Le CETA approuvé par le Parlement européen

Le Parlement européen, réuni en session plénière à Strasbourg, s’est prononcé mercredi en faveur de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Canada, le CETA, objet d’une vive contestation.

Avec ce vote favorable, une grande partie du texte devrait très prochainement être appliquée de manière provisoire, le temps qu’il soit ratifié par l’ensemble des parlements nationaux et régionaux de l’UE, ce qui prendra des années.

 

Plusieurs dizaines d’opposants au traité, issus d’ONG ou de partis de gauche, bloquaient, couchés à terre, l’entrée du Parlement mercredi matin.


«Le monde nous regarde», avait prévenu Mme Malmström, commissaire européenne chargée du commerce, fin janvier. «Nous ne pactisons pas avec le diable […]. Nous parlons du Canada, l’un des pays les plus démocratiques du monde!», avait-elle plaidé face à la contestation.

Le premier ministre canadien Justin Trudeau doit s’exprimer dans l’hémicycle de son pays jeudi, au lendemain du vote, pour souligner «le caractère singulièrement progressiste de l’accord», un «exemple pour les futurs accords commerciaux», selon son cabinet.

Le texte supprime 99 % des droits de douane. Mais il prône également la coopération en matière sociale, sanitaire et environnementale.

L’Accord économique et commercial global (AECG, en anglais CETA) est a priori soutenu par une majorité d’eurodéputés, essentiellement ceux de droite, ainsi que les libéraux et la plupart des socialistes.

Le CETA est «la réponse de l’Europe et du Canada à la politique de Donald Trump», «un modèle pour l’avenir, fondé sur la coopération, les valeurs et les standards communs», a ainsi affirmé mardi l’Allemand Manfred Weber, président du groupe du Parti populaire européen (PPE, droite), le plus important du Parlement.

Les Verts, l’extrême gauche, l’extrême droite et certains socialistes voteront contre. «Il y a à la fois trop d’incertitudes, trop de risques, trop d’insuffisances», résume le socialiste français Emmanuel Maurel.

Accès aux marchés publics canadiens

Grâce au CETA, les entreprises européennes auront désormais accès aux marchés publics canadiens, y compris ceux des villes et des provinces qui gèrent une part importante des dépenses publiques. Une véritable avancée pour les Européens qui avaient, eux, déjà accordé un large accès à leur marché aux compagnies canadiennes.

Des normes européennes préservées

L’accord, qui concerne plus de 500 millions d’Européens et 35 millions de Canadiens, ne modifiera pas les règles européennes sur la sécurité alimentaire ou la protection de l’environnement, assure l’UE.
Il vise au contraire à améliorer la coopération entre les organismes européen et canadien sur ces normes. Les produits canadiens ne pourront donc être importés dans l’Union européenne que s’ils respectent la réglementation de l’UE et le bœuf aux hormones ne sera pas autorisé.

Création d’un tribunal d’arbitrage

Le point le plus sensible porte sur la possibilité donnée à une multinationale investissant à l’étranger de porter plainte contre un Etat qui adopterait une politique publique contraire à ses intérêts, afin de demander réparation.
Un mécanisme qui a permis à Philip Morris d’attaquer l’Uruguay pour sa politique anti-tabac ou au géant minier Oceanagold de poursuivre le Salvador pour lui avoir refusé un permis d’exploitation pour raisons environnementales.
Le CETA créera un tribunal permanent, modernisé par rapport aux autres traités, composé de 15 juges professionnels nommés par l’UE et le Canada. Toutes les auditions seront publiques et il sera possible de faire appel. « Une sorte de Cour publique des investissements qui ouvre la voie à une Cour internationale des investissements », selon un négociateur européen.
Malgré cela, des ONG n’ont pas été convaincues, craignant que ces « pseudo-juges » soient des avocats d’affaires liés à des cabinets privés.
Une fois que les contours de ces tribunaux auront été définitivement arrêtés, la Belgique s’est engagée à saisir la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour vérifier sa conformité avec le droit européen.

Entrée en vigueur progressive

S’il est approuvé par le Parlement européen, une grande partie du traité entrera en vigueur de façon provisoire, essentiellement en ce qui concerne les dispositions relevant de la compétence exclusive de l’UE.
Parmi les chapitres provisoirement exclus, ce fameux tribunal d’arbitrage. En cas de litige avec un Etat, une entreprise devra porter plainte devant la juridiction du pays concerné ou la chambre arbitrale internationale de Paris, par exemple.
Reste un obstacle de taille : pour entrer définitivement en vigueur, le CETA devra être approuvé par les 38 Parlements nationaux et régionaux de l’UE. Une procédure très incertaine qui pourrait prendre des années.

Avec AFP

Les plus lus

Fatima Ezzahra El Mansouri dévoile sa majorité gouvernementale autour de quatre partis

Le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS forment la nouvelle majorité gouvernementale, forte de 207 sièges à la Chambre des représentants.

Felipe VI et Letizia se rendront à Sebta et Melilla les 13 et 14 octobre, sans Sánchez

Le couple royal espagnol effectuera son premier déplacement officiel...

À Paris, l’ONMT mise sur le Mondial 2030 pour séduire le marché français

Devant la presse réunie au Bristol, Achraf Fayda a...

Felipe VI à Sebta et Melilla : la cordialité des rois à l’épreuve de la souveraineté

Madrid présente la visite du couple royal comme une...

Rita Zniber interdite de quitter le Maroc : les dessous d’une guerre d’héritage

Une plainte pour faux déposée par son beau-fils, des reconnaissances de dettes de 14,4 millions de dirhams et une contre-offensive pour chantage : Jeune Afrique dévoile les contours du nouvel épisode judiciaire qui touche la patronne de Diana Holding. Une affaire dont l’écho reste discret au regard du poids de ses protagonistes.

La DGSN reçoit des délégations judiciaires de 24 pays dans son nouveau siège à Rabat

Des responsables judiciaires de 24 pays ont visité le nouveau siège de la DGSN à Rabat, en marge d’un congrès international consacré à la justice et à l’intelligence artificielle.

L’Europe abandonne la course de l’IA, aucun modèle ne peut dépasser celui des USA ou de la Chine

Mme Amal El Fallah Seghrouchni a-t-elle eu raison de miser sur Mistral ? Le tableau dressé par Politico donne de sérieuses raisons d’en douter : aucun modèle européen ne rivalise avec les meilleurs systèmes américains et chinois. La ministre a pourtant engagé un partenariat pluriannuel avec le champion français au nom de la souveraineté numérique. Pourquoi adosser une partie de l’ambition marocaine à un acteur distancé par les leaders ? Et que deviendrait cette stratégie si Mistral venait tout simplement à disparaître ?

Football émirati : une pièce d’identité au nom de Soufiane Rahimi exposée en ligne

Une pièce d’identité au nom de Soufiane Rahimi apparaît dans une revendication de piratage visant la Fédération émiratie de football.

Scandale retentissant en Allemagne : l’ex-patron des renseignements arrêté pour trahison, la piste Mossad surgit

Arrêté pour espionnage et tentative de haute trahison, l’ex-patron du BND August Hanning voit désormais ressurgir ses réseaux suisses, l’affaire Christina Block et ses liens avec l’ancien chef du Mossad Danny Yatom.

Istanbul sous l’eau : le gouverneur appelle les habitants à rester chez eux

Des pluies diluviennes ont provoqué des inondations majeures à Istanbul, faisant deux morts. Les écoles sont fermées les 15 et 16 octobre, tandis que les autorités appellent la population à limiter ses déplacements.

La Chine lance dix satellites, dont huit pour développer l’IA dans l’espace

La Chine a placé dix satellites en orbite le 14 octobre 2026 : huit destinés au calcul spatial et à l’intelligence artificielle, et deux aux essais de communications laser.

À cause d’Israël, Washington menace l’Espagne de sanctions commerciales, Tanger Med récupère le trafic maritime

La Federal Maritime Commission envisage une redevance de 200 000 dollars par voyage pour les navires espagnols et des restrictions sur les importations. La presse espagnole détaille la riposte de Madrid et le report d'une partie des escales vers Tanger.

Rita Zniber interdite de quitter le Maroc : les dessous d’une guerre d’héritage

Une plainte pour faux déposée par son beau-fils, des reconnaissances de dettes de 14,4 millions de dirhams et une contre-offensive pour chantage : Jeune Afrique dévoile les contours du nouvel épisode judiciaire qui touche la patronne de Diana Holding. Une affaire dont l’écho reste discret au regard du poids de ses protagonistes.

Related Articles

Focus Thématiques