Fermeture du port de Casablanca après la chute de 85 conteneurs : un nouvel épisode dans une crise portuaire déjà critique

Le port de Casablanca est fermé jusqu’à nouvel ordre.
La décision a été prise à la suite d’un incident maritime survenu à l’entrée du principal port commercial du Royaume, marqué par la chute de 85 conteneurs en mer depuis un navire battant pavillon libérien.

Selon une correspondance officielle de l’Agence nationale des ports (ANP), référencée 67/26 en date du 26 février 2026, plusieurs conteneurs sont tombés en mer à proximité immédiate de l’accès au port, contraignant les autorités à suspendre le trafic maritime à compter du 25 février 2026 à 23h00, et ce jusqu’à nouvel ordre.


L’incident : 85 conteneurs tombés en mer

Le navire concerné, Ionikos, porte-conteneurs battant pavillon du Libéria, venait d’appareiller après avoir déchargé une cargaison en provenance de Chine. Alors qu’il franchissait la passe du port en direction de l’Espagne, le bâtiment aurait été soumis à une houle marquée provoquant un mouvement de roulis et un déséquilibre de la cargaison.

Sous l’effet de ces mouvements, 85 conteneurs contenant notamment des pièces automobiles, des articles d’ameublement et divers biens de consommation sont tombés à la mer, à proximité immédiate de la zone d’accès.

Le navire se serait immobilisé à environ six milles nautiques au large.

Dans un premier temps, l’intervention nocturne n’a pas permis de constater l’ampleur exacte des pertes. Ce n’est qu’au matin que les éléments de la Gendarmerie royale ont identifié des conteneurs éparpillés dans la zone maritime d’approche.

Ionikos 2
Ionikos 4
Une cargaison de paquets de céréales de la marque Nestlé a échoué au niveau de la Marina de Casablanca
Mobilisation sécuritaire et fermeture immédiate

Pour sécuriser la zone et prévenir tout risque :

  • Un hélicoptère a été déployé pour la surveillance aérienne.
  • Cinq unités maritimes (Gendarmerie royale maritime et Marine royale) ont été mobilisées.
  • Des remorqueurs participent aux opérations de sécurisation et de récupération.

La fermeture vise à prévenir :

  • tout risque pour la navigation,
  • tout danger pour les équipages,
  • toute atteinte potentielle à l’environnement,
  • et toute entrave aux opérations portuaires.

La décision d’arrêt total du trafic intervient dans un contexte météorologique déjà tendu ces dernières semaines, marqué par une houle persistante ayant perturbé les opérations à quai.

Ionikos 6
Un incident qui ravive les fragilités structurelles

La chute de conteneurs en mer n’est pas un phénomène inédit dans le transport maritime mondial. Chaque année, des centaines, parfois des milliers de conteneurs passent par-dessus bord, principalement en raison:

  • des conditions météorologiques,
  • de mouvements excessifs du navire,
  • ou d’un arrimage défaillant.

Un précédent avait déjà été enregistré à Casablanca en 2014, avec la perte de 27 conteneurs au mouillage.

Les investigations en cours devront déterminer si la cause relève exclusivement de la houle ou si des défaillances techniques, notamment dans l’arrimage, ont contribué à l’accident.

Un choc supplémentaire pour un port déjà congestionné

Cet incident survient alors que le port de Casablanca traverse une phase de congestion critique.

Avec près de 100.000 EVP traités chaque mois, la plateforme portuaire connaît depuis décembre une saturation quasi structurelle.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 150 à 200 dollars de surcharge par conteneur imposés par certaines compagnies maritimes.
  • 10.000 dollars par jour de surestaries pour un navire immobilisé en rade.
  • Près de 7 millions de dollars de coût estimé sur quatorze jours de congestion.
  • Jusqu’à 110 navires en rade (Casablanca et Jorf Lasfar) lors du pic de janvier.

La fermeture temporaire du port, même justifiée par un impératif de sécurité, risque d’accentuer :

  • les retards à l’import et à l’export,
  • les frais de surestaries,
  • les surcharges de congestion,
  • les sorties de devises vers les armateurs étrangers,
  • et, in fine, la pression inflationniste sur certains produits.
Une équation devenue stratégique

Le port de Casablanca n’est pas un port parmi d’autres. Il est le principal poumon commercial du Royaume.

Or, les professionnels alertent depuis plusieurs mois sur :

  • l’absence effective d’un fonctionnement 24/7 réel,
  • les dysfonctionnements dans la coordination des contrôles,
  • l’insuffisance d’anticipation face aux aléas maritimes,
  • et le caractère désormais structurel de la congestion.

L’incident du Ionikos ne constitue pas seulement un accident maritime. Il agit comme un révélateur.

Dans un environnement logistique déjà sous tension, chaque jour d’arrêt supplémentaire renchérit la facture nationale.

La question n’est plus uniquement celle de la récupération des 85 conteneurs. Elle est celle de la résilience d’un port stratégique face aux chocs, qu’ils soient météorologiques, organisationnels ou opérationnels.

Les plus lus

Paris : un couple d’octogénaires dépouillé et laissé quasiment nu place de la République

Un couple de plus de 80 ans aurait été dépouillé et laissé quasiment nu place de la République, à Paris, le 17 octobre. Le récit rapporté sur BFMTV attend une confirmation officielle.

Maroc : le fisc et l’Office des Changes traquent des milliards de dirhams dissimulés dans 84 pays

Selon Al Arabiya, l’Office des Changes et la Direction générale des impôts examinent des comptes et avoirs détenus par des Marocains dans 84 pays. Dix-sept entreprises et des influenceurs figureraient parmi les dossiers examinés.

Fatima Ezzahra El Mansouri dévoile sa majorité gouvernementale autour de quatre partis

Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS forment la nouvelle majorité gouvernementale, forte de 207 sièges à la Chambre des représentants.

La Mauritanie veut s’emparer de la ville marocaine de Lagouira

Selon Jeune Afrique, Nouakchott souhaite faire reconnaître sa souveraineté sur Lagouira. Une ambition qui ravive le précédent du retrait mauritanien du Sahara en 1979 et les enjeux de développement de la façade atlantique.

Violences du 17 octobre : Macron refuse la démission du ministre de l’intérieur

Au lendemain d’une allocution télévisée consacrée aux violences du 17 octobre, Emmanuel Macron refuse la démission de Laurent Nuñez. Le ministre reconnaît des défaillances et une perte de contrôle dans plusieurs villes.

Après la rupture avec Abou Dhabi, Alger déroule le tapis rouge à Riyad au Salon du livre

Un mois après sa rupture avec les Émirats, Alger désigne l’Arabie saoudite invitée d’honneur du Salon du livre. Entre attaques houthies, crise du diesel et Sahara marocain, le signal est diplomatique.

Sous pression en France, Macron annonce 200 000 tonnes de diesel supplémentaires par mois venues du Golfe

Les Émirats et Bahreïn doivent fournir 200 000 tonnes supplémentaires de gazole par mois à la France. Avec l’Arabie saoudite, ces engagements couvrent environ 10 % de sa consommation de diesel.

France : le 17 octobre, la colère lycéenne change d’échelle

Avec 550 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur et près de 800 000 selon la CGT et les organisations de jeunesse, la mobilisation du 17 octobre a réuni plusieurs générations autour des conditions d’études et du pouvoir d’achat. Les violences et les blessures graves ont marqué la fin de journée.

Bassem Youssef devant Al-Sissi : que prépare le pouvoir égyptien ?

Douze ans après l’arrêt de son émission sous la pression, le satiriste égyptien réapparaît par vidéo dans un événement auquel assiste Abdel Fattah Al-Sissi. Ce retour intervient alors que le président envisage un soutien militaire à l’Arabie saoudite, annonce son départ en 2030 et confie à l’armée la préparation de futurs dirigeants. Une ouverture qui pose la question des épreuves auxquelles le pouvoir cherche à préparer le pays.

Netanyahu : « Macron a-t-il retenu la leçon des émeutes ? Les Français, eux, voient ce qui se passe dans leurs rues »

Sur C14, Benjamin Netanyahu relie les violences du 17 octobre en France à son avertissement de 2023 à Emmanuel Macron et voit dans une alternance à droite un rapprochement possible avec Israël.

Après l’échec de la mobilisation des avocats, Abdelkebir Tabih, figure du barreau de Casablanca, démissionne des instances de la profession

Douze jours après la suspension du mouvement de protestation des avocats, Abdelkebir Tabih démissionne du Conseil de l’Ordre de Casablanca et du bureau de l’Association des barreaux du Maroc.

Moyen-Orient sous tension : Abou Dhabi consulte Nasser Bourita dans une vaste mobilisation diplomatique

Deux jours après sa reconduction, Nasser Bourita s’est entretenu avec Abdallah ben Zayed sur la sécurité au Moyen-Orient et le renforcement du partenariat Maroc–Émirats arabes unis.

Sebta et Melilla : 51 personnalités et une vingtaine d’organisations marocaines dénoncent la visite de Felipe VI

Dans un communiqué publié le 19 octobre 2026, des organisations de défense des droits humains et 51 personnalités marocaines dénoncent la visite de Felipe VI à Sebta et Melilla et réclament une stratégie nationale.

Related Articles

Focus Thématiques