La Colombie a inauguré, mercredi 14 octobre, son ambassade à Jérusalem-Ouest. Deux mois après l’arrivée au pouvoir d’Abelardo de la Espriella, cette décision consacre le virage pro-israélien de Bogotá, accompagné du rétablissement de l’accord de libre-échange entre les deux pays.
Les ministres des Affaires étrangères israélien, Gideon Sa’ar, et colombien, Omar Bula Escobar, ont participé à l’inauguration, en présence du maire de Jérusalem, Moshe Lion. Selon les autorités israéliennes, la Colombie devient le dixième pays à installer une ambassade dans la ville.
Le choix de Jérusalem marque une rupture avec la politique de Gustavo Petro. En mai 2024, l’ancien président colombien avait rompu les relations diplomatiques avec Israël pour dénoncer la guerre menée à Gaza. L’ambassade colombienne à Tel-Aviv avait alors fermé ses portes et son ambassadeur avait été rappelé.
Son successeur a fait du rapprochement avec Israël une priorité. Dès avant son investiture en août, les deux équipes avaient préparé une feuille de route prévoyant le retour des ambassadeurs, le déplacement de la représentation colombienne à Jérusalem et la relance des échanges économiques. Mardi 13 octobre, les deux pays ont rétabli leur accord de libre-échange.
Gideon Sa’ar s’est félicité d’avoir annulé, en deux mois, l’essentiel des conséquences négatives qu’il attribue à l’administration Petro sur les relations bilatérales. Il a remercié Abelardo de la Espriella pour sa détermination à porter ces relations « à un niveau historique ».
Dans une publication sur X, le chef de la diplomatie israélienne a évoqué une promesse faite par le président colombien lors d’une rencontre à Buenos Aires, bien avant son élection : « Si je suis élu président, je transférerai immédiatement l’ambassade de Colombie à Jérusalem. » « Il a fait une promesse et il l’a tenue », a commenté Sa’ar.
Le ministre a également affirmé que le nombre d’ambassades installées à Jérusalem avait doublé depuis son entrée en fonctions, moins de deux ans auparavant. Il a annoncé d’autres ouvertures « très bientôt, si Dieu le veut », présentant l’inauguration colombienne comme une journée historique pour les relations bilatérales et pour Jérusalem, qu’il désigne comme « notre capitale ».
Omar Bula Escobar a, de son côté, défendu la restauration d’une relation qui « n’aurait jamais dû être interrompue ». Dans son discours, le ministre colombien a présenté la nouvelle ambassade comme un instrument destiné à renforcer la confiance, la coopération et les intérêts communs des deux pays.
Netanyahou : « La Colombie se tient à nos côtés »
L’inauguration a également donné lieu à une réception officielle organisée par le ministère israélien des Affaires étrangères, en présence de Benjamin Netanyahou, d’Omar Bula Escobar et de Gideon Sa’ar. Les ambassadrices Vivian Aisen, représentante d’Israël en Colombie, et Tania Gilinski, représentante de la Colombie en Israël, y ont aussi participé, selon le récit publié sur X par le ministère colombien des Affaires étrangères.
« La Colombie se tient à nos côtés », a déclaré le Premier ministre israélien, qui a remercié Bogotá pour son soutien. « Nous nous dressons pour la civilisation, pour la vie, pour l’espoir, et nous combattrons les barbares », a-t-il ajouté, selon les propos rapportés par la diplomatie colombienne.
Dans un message vidéo, Abelardo de la Espriella a souligné la portée du rapprochement : « Nous ouvrons une nouvelle porte pour que la Colombie et Israël soient plus proches. » La diplomatie colombienne présente cette ouverture comme l’accomplissement d’une promesse présidentielle et l’expression d’une volonté de reconstruire des alliances stratégiques.
La Palestine demande à Bogotá de revenir sur sa décision
Cette implantation s’écarte de la position de la majorité des États, qui maintiennent leurs ambassades à Tel-Aviv dans l’attente d’un règlement du statut de Jérusalem. Les Palestiniens revendiquent Jérusalem-Est comme capitale de leur futur État. Le vice-président palestinien, Hussein Al-Sheikh, a condamné la décision colombienne, qu’il considère contraire au droit international et au statut de la ville.
Dans un communiqué publié sur X, le ministère des Affaires étrangères et des Expatriés de l’État de Palestine a condamné « dans les termes les plus fermes » l’ouverture de l’ambassade colombienne dans ce qu’il désigne comme « Jérusalem occupée ». Il dénonce une « violation flagrante du droit international » et une atteinte aux droits nationaux du peuple palestinien.
Invoquant les résolutions 476 et 478 du Conseil de sécurité, la diplomatie palestinienne estime que cette initiative fragilise le consensus international sur le statut de la ville et encourage les autorités israéliennes à imposer des faits accomplis illégaux. Elle affirme que les décisions visant à modifier le statut juridique et historique de Jérusalem sont nulles et sans effet juridique, et demande au gouvernement colombien de revenir sur cette mesure.
Le ministère appelle également les États et les organisations régionales et internationales à mettre en œuvre les décisions onusiennes, arabes et islamiques pertinentes, notamment par des mesures politiques, diplomatiques, économiques et juridiques contre tout pays ouvrant ou transférant son ambassade à Jérusalem.


