventions. Non seulement pour protéger les citoyens et les entreprises face aux risques traditionnels mais aussi pour les accompagner dans un monde où la vérité est parfois mise à mal ». 

La deuxième journée a, elle, été davantage marquée par la présentation de cas d’usage réussis de l’IA et de l’IA générative dans différentes branches d’assurance, illustrés par des Insurtechs innovantes : Acheel, Klaimy, Korint et Synapse Medicine. Les panélistes lors de ces Keynotes avaient un seul mot d’ordre : « L’IA ne doit pas remplacer les principes traditionnels de l’assurance, mais les renforcer ».

De l’avis général, ce 11ème Rendez-vous a été une réussite et s’est démarqué par une organisation de qualité et une ambiance propice au dialogue, à la réflexion et à la coopération.

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