Les Émirats arabes unis et Bahreïn doivent fournir à TotalEnergies de nouveaux volumes destinés au marché français. Avec les engagements saoudiens antérieurs, l’Élysée chiffre ces approvisionnements à environ 10 % de la consommation française de diesel. Une réponse énergétique à une crise devenue politique.
Emmanuel Macron cherche auprès des monarchies du Golfe de quoi desserrer la pression sur les carburants en France. Mardi 20 octobre, au deuxième jour de sa tournée régionale, la présidence française a annoncé des engagements portant sur 200 000 tonnes supplémentaires de gazole par mois, provenant des Émirats arabes unis et de Bahreïn, pour une distribution en France par TotalEnergies.
La répartition annoncée est de 100 000 tonnes mensuelles pour chacun des deux pays. Ces volumes s’ajoutent aux 95 000 tonnes par mois déjà sécurisées auprès de l’Arabie saoudite pour octobre et novembre. L’ensemble représente 295 000 tonnes mensuelles pour ces deux mois, soit environ un dixième de la consommation française de diesel, selon l’Élysée.
Le déplacement intervient après les manifestations contre la vie chère et les violences du 17 octobre. Dans son allocution télévisée du dimanche 18 octobre, Emmanuel Macron avait justifié son départ par la nécessité de sécuriser les approvisionnements énergétiques. Le président lie ainsi sa tournée diplomatique à l’une des préoccupations qui alimentent la colère en France : le coût du plein.
Présent dans la délégation, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a insisté sur la disponibilité du carburant pendant les prochains mois. « Ça va rassurer les Français. On ne va pas manquer de diesel cet hiver », a-t-il déclaré à Abou Dhabi, selon Le Monde. Le groupe avait redouté, dès l’été, une aggravation des tensions sur les hydrocarbures liée notamment aux frappes ukrainiennes contre les installations russes.
L’Élysée inscrit ces engagements dans le prolongement du recours aux réserves stratégiques françaises. La présidence évoque deux libérations de stocks depuis le début de la guerre israélo-américaine contre l’Iran, en février, représentant 10 millions de barils. Elle leur attribue une baisse de 12 à 18 centimes des prix à la pompe. Les nouveaux approvisionnements du Golfe doivent prolonger cet effort pour réduire les tensions sur le marché.
La tournée conjugue énergie, coopération économique et défense. Au Koweït, première étape lundi, les discussions ont notamment porté sur des stocks de kérosène et de diesel prépositionnés à Oman, susceptibles d’alimenter La Réunion et Mayotte. À Abou Dhabi, Emmanuel Macron et Mohammed ben Zayed Al-Nahyane ont également abordé les investissements, l’intelligence artificielle et la sécurité maritime. Le parcours se poursuit par Bahreïn et une visite d’État au Qatar les 20 et 21 octobre.
Paris présente ces engagements énergétiques comme le fruit de ses partenariats de sécurité. La présidence française met en avant le soutien apporté à la défense des États du Golfe pendant la guerre et la confiance nouée avec leurs dirigeants.
Le verrou régional reste le détroit d’Ormuz. Le blocus qui oppose l’Iran aux États-Unis perturbe les exportations pétrolières et entretient l’incertitude sur les approvisionnements. Les monarchies du Golfe redoutent une reprise de la guerre après les élections américaines de mi-mandat du 3 novembre. L’Élysée craint, lui, l’installation durable d’une situation de « ni paix ni guerre ». Pour Macron, l’urgence est d’obtenir du carburant dans une région dont la France dépend aussi pour contenir sa crise intérieure.


