Accord militaire Ankara/Moscou : Vers une sortie de la Turquie de l’OTAN ?

En visite en Russie le 9 août dernier, le président turc Recep Tayyip Erdogan a tenté de réanimer la relation qui unit Ankara à Moscou. Reçu en grande pompe à Saint-Pétersbourg par son homologue russe, Vladimir Poutine, les deux parties se sont mis d’accord pour la réactivation du projet de gazoduc russo-turc TurkStream gelé depuis la destruction en novembre 2016 par l’aviation turque d’un bombardier russe au-dessus de la frontière turco-syrienne. Le président turc en a profité pour signer un traité avec Vladimir Poutine portant sur l’équipement des Forces armées turques en missiles russes anti-aériens de dernière génération de type S-400 d’un montant de 2,5 milliards de dollars.


Au-delà de l’équilibre des forces dans la région qui implique Israël, l’Arabie saoudite et l’Iran, la nouvelle de l’Accord militaire aurait une importance limitée régionalement si ce n’est que la Turquie est membre de l’OTAN et qu’elle a la deuxième plus grande armée de l’Alliance atlantique. La charte de l’OTAN oblige les États membres à acheter des armes compatibles avec les systèmes de l’Alliance.

erdoganandputinreut8jul17
Erdogan et Poutine un rapprochement historique

C’est là que l’accord turco-russe prend toute sa dimension politique et géostratégique : avec cette entente, la Turquie s’éloigne de facto du reste de l’OTAN, surtout après le conflit politique avec les Etats-Unis au lendemain de la tentative de coup d’Etat qui a visé Erdogan l’été 2016. Surtout aussi qu’Ankara a toujours critiqué le soutien de Washington aux rebelles Kurdes de Syrie que le gouvernement turc est persuadé être lié aux rebelles kurdes opérant en Turquie et qualifiés de terroristes. En outre, la Turquie est contrariée par le refus des États-Unis d’extrader Fethullah Gulen, considéré par le gouvernement d’Erdogan comme étant la tête pensante du putshcoup d’Etat échoué en juillet 2016.


L’accord des missiles S-400 entre la Russie et la Turquie a irrité l’OTAN. Au quartier général de Bruxelles, la pilule passe mal. Sachant que ces missiles très sophistiqués ont une portée d’environ 400 km et peuvent tirer sur 80 cibles en même temps. D’ailleurs, Erdogan a déclaré que le gouvernement turc avait déjà payé le quota convenu, soit 2,5 milliards de dollars, ce qui met l’OTAN devant le fait accompli.

S 400 1
Comment ça marche ?

A Bruxelles, l’alignement entre Moscou et Ankara est pris tellement au sérieux que les stratèges de l’OTAN pensent réellement à expulser Ankara de l’Alliance militaire. Mais la décision relève du politique et non pas du ressort des généraux. Pour Moscou, le contrat de missiles S-400 est «compatible avec [ses] intérêts stratégiques».

Du reste, la Turquie est très en colère contre l’Union européenne : Bruxelles, qui avait promis d’aider à Ankara à gérer les 2,5 millions de réfugiés syriens sur son territoire en contrepartie d’endiguer cette masse et l’empêcher d’atteindre l’Europe occidentale, s’est rétractée et n’a débloqué aucun centime des fonds promis. Pire, la Chancelière allemande, Angela Merkel, menace de suspendre les pourparlers de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, ce qui irrite Ankara qui s’est retrouvée faire le sale boulot pour l’Europe sans aucune contrepartie. D’où, peut-être, l’explication de cette «migration» -légitime- vers Moscou.

LE1

Les plus lus

Maroc : le fisc et l’Office des Changes traquent des milliards de dirhams dissimulés dans 84 pays

Selon Al Arabiya, l’Office des Changes et la Direction générale des impôts examinent des comptes et avoirs détenus par des Marocains dans 84 pays. Dix-sept entreprises et des influenceurs figureraient parmi les dossiers examinés.

Fatima Ezzahra El Mansouri dévoile sa majorité gouvernementale autour de quatre partis

Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS forment la nouvelle majorité gouvernementale, forte de 207 sièges à la Chambre des représentants.

Arabie saoudite : un autre missile houthi intercepté au sud du pays

La pression militaire des Houthis sur l’Arabie saoudite s’étend...

De « The Voice » aux semi-conducteurs : à Abidjan, Othman El Ferdaous met en lumière l’envergure de la diaspora marocaine

À Abidjan, en marge d’une rencontre autour des « Nouveaux Boss » de TV5MONDE, l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire a mis en avant plusieurs figures de la diaspora marocaine actives dans l’audiovisuel, les semi-conducteurs et le capital-risque. Une séquence qui intervient alors que le Maroc et la Côte d’Ivoire avancent vers une entrée dans la gouvernance de TV5MONDE.

Déconcentration administrative : Mohammed VI avertit qu’« aucun retard ni atermoiement n’est plus tolérable »

Mohammed VI exige l’application de la Charte de la Déconcentration et le transfert effectif des compétences et des ressources vers les territoires.

Al-Sissi devient « Al-Zaïm » : le titre de Nasser, la guerre en toile de fond

Promu « Al-Zaïm » par les médias du pouvoir, Al-Sissi prépare son héritage dans l’ombre de Nasser, entre menaces sur Suez, tensions sur le Nil et risque d’escalade dans le Golfe.

Après la rupture avec Abou Dhabi, Alger déroule le tapis rouge à Riyad au Salon du livre

Un mois après sa rupture avec les Émirats, Alger désigne l’Arabie saoudite invitée d’honneur du Salon du livre. Entre attaques houthies, crise du diesel et Sahara marocain, le signal est diplomatique.

Sous pression en France, Macron annonce 200 000 tonnes de diesel supplémentaires par mois venues du Golfe

Les Émirats et Bahreïn doivent fournir 200 000 tonnes supplémentaires de gazole par mois à la France. Avec l’Arabie saoudite, ces engagements couvrent environ 10 % de sa consommation de diesel.

France : le 17 octobre, la colère lycéenne change d’échelle

Avec 550 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur et près de 800 000 selon la CGT et les organisations de jeunesse, la mobilisation du 17 octobre a réuni plusieurs générations autour des conditions d’études et du pouvoir d’achat. Les violences et les blessures graves ont marqué la fin de journée.

Bassem Youssef devant Al-Sissi : que prépare le pouvoir égyptien ?

Douze ans après l’arrêt de son émission sous la pression, le satiriste égyptien réapparaît par vidéo dans un événement auquel assiste Abdel Fattah Al-Sissi. Ce retour intervient alors que le président envisage un soutien militaire à l’Arabie saoudite, annonce son départ en 2030 et confie à l’armée la préparation de futurs dirigeants. Une ouverture qui pose la question des épreuves auxquelles le pouvoir cherche à préparer le pays.

Netanyahu : « Macron a-t-il retenu la leçon des émeutes ? Les Français, eux, voient ce qui se passe dans leurs rues »

Sur C14, Benjamin Netanyahu relie les violences du 17 octobre en France à son avertissement de 2023 à Emmanuel Macron et voit dans une alternance à droite un rapprochement possible avec Israël.

Après l’échec de la mobilisation des avocats, Abdelkebir Tabih, figure du barreau de Casablanca, démissionne des instances de la profession

Douze jours après la suspension du mouvement de protestation des avocats, Abdelkebir Tabih démissionne du Conseil de l’Ordre de Casablanca et du bureau de l’Association des barreaux du Maroc.

Moyen-Orient sous tension : Abou Dhabi consulte Nasser Bourita dans une vaste mobilisation diplomatique

Deux jours après sa reconduction, Nasser Bourita s’est entretenu avec Abdallah ben Zayed sur la sécurité au Moyen-Orient et le renforcement du partenariat Maroc–Émirats arabes unis.

Related Articles

Focus Thématiques