La Libye ou l’impossibilité de sortir du chaos

La situation en Libye n’est pas prête de voir le bout du tunnel. Les initiatives régionales et internationales se multiplient dans tous les sens sur fond d’agendas diamétralement opposés bien que le Conseil de sécurité de l’ONU ait réaffirmé que l’Accord politique libyen signé le 17 décembre 2015 dans la ville marocaine de Skhirat «demeure le seul cadre viable pour mettre fin à la crise politique en Libye», son application reste une clé pour tenir des élections et finaliser une transition politique, en rejetant les fausses échéances qui ne servent qu’à miner le processus politique facilité par l’ONU. Depuis, on fait pratiquement du surplace en raison des désaccords profonds entre, d’une part, les différents acteurs libyens et, d’autre part, l’ingérence étrangère dans cet épineux dossier. On trouve sur scène Français, Italiens, Maltais, Américains, Russes, Britanniques, Égyptiens, Qataris, Emiratis, Turcs et bien d’autres qui essaient d’avancer leurs pions sur l’échiquier libyen les yeux rivés sur les richesses de ce pays. Chacun essaie de tirer la couverture à soi.

Après la France qui a cherché, au détriment de l’Italie, à s’emparer du dossier en organisant à l’initiative de son président Emmanuel Macron le 25 juillet dernier sa conférence soldée par un accord de cessez-le-feu, entre le premier ministre Faez el-Sarraj et le maréchal Haftar, Rome a rétorqué en décidant d’organiser sa propre conférence sur la Libye les 12 et 13 novembre prochain à Palerme, histoire de rendre la politesse à Macron qui ne l’a pas invitée.


Mission impossible

Cette énième conférence de paix n’est pas du goût du patron des services de renseignement italien Alberto Manenti qui a mis en doute dans une déclaration le 5 octobre courant au prestigieux quotidien La Repubblica la capacité de son pays à organiser une conférence internationale sur la Libye mettant en jeu au passage la crédibilité de la politique étrangère de Rome. Cette dernière est obligée selon lui des réunir les parties adverses et les Etats concernés à la même table, ce qui n’est pas du goût du directeur de l’AISE, le puissant service secret italien.

Alberto Manenti a souligné à cet égard que «l’art de l’improvisation n’est pas adapté à la diplomatie.» Surtout face à une mission presque impossible: essayer de mettre de l’ordre dans le chaos libyen. Pour l’Italie, il s’agit du défi le plus important dont dépend la crédibilité sa politique étrangère : réunir tous les candidats et toutes les nations concernées autour d’une même table.

Le gouvernement italien est passé outre les réserves formulées par Alberto Manenti puisque la vice-ministre italienne des Affaires étrangères, Emanuela Claudia Del Re, est arrivée lundi 15 octobre à Tripoli à la tête d’une délégation gouvernementale de haut niveau.

À son arrivée, elle s’est entretenue avec le ministre des Affaires étrangères libyen, Mohammed Sayala, qu’elle a invité officiellement à participer à la Conférence de Palerme, ajoutant que la responsable italienne a eu des entretiens séparés avec le président du Haut Conseil d’État Khaled Al-Mishri et le vice-président du Conseil présidentiel, Ahmed Maiteeq à qui elle a également adressé des invitations officielles à la conférence.

Il convient toutefois de noter que l’ambassadeur italien toujours en poste en Libye, Giuseppe Perrone, n’a pas assisté à la réunion du Haut Conseil d’État.

Pour sa part, l’émissaire de l’Onu pour la Libye, Ghassan Salamé , s’était rendu dimanche au Caire en compagnie de son assistante pour les affaires politiques où il a eu des entretiens avec le Secrétaire général de la Ligue arabe Ahmed Aboul-Gheit sur les derniers développement en Libye. Ghassan Salamé a reconnu la semaine que le problème des milices en Libye est pire que les problèmes des milices au Liban, soulignant que la Libye compte 200 000 membres de milices pour lesquels l’État libyen avait fourni une sorte de couverture juridique et financière au cours des cinq dernières années.

Salamé a ajouté que les Libyens «étaient pris dans un piège plus grand que les Libanais pendant la guerre civile, parce que les milices libanaises combattaient avec leur propre argent (sujet à controverse, ndlr) alors que les milices libyennes étaient principalement financées par de l’argent de l’Etat libyen.

Il a estimé que la Libye se trouve dans une nouvelle phase d’arrangements sécuritaires nécessitant le démantèlement de ces milices afin de voir qui d’entre eux pourrait abandonner son histoire afin de se mettre à travailler dans la police à travers un processus de réhabilitation.

En attendant de voir comment évoluera le bourbier libyen, une véritable guerre de désinformation oppose les occidentaux à la Russie à ce sujet.

C’est ainsi que le tabloïd britannique The Sun a affirmé sur son site le 9 octobre que la Russie envoyait des troupes et des missiles en Libye pour resserrer l’étau sur l’Occident indiquant les chefs des services de renseignement britanniques ont informé Theresa May que Vladimir Poutine voulait faire de ce pays déchiré par la guerre «sa nouvelle Syrie» et cherche à prendre le contrôle de la plus grande route d’immigration clandestine vers l’Europe, considéré comme l’objectif premier de Moscou.

Le Sun ajoute que des « dizaines» d’officiers du service d’espionnage militaire du GRU, ainsi que de son escadre des forces spéciales de Spetsnaz, sont déjà sur le terrain dans l’est de la Libye, remplissant initialement des fonctions de formation et de liaison.
Deux bases militaires russes sont déjà opérationnelles dans les villes côtières de Tobrouk et de Benghazi, sous la couverture de la controversée compagnie militaire privée russe du groupe Wagner, qui y possède déjà des avant-postes.

Information démentie par les Russes

Une chose est sûr , la Libye aura du mal à se relever et à retrouver sa paix, sa stabilité et sa sécurité face à de telles convoitises à moins que l’ONU fasse appliquer le chapitre VII de sa Charte sous lequel la Libye est inféodée en recourant à une occupation du pays sous la bannière onusienne pour sortir cette nation de son bourbier, mais une telle démarche semble impossible et peut toujours tomber à l’eau par un simple véto d’un membre permanent.

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