Révélation Jeune Afrique : la nuit où Akhannouch a basculé

La révélation de Jeune Afrique sur la chronologie exacte de l’annonce du retrait d’Aziz Akhannouch éclaire une séquence qui a pris de court les cadres et partisans du Rassemblement national des indépendants, d’autant plus que, quelques heures seulement, le chef du parti apparaissait encore pleinement mobilisé autour des échéances législatives de 2026.

Le contraste est en effet saisissant entre le samedi 10 janvier et ce qui se joue, à huis clos, le lendemain. Ce samedi-là, le RNI tient une session ordinaire de son Conseil national. Rien, absolument rien, n’y laisse entrevoir un tournant imminent. Aziz Akhannouch y présente un long rapport, balayant la conjoncture politique, économique et sociale, dressant le bilan de l’action gouvernementale et évoquant les défis à venir.

À aucun moment, pourtant, le président du parti ne laisse entrevoir la moindre inflexion personnelle.

À l’issue de la réunion, il tient une conférence de presse. Détendu. Disponible. Presque léger. Il va même jusqu’à commenter la qualification du Maroc en demi-finale de la CAN. Aucun signe. Aucun message subliminal. Aucune porte entrouverte sur son propre avenir politique.

Et puis, le lendemain, tout change.

«La nuit porte conseil»

Selon une source interne citée par Jeune Afrique, l’atmosphère est alors empreinte de confiance. Les discussions portent encore sur l’éventualité d’un troisième mandat à la tête du parti et sur les chances du RNI lors des prochaines échéances électorales. « Rien ne laissait présager la suite », confie cette source, ajoutant, non sans une forme de fatalisme politique : « Je crois que la nuit lui a porté conseil ».

Toujours selon ce récit, c’est le dimanche matin que la séquence bascule. Aziz Akhannouch convoque une réunion du bureau politique dans un format resserré. Il y présente sa décision de se retirer, en souligne le caractère définitif et déroule un calendrier figé à l’avance : «je quitte en février». Il demande ensuite d’enclencher le processus conduisant à la convocation d’un congrès extraordinaire, destiné à organiser la transition à la tête du parti.

Fait notable, l’annonce du retrait ne se fait pas par un communiqué du bureau politique, contrairement aux pratiques classiques. Aziz Akhannouch opte pour une voie plus singulière : il réunit personnellement, dans la foulée, quelques directeurs de publication triés sur le volet, et leur annonce sa décision de se retirer de la course aux législatives de 2026 et de ne pas briguer un troisième mandat à la tête du parti. Ce sont ces médias, et non l’appareil partisan, qui rendent publique l’information.

Ce mode opératoire n’est pas sans précédent. Jeune Afrique rappelle un épisode resté célèbre dans les rangs du RNI. Le 31 décembre 2011, à Marrakech, alors que la direction du parti se réunissait dans l’attente de la formation du gouvernement Benkirane, Aziz Akhannouch surprenait tout le monde en annonçant, le lendemain, sa démission du parti. Plus étonnant encore, le président du RNI de l’époque, Salaheddine Mezouar, n’en avait été informé que par une lettre… transmise par le chauffeur du ministre.

Ce geste avait déjà pris de court l’appareil partisan. Aziz Akhannouch quittait alors le RNI pour rester au gouvernement, où il poursuivra son action au ministère de l’Agriculture jusqu’en 2016, avant de reprendre, cinq ans plus tard, les rênes du parti qu’il avait laissé derrière lui.

À la lumière de cette chronologie, le retrait annoncé en janvier 2026 se prête à une double lecture, que rien ne permet, à ce stade, de fermer. Il peut être compris comme une opération de communication éclair, soigneusement calibrée, permettant à Aziz Akhannouch de parer à toute éventualité, de reprendre la main sur le récit et de s’octroyer jusqu’au bout le privilège du temps, du how et du when dans l’annonce de sa sortie. Mais il peut aussi être lu comme la conséquence d’un événement survenu hors champ, suffisamment décisif pour précipiter une décision qui, la veille encore, n’avait laissé aucune trace dans l’espace public ni au sein de son propre parti.

À l’évidence, Aziz Akhannouch n’a pas fini de compter dans les équilibres politiques et économiques du pays. Car quitter la scène, après avoir exercé le pouvoir, n’est jamais un acte anodin. Ce choix met en lumière, par contraste, la difficulté qu’éprouvent d’autres responsables à envisager la transmission, dans un paysage partisan où certaines formations se sont progressivement confondues avec leurs dirigeants. En ce sens, le retrait annoncé pose, implicitement, la question du rapport au pouvoir et du temps politique.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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