À huit jours des élections israéliennes, Benjamin Netanyahu utilise les violences du 17 octobre en France pour défendre sa nouvelle doctrine de sécurité et évoquer un changement politique à Paris. Dans un entretien exclusif accordé à la chaîne israélienne C14, le Premier ministre affirme avoir averti Emmanuel Macron dès le 7 octobre 2023 et considère qu’une arrivée de la droite au pouvoir servirait les relations franco-israéliennes.
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu s’est invité dans la crise politique et sociale française. Dans un extrait d’une interview accordée à la journaliste Sophia Tupolev, pour la chaîne israélienne Channel 14 (C14), il présente les violences qui secouent la France comme la confirmation d’un avertissement qu’il affirme avoir adressé à Emmanuel Macron trois ans auparavant.
L’entretien intégral, réalisé en anglais et dont la diffusion est annoncée pour mardi 20 octobre 2026, intervient dans un contexte politique particulièrement sensible : Israël organise des élections législatives le 27 octobre, tandis que Netanyahu a dévoilé le 18 octobre une nouvelle doctrine de sécurité nationale fondée notamment sur la prévention des menaces, l’offensive et l’autonomie militaire.
« Si nous n’arrêtons pas le Hamas ici, vous le verrez dans les rues de Paris »
Dans l’extrait diffusé par C14, Netanyahu revient sur une conversation téléphonique qu’il affirme avoir eue avec Emmanuel Macron le 7 octobre 2023, jour des attaques du Hamas contre Israël.
Selon son récit, le président français lui aurait alors demandé de rechercher un cessez-le-feu immédiat et une solution diplomatique. « Non, non, Emmanuel », assure lui avoir répondu Netanyahu, qui soutient que ses adversaires ne pouvaient être arrêtés par la seule diplomatie.
Le Premier ministre israélien compare ensuite le Hamas à l’organisation État islamique et au nazisme, puis rapporte avoir averti son interlocuteur :
« Si nous n’arrêtons pas le Hamas ici, vous le verrez dans les rues de Paris. »
Il ajoute, en référence aux événements qui secouent actuellement la France : « Et c’est exactement ce qui se passe en ce moment. »
Par cette affirmation, Netanyahu établit un rapprochement entre les violences françaises d’octobre 2026 et le mouvement palestinien. Il ne présente toutefois aucun élément établissant une implication du Hamas dans les troubles français.
De la colère sociale aux « émeutes musulmanes » : le récit de C14
La présentation promotionnelle de l’interview montre également l’angle adopté par Channel 14. Sur son compte Instagram anglophone, la chaîne décrit les violences comme des « émeutes musulmanes qui mettent la France à feu et à sang » et demande si Emmanuel Macron a finalement retenu la leçon de Netanyahu.
Cette qualification religieuse ne reflète pas l’origine documentée du mouvement du 17 octobre : la mobilisation s’est constituée autour de revendications sociales, notamment la vie chère, le coût des carburants et la dégradation des services publics et des conditions d’enseignement. Elle a rassemblé notamment des lycéens, des étudiants, des syndicalistes et divers mouvements contestataires, avant que des violences, des incendies et des pillages ne viennent marquer la journée.
Dans son allocution du 18 octobre, Emmanuel Macron a distingué les revendications des manifestants des violences commises en marge de la mobilisation. Les autorités françaises ont mis en cause des groupes d’ultragauche et des auteurs de pillages.
Le parallèle proposé par Netanyahu déplace ainsi le débat, d’une crise sociale et politique française vers une confrontation qu’il présente comme commune à Israël et à plusieurs pays européens.
Netanyahu voit d’un bon œil l’arrivée de la droite au pouvoir en France
Interrogé par la journaliste sur une éventuelle « leçon » retenue par Emmanuel Macron, Netanyahu ne répond pas directement sur le président français. Il déclare plutôt que les Français voient ce qui se passe dans les rues de leur pays et que ces événements pourraient conduire à un changement dans sa configuration politique.
La journaliste lui demande alors si l’arrivée d’un gouvernement français de droite permettrait d’améliorer les relations avec Israël.
« Certainement. Parce qu’ils comprennent qu’ils sont menacés. »
Netanyahu conclut : « C’est l’ennemi commun qui crée des intérêts communs. »
Ces déclarations interviennent à quelques mois de l’élection présidentielle française de 2027, tandis que les violences du 17 octobre accentuent la pression politique sur Emmanuel Macron.
Un entretien inscrit dans la nouvelle doctrine de sécurité israélienne
L’interview de C14 ne se limite pas à la France. Elle accompagne la présentation, le 18 octobre, de la doctrine nationale de sécurité actualisée du Premier ministre israélien.
Dans une déclaration officielle, Netanyahu a défendu une stratégie privilégiant la prévention et l’offensive plutôt que l’endiguement, une autonomie accrue en matière d’armement, la supériorité technologique et la lutte contre l’antisémitisme.
Selon la présentation de l’entretien intégral diffusée par C14, il évoque également la menace des drones et de l’intelligence artificielle, les ambitions régionales qu’il attribue au président turc Recep Tayyip Erdoğan, l’antisémitisme à l’étranger et les campagnes de désinformation visant Israël.
Netanyahu considère en outre le temps restant du mandat de Donald Trump comme une opportunité pour provoquer, selon ses objectifs affichés, la chute du régime iranien et étendre les accords d’Abraham. Ces passages sont annoncés dans la présentation de C14 et ne figurent pas dans l’extrait consacré à la France.
À huit jours du scrutin, une portée électorale en Israël
L’intervention s’inscrit aussi dans la campagne précédant les élections israéliennes du 27 octobre. Dans sa présentation de l’entretien, C14 indique que Netanyahu critique Naftali Bennett et Avigdor Liberman, qu’il qualifie de représentants d’une « fausse droite », et met en cause les alliances parlementaires possibles de Gadi Eisenkot.
Il exprime par ailleurs ses préférences pour certaines forces conservatrices à l’étranger, notamment au Brésil, d’après les éléments annoncés par la chaîne.
Vidéo : extrait de l’entretien de Benjamin Netanyahu avec Sophia Tupolev sur C14 English. L’entretien intégral est annoncé pour le 20 octobre 2026. Contexte : communiqué du Bureau du Premier ministre israélien sur la doctrine de sécurité (18 octobre 2026)


