L’Argentine gèle le projet de transfert de son ambassade à Jérusalem

Un différend énergétique aux îles Falkland ravive les tensions entre Israël et l’Argentine

Les préparatifs du transfert de l’ambassade d’Argentine à Jérusalem, annoncé à plusieurs reprises par le président Javier Milei, ont été brutalement interrompus. En Israël, des sources diplomatiques redoutent désormais que la promesse présidentielle ne soit pas tenue à la date symbolique initialement envisagée, à savoir les prochains mois du printemps. En cause : une crispation soudaine entre Buenos Aires et Jérusalem, officiellement liée aux activités d’une entreprise énergétique israélienne dans la zone disputée des îles Falkland (Malouines).

Selon des informations diffusées par la chaîne israélienne Keshet News, le gel des préparatifs serait directement lié aux travaux de forage menés par la société israélienne Navitas Petroleum dans l’Atlantique Sud, sur des territoires dont la souveraineté est revendiquée par l’Argentine mais administrés par le Royaume-Uni. Cette initiative a suscité une vive irritation au sein de l’appareil diplomatique argentin, conduisant à la suspension de la cérémonie de transfert de l’ambassade.

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Le président Milei, connu pour son soutien sans ambiguïté à Israël, avait pourtant formalisé son engagement lors d’une visite officielle à Jérusalem en juin dernier. S’exprimant devant la Knesset, il avait alors déclaré que l’Argentine transférerait son ambassade dans la capitale israélienne au cours de l’année suivante, affirmant la solidarité morale de son pays avec Israël « dans un combat entre le bien et le mal ».

Cette promesse avait été renouvelée en novembre, lors d’une rencontre à Buenos Aires avec le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Saar. À cette occasion, Milei avait précisé que l’ouverture de l’ambassade à Jérusalem interviendrait « au printemps », soulignant même, dans un geste très commenté, la présence d’une mezouza et d’un siddour personnel dans son bureau présidentiel.

Le facteur Falkland : une ligne rouge pour Buenos Aires

Malgré la proximité affichée entre les deux dirigeants, les autorités argentines ont exprimé un profond mécontentement face à l’implication de Navitas Petroleum dans des opérations de prospection pétrolière autour des îles Falkland, territoire au cœur d’un contentieux historique avec Londres. À Buenos Aires, certains responsables estiment qu’Israël aurait dû empêcher une entreprise nationale de s’engager dans une zone aussi sensible sur le plan diplomatique.

Du côté israélien, la réponse a été sans équivoque : Navitas Petroleum est une société privée, agissant dans un cadre légal, et l’État d’Israël n’a ni la compétence ni la volonté d’intervenir dans ses décisions commerciales. Une position qui, paradoxalement, s’aligne avec l’idéologie libertarienne revendiquée par Javier Milei lui-même, farouche opposant à toute ingérence de l’État dans l’activité d’entreprises privées respectant la loi.

Tentatives d’apaisement et malaise persistant

Conscient de la sensibilité du dossier, le ministre Gideon Saar a publié le 26 décembre un message sur X visant à désamorcer la crise. Il y rappelait le caractère privé des activités de Navitas Petroleum, tout en exprimant les « regrets » d’Israël quant aux « sentiments négatifs » suscités en Argentine. Il soulignait également l’attachement d’Israël à une résolution pacifique du différend entre Buenos Aires et Londres concernant les Falkland.

Malgré ces gestes, la tension demeure palpable. Selon des sources israéliennes, la colère exprimée en Argentine ne refléterait pas nécessairement la position personnelle de Milei, mais serait alimentée par des secteurs du ministère argentin des Affaires étrangères, historiquement réticents au transfert de l’ambassade. En toile de fond, un autre facteur pèse lourd : la crainte qu’un tel geste diplomatique entraîne des mesures de rétorsion de la part de pays arabes, notamment un boycott des importations de viande argentine, secteur stratégique pour l’économie nationale.

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