La scène a quelque chose d’irréel : au neuvième étage de l’Institut du monde arabe (IMA), face à une centaine de salariés et de proches, Jack Lang prononce son discours d’adieu. Au même moment, des enquêteurs fouillent son bureau dans le cadre d’une enquête pour soupçons de blanchiment de fraude fiscale aggravée liée à des ramifications françaises de l’affaire Jeffrey Epstein.
À 86 ans, l’ancien ministre de la Culture, veste noire et baskets assorties, s’est voulu imperturbable. Il a salué « treize années d’accomplissements » à la tête d’une institution qu’il dit avoir contribué à « faire renaître » depuis son arrivée en 2013.
Devant un public comprenant notamment l’écrivain Erik Orsenna et l’historien Benjamin Stora, Jack Lang a dénoncé une « campagne de calomnie et de lynchage », assurant que les accusations sont « vides, vides, vides ».
Il affirme n’avoir « jamais reçu le moindre centime » de Jeffrey Epstein et se dit « serein » face à la justice.
Des perquisitions simultanées
Mais la symbolique de la journée est lourde : pendant son discours, des perquisitions étaient en cours à l’IMA ainsi qu’à son domicile parisien.
L’enquête, ouverte le 6 février par le Parquet national financier (PNF), porte sur une société offshore créée en 2016 par sa fille Caroline Lang avec Jeffrey Epstein, domiciliée aux îles Vierges américaines et destinée à l’acquisition d’œuvres d’art contemporain en vue de leur revente.
Protéger « l’image » de l’IMA
Jack Lang a annoncé sa démission le 7 février, qui sera entérinée lors d’un conseil d’administration. Il affirme avoir quitté ses fonctions pour préserver « l’image » de l’Institut.
Fondé en 1987 dans le cadre d’un partenariat entre la France et 22 pays arabes, l’IMA accueille aujourd’hui près de 750.000 visiteurs par an. Conçu par l’architecte Jean Nouvel sous la présidence de François Mitterrand, l’établissement est à la fois un lieu culturel majeur et un instrument de diplomatie culturelle.
Plusieurs personnalités ont salué son action, évoquant une « renaissance » de l’institution et son engagement en faveur du dialogue euro-arabe et de la cause palestinienne.
Les ramifications françaises de l’affaire Epstein
L’affaire dépasse désormais le seul cas de Jack Lang. Le parquet de Paris a désigné des magistrats référents pour examiner d’éventuelles infractions impliquant des ressortissants français. D’autres dossiers cités dans la presse visent notamment un diplomate et des personnalités du monde artistique.
Dans ce climat tendu, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, reçoit trois candidats présélectionnés pour succéder à Jack Lang à la tête de l’IMA.






