L’arrestation d’August Hanning, ancien patron du renseignement extérieur allemand, se transforme en affaire d’État aux ramifications internationales. Soupçonné d’avoir récupéré près de 2.000 documents du BND et d’avoir exploité des informations classifiées pour un service étranger, l’ancien maître-espion voit désormais ressurgir ses relations avec Danny Yatom, ex-directeur du Mossad. De nouvelles révélations de la Neue Zürcher Zeitung mettent aussi au jour son écosystème suisse : sociétés de renseignement privé, cybersécurité, background checks et une implication présumée dans l’affaire d’enlèvement des enfants de Christina Block.
L’Allemagne n’avait jamais vu l’un de ses anciens patrons du renseignement extérieur finir derrière les barreaux dans une affaire de cette ampleur.
August Hanning, 80 ans, directeur du Bundesnachrichtendienst (BND) de 1998 à 2005, a été arrêté le 6 octobre. Le parquet fédéral le soupçonne notamment d’espionnage relevant de la trahison, d’obtention de secrets d’État et de tentative de haute trahison. Un juge de la Cour fédérale de justice a ordonné son maintien en détention.
Au centre de l’enquête : un arrangement conclu à partir de 2010 avec Manfred D., ancien proche collaborateur de plusieurs directeurs du BND. Celui-ci aurait fourni à Hanning, contre rémunération, près de 2.000 documents, jusqu’en juin 2022.
Le lot comprendrait des notes internes du BND, des briefings destinés aux plus hauts responsables allemands et des renseignements portant notamment sur le programme nucléaire iranien et les capacités militaires russes. Un responsable occidental cité par Reuters affirme que des informations provenant de la CIA figuraient également parmi les documents concernés.
Le parquet affirme surtout que Hanning a utilisé des informations classifiées pour préparer une analyse destinée à un responsable d’un service de renseignement étranger et qu’il a partagé pendant plusieurs années des informations politiques avec un représentant de ce service.
Hanning démasqué
Comment le maître espion allemand s’est fait pincer.
Pendant des années, August Hanning aurait eu accès à un flux clandestin de documents du BND. Sa chute commence pourtant ailleurs : dans une affaire d’enlèvement d’enfants qui n’avait, au départ, rien d’une affaire d’espionnage.


Il aura fallu une enquête sans rapport avec le BND pour ouvrir la porte sur l’un des plus gros scandales de renseignement de l’Allemagne contemporaine.
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Septembre2025
Tout part de l’affaire Christina Block
La justice de Hambourg enquête sur l’enlèvement des enfants de l’héritière allemande Christina Block. Les enquêteurs s’intéressent à une société de sécurité liée à August Hanning et perquisitionnent son domicile ainsi que ses locaux professionnels.
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Ladécouverte
Les enquêteurs tombent sur les secrets du BND
Dans les éléments saisis apparaissent des documents provenant du renseignement extérieur allemand. Le dossier change brutalement de dimension : ce qui était une perquisition dans une affaire criminelle débouche sur une affaire de sécurité nationale.
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Le filremonte
Près de 2.000 documents et un homme à l’intérieur
Les investigations conduisent à Manfred D., ancien collaborateur de plusieurs patrons du BND. Selon le parquet, il aurait alimenté Hanning en informations confidentielles à partir de 2010 et lui aurait transmis près de 2.000 documents jusqu’en juin 2022.
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Mai2026
Karlsruhe reprend la main
Le dossier atterrit sur le bureau du parquet fédéral allemand, compétent pour les affaires d’espionnage et de haute trahison. Le BND et la police criminelle fédérale participent désormais aux investigations.
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6 octobre2026
Le piège se referme
August Hanning et Manfred D. sont arrêtés. L’ancien patron du BND est soupçonné d’espionnage relevant de la trahison, d’obtention de secrets d’État et de tentative de haute trahison. Le maître espion devient lui-même la cible d’une opération fédérale.
La Suisse, arrière-base des activités privées de Hanning
La Neue Zürcher Zeitung révèle que l’ancien patron du BND a développé, après sa retraite, un véritable réseau d’affaires en Suisse autour de trois sociétés : Pluteos AG, System 360 AG et Indicium Technologies AG.
À Lucerne, Hanning apparaît depuis 2018 comme président du conseil d’administration de Pluteos AG. L’entreprise se présente comme un groupe d’« experts du renseignement et de la sécurité de classe mondiale » et commercialise du conseil en risque, cybersécurité et accès à des « informations exclusives obtenues légalement ». L’ancien chef du renseignement intérieur allemand Hans-Georg Maassen y a également exercé comme conseiller. En 2018, Hans Wegmüller, ancien directeur du Service de renseignement stratégique suisse, a lui aussi siégé au conseil d’administration.
La NZZ relève un détail à l’image de cet univers discret : à l’adresse officielle de Pluteos à Lucerne, aucun nom de l’entreprise n’apparaît sur la sonnette ou la boîte aux lettres. Une étude d’avocats occupe les lieux.
System 360 et l’affaire Christina Block
C’est une autre société suisse liée à Hanning qui fait basculer l’histoire : System 360 AG, filiale de Pluteos. Hanning en a été administrateur de 2016 jusqu’à la fin mars 2026.
Depuis le printemps 2025, le parquet enquête sur lui et un associé dans le dossier Christina Block, héritière de la chaîne de steakhouses allemande poursuivie à Hambourg dans une affaire d’enlèvement de ses propres enfants.
Selon les enquêteurs allemands cités par la NZZ, Hanning et son associé auraient accepté une mission visant à enlever les enfants de Block. Le contrat aurait été confié à la filiale berlinoise de System 360. Cette première opération aurait échoué. L’enlèvement aurait ensuite été exécuté par une société israélienne.
Les deux hommes sont également soupçonnés d’avoir tenté de faire accuser faussement de pédophilie l’ex-mari de Christina Block, père des enfants. Hanning conteste toute implication.
En septembre 2025, l’enquête Block donne lieu à des perquisitions, y compris en Suisse. C’est dans le sillage de cette procédure que les activités et les documents détenus par l’ancien patron du BND attirent l’attention des enquêteurs. L’affaire criminelle ouvre ainsi la porte à une enquête de sécurité nationale qui mènera, un an plus tard, à son arrestation.
Indicium : l’ancien espion dans le business du background check
Hanning a également présidé le conseil d’administration d’Indicium Technologies AG, basée dans le canton de Zoug, avant de quitter l’entreprise en 2025. En 2023, son site le présentait encore comme « fondateur ».
Indicium commercialise des background checks assistés par intelligence artificielle sur des personnes et des entreprises. La société affirme que Hanning était un investisseur de la première heure, qu’il a vendu l’intégralité de ses actions en 2025 et qu’il n’y exerce plus aucune fonction.
Les autorités allemandes ne relient pas à ce stade ces activités suisses aux faits d’espionnage actuellement poursuivis. Elles éclairent toutefois l’écosystème privé bâti par Hanning après son départ de l’État : renseignement, sécurité, cybersécurité, investigations et réseaux internationaux.
La galaxie Hanning
Un homme au centre. Des mandats, des sociétés et des relations à travers les frontières.
OCTOBRE 2026

August Hanning
Ancien président du BND
Conseil · sécurité · renseignement
ALLEMAGNEBNDBND1998 — 2005
Hanning dirige le renseignement extérieur allemand de 1998 à 2005. Il devient ensuite secrétaire d’État au ministère fédéral de l’Intérieur, jusqu’en 2009.
SOURCE PRÉSUMÉEMDManfred D.Documents du BND
Selon le parquet cité par Reuters, cet ancien chef de bureau des présidents du BND aurait fourni à Hanning environ 2 000 documents, dont certains classifiés, jusqu’en juin 2022. Un accord rémunéré aurait été conclu en 2010.
LUCERNE · SUISSE
Pluteos AGPrésidence depuis 2018
Cabinet de conseil en renseignement, risques et sécurité. Hanning en préside le conseil depuis 2018, selon la NZZ. Hans-Georg Maassen y a été conseiller ; Hans Wegmüller a siégé sept mois au conseil en 2018.
LUCERNE / BERLINsystem360AGSystem 360 AGAdministrateur jusqu’en 2026
Filiale de Pluteos, selon la NZZ. Hanning a siégé au conseil de 2016 à fin mars 2026. Les enquêteurs attribuent à sa filiale berlinoise une mission d’enlèvement présumée dans le dossier Christina Block ; Hanning conteste toute implication.
ZOUG · SUISSE
Indicium TechnologiesDépart en 2025
Spécialiste des vérifications d’antécédents assistées par intelligence artificielle. La société indique à la NZZ que Hanning a vendu toutes ses actions et quitté son conseil en 2025, et n’y exerce plus aucune fonction.
RELATION D’AFFAIRESDYDanny YatomAncien directeur du Mossad
Le média rapporte des échanges de 2018 sur une proposition d’analyse à 10 000 euros, puis une sollicitation en 2021 pour rencontrer des candidats allemands. Yatom dirigeait le Mossad de 1996 à 1998.
CYBERSÉCURITÉ
WHEN GroupUn cadre professionnel commun
La page investisseurs de WHEN présente Danny Yatom comme président et président du conseil consultatif, et August Hanning comme membre de ce conseil. C’est une fonction d’entreprise commune aux deux hommes.
CAMPAGNES POLITIQUESCIYGLOBALCIY GlobalÉchanges de 2021
Dans les courriels de 2021 rapportés par The Cradle, Yatom souhaite présenter les services de sa société de campagnes politiques à des candidats allemands, avec l’aide de Hanning. Ce lien est daté de 2021.
DOSSIER DISTINCTAffaire Christina BlockEnquête sur un enlèvement
La NZZ décrit une mission d’enlèvement présumée, puis une tentative alléguée de faire accuser à tort le père des enfants de pédophilie. Des perquisitions ont eu lieu en Suisse en septembre 2025 dans ce dossier. Hanning nie toute participation.
CONTACTS RAPPORTÉSChineWang Jianzheng
Reuters, citant le Spiegel, rapporte des contacts anciens avec Wang Jianzheng, ex-général ayant travaillé à l’ambassade de Chine en Allemagne de l’Est.
PISTE DE PRESSEAzerbaïdjanLien démenti par Bakou
La presse allemande a évoqué une possible connexion azerbaïdjanaise. Les autorités de Bakou ont démenti tout lien avec le dossier.
10.000 euros pour une analyse nourrie par les réseaux allemands
C’est dans cet univers que surgit la piste israélienne.
Le 13 octobre, The Cradle a publié des courriels montrant une relation suivie entre August Hanning et Danny Yatom, patron du Mossad de 1996 à 1998.
En 2018, Hanning propose à Yatom de préparer, pour 10.000 euros, une évaluation concernant un candidat non identifié. Il explique pouvoir nourrir son analyse grâce aux informations provenant de hauts responsables allemands et des milieux du renseignement. La livraison devait intervenir avant le 13 juillet.
L’échange montre la valeur commerciale du réseau conservé par l’ancien directeur du BND treize ans après son départ du service : accès aux cercles gouvernementaux, contacts dans le renseignement et capacité à produire des analyses privées à partir de ces réseaux.
Yatom sollicite Hanning avant les élections allemandes
Trois ans plus tard, les deux hommes sont toujours en contact. À l’approche des élections fédérales allemandes de septembre 2021, Danny Yatom demande à Hanning de lui ouvrir les portes de plusieurs candidats de premier plan.
Son objectif : leur présenter CIY Global, une entreprise spécialisée dans les campagnes politiques et les opérations d’influence, ainsi qu’une société de cybersécurité.
En 2021, Intelligence Online décrivait CIY Global comme une société positionnée sur le marché du soutien aux campagnes électorales en ligne. L’année suivante, Danny Yatom expliquait au Jerusalem Post que l’entreprise réunissait recherche, communication, contenus, stratégie et influence pour des campagnes politiques ou commerciales.
Un ancien patron du BND et un ancien patron du Mossad dans la même société
Danny Yatom et August Hanning se retrouvent également au sein de WHEN Group, entreprise américaine spécialisée dans la cybersécurité. Yatom en a été nommé président en février 2021. Hanning siège pour sa part au conseil consultatif de l’entreprise.
La relation est donc à la fois professionnelle, commerciale et politique : renseignement privé, accès aux responsables allemands, campagnes électorales et cybersécurité.
Azerbaïdjan, Chine, Israël : les réseaux de Hanning sous la loupe
Der Spiegel avait déjà évoqué une possible piste azerbaïdjanaise, rejetée par Bakou, ainsi que les relations anciennes de Hanning avec Wang Jianzheng, ancien général chinois ayant travaillé à l’ambassade de Chine en Allemagne de l’Est.
Les révélations sur Danny Yatom ajoutent désormais Israël à la cartographie des réseaux internationaux entretenus par l’ancien patron du renseignement allemand. Et l’affaire Block apporte un autre point de contact israélien : l’opération d’enlèvement finalement exécutée, selon les enquêteurs, par une société israélienne.
Pour les partenaires de Berlin, l’onde de choc est déjà considérable. Plusieurs services européens ont commencé à réexaminer les informations sensibles transmises au BND afin d’évaluer l’étendue d’une éventuelle compromission. Un responsable allemand de la sécurité interrogé par Reuters résume la situation en deux mots : « total disaster ».

