Le Premier ministre Anwar Ibrahim a décidé d’interdire l’utilisation de Waze, l’application de navigation d’origine israélienne aux fonctionnaires malaisiens. Kuala Lumpur invoque des risques pour la sécurité des données de géolocalisation et encourage l’adoption d’une alternative nationale, TuJu.
Waze n’a désormais plus sa place dans l’administration malaisienne. Le gouvernement a ordonné l’arrêt immédiat de l’utilisation de cette application de navigation, développée en Israël et rachetée par Google en 2013. Au cœur de la décision : la protection des données personnelles, la sécurité des déplacements et la souveraineté numérique du pays.
L’interdiction a été décidée mardi 20 octobre 2026, lors de la troisième réunion annuelle du Comité national de cybersécurité (JKSN), présidée par le Premier ministre Anwar Ibrahim.
Elle a été formalisée dans une circulaire signée le même jour par Shamsul Azri Abu Bakar, secrétaire général du gouvernement malaisien, avant d’être rendue publique mercredi 21 octobre.
Le document ordonne aux secrétaires généraux des ministères et aux directeurs des administrations de transmettre immédiatement cette interdiction à l’ensemble des fonctionnaires et services concernés. L’Agence nationale de cybersécurité (NACSA), placée sous l’autorité du Conseil national de sécurité, est chargée de coordonner son application.
Anwar Ibrahim pointe les risques liés à la législation israélienne
Le Premier ministre malaisien a personnellement expliqué les motivations de cette décision dans une publication sur Facebook, également reprise par le portail officiel Malaysia MADANI.
« La réunion a également examiné les risques pesant sur la sécurité des informations et des données de déplacement de la population liés à l’utilisation de l’application Waze, soumise aux lois du gouvernement israélien », a déclaré Anwar Ibrahim.
Le chef du gouvernement a insisté sur un principe qu’il considère comme non négociable :
« La Malaisie ne fera aucun compromis sur la sécurité des données et de l’identité de ses citoyens. »
La question dépasse les seules fonctionnalités d’une application de navigation. Les services de géolocalisation traitent des informations relatives aux trajets, aux déplacements et aux habitudes de mobilité de leurs utilisateurs. Dans le cas des agents publics, ces données peuvent présenter une sensibilité particulière.
En interdisant Waze, Kuala Lumpur entend ainsi réduire les risques qu’il associe à l’utilisation d’une application dont les origines et l’environnement juridique suscitent ses préoccupations sécuritaires.
Waze, une technologie née en Israël et rachetée par Google
Développée par une entreprise israélienne, Waze a été acquise par Google en juin 2013.
À l’époque, le géant américain avait annoncé que l’équipe de développement de Waze resterait en Israël, tout en conservant une certaine autonomie opérationnelle.
L’application s’est depuis imposée à l’échelle internationale grâce à son système de navigation communautaire, alimenté par les informations de circulation et les signalements transmis en temps réel par les automobilistes.
Son appartenance à Alphabet, maison mère de Google, n’a donc pas dissipé les préoccupations exprimées par les autorités malaisiennes concernant ses liens avec Israël.
TuJu, la réponse technologique malaisienne
Le gouvernement ne se contente pas d’interdire Waze à ses fonctionnaires. Anwar Ibrahim encourage également les citoyens à utiliser TuJu, une application nationale développée par la Malaysian Highway Authority (LLM), l’autorité malaisienne des autoroutes.
Déjà promue par cet organisme public, TuJu permet notamment d’accéder à des informations routières et de préparer ses déplacements.
Cette orientation s’inscrit dans une politique plus large de souveraineté numérique. Lors de la même réunion, les autorités ont examiné la sécurité de l’identité numérique nationale MyDigital ID, la mise en œuvre de la loi sur la cybersécurité de 2024, les menaces liées à l’intelligence artificielle autonome et la préparation aux risques informatiques quantiques.
Une décision à forte portée politique
La mesure intervient dans un pays qui soutient ouvertement la cause palestinienne, ne reconnaît pas Israël et n’entretient aucune relation diplomatique avec l’État hébreu.
La Malaisie a régulièrement condamné la politique israélienne dans les territoires palestiniens occupés et défendu, dans les enceintes internationales, les droits du peuple palestinien.
Avec l’interdiction de Waze, cette position diplomatique trouve une traduction concrète dans la politique de sécurité numérique de l’État malaisien.
La décision malaisienne pose ainsi une question stratégique : jusqu’où un État peut-il confier les données de déplacement de son administration à des plateformes technologiques étrangères ?


