Une plainte pour faux déposée par son beau-fils, des reconnaissances de dettes de 14,4 millions de dirhams et une contre-offensive pour chantage : Jeune Afrique dévoile les contours du nouvel épisode judiciaire qui touche la patronne de Diana Holding. Une affaire dont l’écho reste discret au regard du poids de ses protagonistes.
L’information a circulé sur les réseaux sociaux, notamment TikTok, devenu au fil des années un terrain de prédilection du « Zniber bashing ». Rita Maria Zniber, PDG de Diana Holding, serait interdite de quitter le territoire marocain. La presse s’en est emparée, Le Canard libéré évoquant dès le 8 octobre un déplacement empêché vers l’Égypte.
Dans d’autres circonstances, une telle nouvelle aurait occupé une place de choix dans l’actualité économique. Mais la succession des événements qui mobilisent l’attention des Marocains lui a laissé peu d’espace. Quelques conversations dans les milieux d’affaires, des commentaires en ligne, puis le flot de l’actualité a poursuivi sa course.
Dans ce brouhaha, Jeune Afrique apporte un récit circonstancié, signé Bilal Mousjid. Avec une chronologie, l’objet de la plainte et la réponse de la principale intéressée.
Le 30 septembre, Rita Zniber s’apprête à partir pour Le Caire. Invitée par le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, elle doit participer à l’Alamein Africa Forum. Selon le magazine, c’est à l’aéroport qu’elle découvre l’interdiction de quitter le territoire qui la vise.
Six jours auparavant, deux membres de la police judiciaire lui avaient remis une convocation au siège de Diana Holding. Un conseil d’administration s’y tenait ce jour-là. La dirigeante sera finalement entendue le 9 octobre, accompagnée de Mounir Founani, avocat au barreau de Rabat. Auprès de Jeune Afrique, elle décrit une audition qui s’est « bien passée », menée par des policiers « très professionnels ».
L’affaire Zniber, en cinq dates
Une nouvelle plainte pour faux, une interdiction de quitter le territoire et une plainte en retour pour chantage.
Enquête préliminaire après la plainte déposée le 21 juillet.
La plainte pour faux
Mohamed Nabil Zniber dépose une plainte visant des reconnaissances de dettes attribuées à son père, Brahim Zniber.
Une convocation au siège du groupe
Deux membres de la police judiciaire remettent une convocation à Rita Zniber, alors qu’un conseil d’administration se tient sur place.
Le déplacement au Caire empêché
À l’aéroport, Rita Zniber découvre l’interdiction de quitter le territoire. Elle devait participer à l’Alamein Africa Forum.
La riposte pour chantage
Selon Jeune Afrique, Rita Zniber porte plainte contre son beau-fils Mohamed Nabil Zniber pour chantage.
La première audition
La police judiciaire entend Rita Zniber, assistée de Mounir Founani, avocat au barreau de Rabat.
Deux autres procédures restent en cours. Une procédure distincte s’est conclue par un non-lieu au début de juillet 2026.
À l’origine de cette enquête préliminaire figure une plainte déposée le 21 juillet par Mohamed Nabil Zniber, fils de Brahim Zniber et de sa première épouse, Touria Tazi. Elle porte sur des accusations de faux concernant des reconnaissances de dettes attribuées au fondateur du groupe, pour un montant total de 14,4 millions de dirhams.
Ce nouveau dossier prolonge une succession disputée depuis huit ans. Avant sa mort, en 2016, Brahim Zniber avait réparti la nue-propriété de ses actions entre ses héritiers, tout en conservant l’usufruit. Les documents relatifs à sa succession ont ensuite alimenté plusieurs procédures à partir de 2018.
Diana Holding
Un groupe familial bâti par Brahim Zniber, dont l’histoire commence en 1956 à Aït Harzallah, dans la région de Meknès. Rita Maria Zniber en assure la présidence-direction générale.
| Indicateur | 2021 | 2026 |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 3,9 Md DH | 4,2 Md DH Objectif annuel |
| Dette à moyen et long terme | 2,5 Md DH | ≈ 750 M DH |
La vente d’Atlas Bottling Company a rapporté 1,25 milliard de dirhams. Plus des deux tiers ont servi au remboursement de dettes ; 28 % à la recapitalisation de filiales et 2 % à la rémunération des actionnaires.
Jeune Afrique distingue cette nouvelle plainte de deux autres procédures toujours en cours. Une autre affaire s’est achevée par un non-lieu au début du mois de juillet. Selon le magazine, Mohamed Nabil Zniber est désormais le seul des enfants issus du premier mariage du fondateur à poursuivre ce contentieux.
Rita Zniber a engagé sa propre riposte. Le 7 octobre, elle a déposé une plainte pour chantage contre son beau-fils, rapporte Jeune Afrique. Fondateur de Sakina Promotion immobilière, Mohamed Nabil Zniber n’exerce aucune fonction dans la gouvernance de Diana Holding. Sa sœur, Latifa Bahae Zniber, siège en revanche au conseil d’administration, où elle représente une partie de la famille.
La dirigeante défend également sa lecture de la succession. Elle présente les engagements et dettes personnels de son défunt époux, extérieurs au périmètre du groupe, comme des éléments résiduels de l’héritage. Elle invoque notamment la procuration notariée étendue que Brahim Zniber lui avait accordée lors de son départ à la retraite.
Les figures de l’héritage Zniber
Les principaux héritiers cités dans le dossier et les membres de la famille engagés dans la gouvernance du groupe.
Il avait réparti de son vivant la nue-propriété de ses actions entre ses héritiers, en conservant l’usufruit jusqu’à sa mort.
Rita Maria Zniber
Veuve du fondateur, PDG et présidente du conseil. Visée par la plainte pour faux, elle a déposé une plainte pour chantage.
du capital contrôlé avec ses enfants et sa belle-fille, selon Jeune Afrique.
Mohamed Nabil Zniber
Auteur de la plainte du 21 juillet 2026. Fondateur de Sakina Promotion immobilière ; il ne siège pas dans la gouvernance de Diana Holding.
Tahar Moncif Zniber
Frère de Mohamed Nabil. Co-mandataire chargé de procédures de succession par une procuration notariée de 2017.
Latifa Bahae Zniber
Représente au conseil une partie de la fratrie et de ses descendants, soit six membres selon Jeune Afrique.
Ahmed Saad Zniber
Issu, comme Mohamed Nabil, Tahar Moncif et Latifa Bahae, de l’union avec Touria Tazi.
Leyth Zniber
Fils de Brahim et Rita Zniber. Ancien dirigeant du groupe et cofondateur de l’incubateur Impact Lab.
Diana Maria Zniber
Fille de Brahim et Rita Zniber. Elle siège au conseil d’administration du groupe.
Rayan Anis Zniber et Jad Anis Zniber figurent également parmi les administrateurs publiés sur le site du groupe.
Selon Jeune Afrique, Mohamed Nabil est le seul des enfants issus du premier mariage à poursuivre ce contentieux.
« Cette affaire ne concerne aucunement le holding », insiste-t-elle auprès du magazine. Rita Zniber contrôle, avec ses enfants et sa belle-fille, 91,42 % du capital du groupe, selon les chiffres rapportés par Jeune Afrique.
Cette volonté de circonscrire le litige à la sphère successorale intervient alors que Diana Holding, qui emploie environ 7 000 personnes, sort de plusieurs années difficiles. Sécheresse, pandémie et conséquences de la guerre en Ukraine ont éprouvé ses activités dans l’agriculture, les boissons, la distribution et l’industrie.
D’après Jeune Afrique, le groupe vise cette année un chiffre d’affaires de 4,2 milliards de dirhams, contre 3,9 milliards en 2021. Son endettement à moyen et long terme serait revenu de 2,5 milliards à environ 750 millions de dirhams. La cession d’Atlas Bottling Company, pour 1,25 milliard de dirhams, a largement contribué à ce désendettement.
Dix ans après la disparition de Brahim Zniber, le groupe poursuit ainsi sa réorganisation financière. Sa succession, elle, continue d’occuper les tribunaux. Avec cette nouvelle plainte et la riposte pour chantage, le conflit familial entre dans une séquence qui touche désormais directement la liberté de déplacement de sa dirigeante.


