Réconciliation avec le Qatar, le cadeau de MBS à Biden

Après la défaite électorale du président américain Donald Trump, l’Arabie saoudite a intensifié ses efforts pour résoudre son différend qui dure depuis trois ans avec le Qatar, rapporte le Financial Times citant des sources biens informées.

Avec FT

La décision de mettre fin au blocus de leur voisin riche en gaz par les États du Golfe est perçue comme une tentative du prince héritier Mohammed ben Salmane de s’attirer les faveurs de la nouvelle administration Biden et de remettre un cadeau de départ à Donald Trump, écrit le Financial Times dans un article publié ce vendredi.


Le prince Mohammed Ben Salmane, le chef de facto du royaume saoudien, a noué des liens très étroits avec l’administration Trump et le président a soutenu le prince héritier dans l’une des plus graves crises qui a mis en équation son ambition d’intronisation.

Un épisode que Donald Trump rappelle à son entourage en se vantant d’avoir « sauvé la peau » du prince héritier d’Arabie saoudite, accusé par le Congrès américain d’être responsable de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi,

« J’ai sauvé sa peau », avait lancé le 22 janvier Trump au journaliste d’investigation Bob Woodward.

« J’ai réussi à faire en sorte que le Congrès ( de majorité démocrate ) le laisse tranquille. J’ai réussi à les stopper », a-t-il ajouté. Une déclaration que le journaliste a publié dans son livre «Rage».

Toutefois la défaite de Donald Trump sonne comme un cauchemar pour le régent de l’Arabie Saoudite. L’administration entrante du président élu Joe Biden devrait être moins conciliante avec MBS qui avait suscité de virulentes critiques de la part des démocrates sur le meurtre de Khashoggi, la guerre d’Arabie saoudite au Yémen et la détention de dizaines d’activistes, d’hommes d’affaires et de membres de la famille royale saoudienne (l’affaire Ritz-Carlton).

«Le prince Mohammed Ben Salmane se sent comme dans la ligne de mire après la victoire électorale de Joe Biden et veut un accord avec le Qatar pour signaler qu’il est disposé et prêt à prendre des mesures dans ce sens» a déclaré un conseiller de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis.

«C’est un cadeau pour Biden», a-t-il ajouté .

Ali Shihabi, un analyste saoudien proche de la cour royale, a déclaré que les dirigeants des on pays étaient depuis des mois «disposés à mettre cette question sur la table». «Depuis un certain temps, ils s’activent à tourner la page de plusieurs dossiers brûlants et clairement celui-ci en est un», a-t-il déclaré.

«On pense que le différend du Qatar est l’une des questions les plus faciles à résoudre pour MBS», renchérit la même source.

C’est en juin 2017, que l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, le Bahreïn et l’Égypte ont rompu les relations diplomatiques et ont instauré un blocus commercial et aérien au Qatar, alléguant que Doha parrainait des groupes islamistes et serait trop proche de l’Iran.

Des allégations que le pays le plus riche du monde par habitant, nie toujours, face à des voisins qui ont jusqu’à présent refusé de faire des concessions, résistant aux pressions de Washington pour trouver une issue à la crise.

L’administration Trump craignait que le différend n’affaiblisse l’alliance arabe qu’elle a cherché à forger contre l’Iran et s’est montrée frustrée que Téhéran en profite financièrement, car l’embargo oblige les vols à destination et en provenance du Qatar à utiliser l’espace aérien iranien.

Les derniers pourparlers pour résoudre le conflit ont été menés par les États-Unis et le Koweït dans le but de jeter les bases de négociations directes entre Riyad et Doha, a déclaré un diplomate informé des pourparlers.

Le Qatar veut s’assurer qu’il y a des conditions préalables avant toutes négociations bilatérales. Celles-ci pourraient inclure une mesure de «confiance» telle que la levée de l’embargo aérien, a déclaré le diplomate.

Une autre possibilité serait d’autoriser la libre circulation des citoyens qataris vers les pays qui ont imposé l’embargo, même si Doha voudrait des garanties sur leur sécurité .

Robert O’Brien, le conseiller américain à la sécurité nationale, a déclaré ce mois-ci qu’il espérait voir Qatar Airways être en mesure de survoler les pays arabes en boycottant «dans les 70 prochains jours» avant la fin de la présidence de Trump.

Le conseiller de Riyad et d’Abou Dhabi a déclaré que les dirigeants saoudiens et émiratis voulaient que le Qatar «atténue» la ligne éditoriale du réseau de télévision Al Jazeera, qu’ils accusent d’être un outil de propagande pour Doha, et mette fin à ses critiques à l’égard de l’Arabie saoudite.

Après l’imposition de l’embargo, Riyad et Abu Dhabi ont présenté à Doha une liste de 13 demandes comprenant la fermeture d’Al Jazeera, la réduction des relations de Doha avec l’Iran et la fermeture d’une base militaire turque. Mais le conseiller de MBS et MBZ a déclaré que les médiateurs koweïtiens avaient conclu un nouvel accord pour remplacer les 13 termes «ouvrant la voie à une embrassade et une réconciliation».

Un dégel des relations entre le Qatar, premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, et ses voisins du Golfe pourrait également inclure l’acheminement de GNL vers le Bahreïn, selon des personnes proches des négociations.

Cependant, rapporte le FT citant une personne informée de la position de Doha, qu’aucun détail des mesures de confiance n’avait été discuté. Les responsables du Golfe ont mis en garde contre toute percée significative à court terme. La même source révèle que la position de MBZ freine ce processus de réconciliation.

D’ailleurs, rien que la semaine dernière, Yousef al-Otaiba, l’ambassadeur des Émirats arabes unis à Washington, a déclaré que mettre fin au différend avec le Qatar n’était pas une priorité, soulignant les différences notables entre les deux pays sur l’orientation future du Moyen-Orient.

En dépit de ces déclarations, des responsables occidentaux et des analystes régionaux estiment que les Émirats arabes unis finiraient à suivre les pas de son plus grand allié, l’Arabie saoudite.

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