L’un des plus grands fournisseurs mondiaux de photographies de presse et d’images commerciales s’apprête à se placer sous la protection de la loi américaine sur les faillites. Écrasé par une dette de 2,1 milliards de dollars, fragilisé par l’essor de l’intelligence artificielle et l’échec de son rapprochement avec Shutterstock, Getty Images prépare son retrait de la Bourse et son retour sous contrôle privé.
Fondé en 1995, Getty Images traverse l’une des crises les plus importantes de son histoire. Le groupe américain a annoncé, lundi 12 octobre 2026, un accord de restructuration financière avec ses principaux actionnaires et créanciers, ouvrant la voie à une procédure accélérée sous le Chapter 11, le régime américain de protection des entreprises en difficulté.
Selon le document officiel déposé auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), la famille Getty et Koch Equity Development, bras d’investissement du groupe Koch, se sont engagés à apporter jusqu’à 533 millions de dollars dans le cadre de cette opération.
L’accord prévoit également le retrait de 270 millions de dollars d’obligations non garanties, une réduction des charges d’intérêts et un rééchelonnement des autres dettes. À l’issue de la procédure, les deux investisseurs contrôleront la totalité du capital du groupe restructuré.
L’intelligence artificielle bouleverse le marché de l’image
La crise intervient alors que l’industrie de la photographie commerciale subit une transformation majeure. Les générateurs d’images par intelligence artificielle permettent désormais aux entreprises, aux agences publicitaires et aux créateurs de produire des visuels sans recourir systématiquement aux banques d’images traditionnelles.
Getty Images, propriétaire notamment d’iStock et d’Unsplash, se retrouve confronté à cette concurrence technologique, malgré le lancement de ses propres outils d’IA générative.
À ces difficultés s’ajoute l’abandon, en juillet, de sa fusion avec Shutterstock, une opération évaluée à 3,7 milliards de dollars. Le rapprochement s’était heurté aux exigences de l’autorité britannique de la concurrence, qui réclamait notamment la cession des activités éditoriales de Shutterstock.
Les derniers résultats financiers illustrent l’ampleur des difficultés. Au deuxième trimestre 2026, Getty Images a enregistré une perte nette de 85,8 millions de dollars, contre 34,4 millions un an auparavant. Son nombre d’abonnés annuels actifs est tombé de 321 000 à 240 000 en un an, soit une chute de 25,2 %.
Fait révélateur, les revenus issus de la photographie éditoriale, actualité, sport et événements, ont néanmoins progressé de 9,2 %, confirmant la valeur commerciale des images authentiques face aux contenus synthétiques, selon les résultats publiés par Getty Images.
Un géant de l’image quitte Wall Street
Le parcours boursier du groupe illustre son déclassement. Introduit en Bourse en 2022 sur la base d’une valorisation d’environ 4,8 milliards de dollars, Getty Images a perdu près de 99 % de sa valeur. Le New York Stock Exchange a engagé sa procédure de radiation fin septembre.
Le groupe prévoit désormais d’engager sa procédure de Chapter 11 dans les prochaines semaines, avec l’objectif d’achever sa restructuration avant la fin de l’année. Les actions existantes seront annulées, tandis que les activités, les contrats clients et les relations avec les photographes devraient être maintenus.
Pour Getty Images, dont les archives et les photographes documentent depuis trois décennies les grands événements mondiaux, cette restructuration ouvre une nouvelle bataille : préserver la valeur économique de la photographie à l’ère des images générées par intelligence artificielle.
Sources : Getty Images, communiqué du 12 octobre 2026 et dépôt SEC du 13 octobre ; résultats du deuxième trimestre 2026 ; Reuters.


