Espagne: Sanchez contraint de multiplier les alliances même controversées

A la tête d’un gouvernement minoritaire, le socialiste espagnol Pedro Sanchez est contraint à un véritable numéro d’équilibriste aux côtés d’une gauche radicale qui n’en fait qu’à sa tête et avec le soutien embarrassant des héritiers de l’ancienne branche politique de l’ETA.

Avec AFP

Arrivé au pouvoir en 2018 et reconduit en janvier, Pedro Sanchez est en passe de réussir son pari: faire adopter par le parlement d’ici à janvier le budget 2021, le premier en Espagne depuis celui du conservateur Mariano Rajoy datant de 2018 et sans cesse prorogé depuis.


Dans l’état actuel des choses, la coalition entre le Parti Socialiste de M. Sanchez et la gauche radicale de Podemos dispose des voix nécessaires.

Et ce, grâce au soutien, négocié par Podemos, des nationalistes basques du PNV, des indépendantistes catalans d’ERC et de Bildu, héritière politique de Batasuna, parti interdit en 2003 car considéré comme la branche politique de l’organisation séparatiste basque ETA, responsable d’au moins 850 assassinats.

«Ce budget sera historique et l’alliance encore plus», s’est félicité Pablo Iglesias, chef de Podemos et vice-président du gouvernement.

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Cette majorité hétéroclite, alors baptisée «Frankenstein» par la droite, avait déjà soutenu l’arrivée au pouvoir de M. Sanchez en 2018.

Le fait que Bildu puisse voter le budget répugne à la droite, mais aussi aux libéraux de Ciudadanos, qui s’étaient rapprochés de M. Sanchez ces derniers mois.

«Pouvez-vous imaginer (le président américain élu Joe) Biden faire un pacte avec les terroristes du 11 septembre ou (le président français Emmanuel) Macron avec ceux du Bataclan?», s’est indigné la semaine dernière Pablo Casado, le chef du Parti Populaire (droite), premier parti d’opposition.

Bildu et ses cinq députés «représentent l’Espagne légitimement élue par les Espagnols», a rétorqué M. Sanchez quelques jours plus tard.

Compter sur tout le monde

Pour Cristina Monge, politologue à l’Université de Saragosse, les alliances nouées par M. Sanchez sont risquées, mais nécessaires, dans une chambre des députés aussi divisée, «car sinon, il se retrouve sans soutien» pour faire adopter ses politiques.

Elle estime aussi que le Premier ministre socialiste veut pouvoir compter sur le plus grand nombre possible de partenaires, afin d’avoir des «alternatives» et de ne pas payer «un prix excessif» en terme de concessions à chacun d’entre eux.

«Il veut maximiser sa possibilité de compter sur tout le monde (…) afin que personne ne demande plus que ce qu’il peut donner», abonde Jorge del Palacio, professeur d’histoire de la pensée politique à l’Université Rey Juan Carlos de Madrid.

Une stratégie qui pourrait payer, car, le budget désormais presque en poche, M. Sanchez peut voir venir, selon Cristina Monge, pour qui la législature, qui doit normalement s’achever en 2023, «va durer».

Frictions avec Podemos

Les difficiles négociations autour du budget ont, par ailleurs, souligné les dissensions entre les socialistes et Podemos.

Ce parti, héritier du mouvement des Indignés, a présenté la semaine dernière avec ERC et Bildu, sans prévenir, un amendement au budget visant à prolonger jusqu’à fin 2022 un moratoire sur les expulsions locatives. Les socialistes l’ont rejeté, mais ont dû promettre d’adopter la mesure plus tard.

En pleine crise migratoire dans l’archipel des Canaries, Podemos critique aussi la politique de ses partenaires socialistes en la matière et, en particulier, la décision de ne pas transférer vers l’Espagne continentale les milliers de migrants africains arrivés ces dernières semaines.

Pablo Iglesias a également irrité les socialistes en soutenant la tenue d’un référendum d’autodétermination au Sahara.

Une demande pour le moins embarrassante au moment où Madrid demande à Rabat d’empêcher les départs de migrants de ses côtes vers les Canaries.

Poids lourd du gouvernement, la ministre de la Défense, Margarita Robles, a averti Podemos qu’il ne pouvait pas «être au gouvernement et dans l’opposition en même temps».

En réponse, Ione Belarra, secrétaire d’État et dirigeante de Podemos, l’a accusée d’être «la ministre favorite des pouvoirs en place qui veulent que le PP gouverne avec (le parti d’extrême droite) Vox».

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