Les États-Unis ont annoncé, mercredi 14 octobre 2026, un projet de sanctions commerciales contre l’Espagne, prévoyant une redevance de 200 000 dollars par voyage pour les navires espagnols et des restrictions sur plusieurs produits importés. Cette initiative répond au refus du gouvernement de Pedro Sánchez d’accueillir des navires américains liés au transport de marchandises à destination d’Israël. La procédure ouverte par Washington révèle aussi un déplacement d’une partie des escales maritimes vers Tanger.
La Federal Maritime Commission (FMC), autorité fédérale américaine chargée du transport maritime international, a conclu qu’en interdisant l’accès de ses ports à plusieurs navires battant pavillon américain, Madrid avait créé des conditions commerciales défavorables aux États-Unis.
Washington propose une redevance de 200 000 dollars par voyage pour les navires battant pavillon espagnol faisant escale aux États-Unis. Les restrictions commerciales envisagées concernent aussi les importations de parfums, cosmétiques, huiles, graisses, céramiques, produits en pierre, sucre et confiseries.
À l’origine du conflit, les cargaisons destinées à Israël
L’affaire remonte à novembre 2024, lorsque l’Espagne avait refusé l’accès au port d’Algésiras aux porte-conteneurs américains Maersk Denver et Maersk Seletar, soupçonnés de transporter du matériel militaire destiné à Israël.
L’enquête américaine, ouverte en décembre 2024, a établi que ces restrictions avaient modifié les itinéraires maritimes de Maersk Line Limited, participant au programme américain de sécurité maritime.
Tanger Med, nouvelle escale du trafic américain
Le dossier de la FMC fait état d’un déplacement d’une partie du trafic maritime vers le Maroc. Les navires concernés ont été déroutés vers Tanger, alors que les escales de la flotte américaine de Maersk dans les ports espagnols ont fortement diminué.
Tanger enregistre une moyenne de 4,17 escales mensuelles de cette flotte, contre six escales dans l’ensemble des ports espagnols au cours de la période de 2026 examinée par la commission. Ces données concernent la flotte américaine de Maersk visée par la procédure, et non l’ensemble du trafic portuaire entre l’Espagne et le Maroc.
Ce qu’en dit la presse espagnole : sanctions, souveraineté portuaire et enjeux commerciaux
L’annonce américaine a suscité une importante couverture médiatique en Espagne. Les médias y examinent les conséquences diplomatiques, juridiques, économiques et portuaires du différend.
- El Español : « Les États-Unis déclenchent une guerre commerciale avec l’Espagne »
Dans un article publié le 14 octobre, Fernando Cano présente la décision de la FMC comme l’ouverture d’une guerre commerciale liée au blocage, par Pedro Sánchez, des navires transportant du matériel militaire destiné à Israël.
Le quotidien indique que la réglementation américaine prévoit la possibilité de sanctions plus élevées, tandis que la FMC propose dans un premier temps une redevance de 200 000 dollars par voyage. Il replace aussi cette affaire dans le contexte des échanges commerciaux bilatéraux : les exportations espagnoles vers les États-Unis ont représenté 16,716 milliards d’euros en 2025, selon les données officielles espagnoles citées.
- elDiario.es : des représailles liées à l’embargo sur les armes
Le correspondant à Washington Andrés Gil consacre un article à la décision américaine, dont le titre décrit les mesures envisagées comme une « vengeance » de l’administration Trump contre l’embargo espagnol sur les armes à destination d’Israël.
Le journal replace la procédure dans le contexte de la guerre à Gaza et des restrictions adoptées par Madrid pour empêcher le transit portuaire de certaines cargaisons militaires. Il reprend les conclusions de la FMC sur les conditions défavorables que l’Espagne aurait imposées au transport maritime américain.
- La Vanguardia : la question de la souveraineté espagnole
Dans une correspondance publiée depuis Washington, Javier de la Sotilla détaille les arguments juridiques présentés par les deux parties.
Le quotidien rapporte que Madrid a contesté la compétence de la FMC pour examiner ses décisions portuaires, invoquant son immunité souveraine et ses obligations découlant du droit espagnol, européen et international sur le matériel de défense et les biens à double usage.
La FMC soutient, pour sa part, que la souveraineté espagnole sur ses ports ne remet pas en cause sa compétence pour examiner les effets de ces décisions sur le commerce maritime américain. La Vanguardia souligne qu’une consultation est prévue et que la procédure pourrait durer plusieurs mois.
- El País : l’Union européenne entre dans le dossier
Dans un article signé Gorka R. Pérez et Iker Seisdedos, El País rapporte la première réaction du gouvernement espagnol.
Selon les sources gouvernementales citées par le quotidien, Madrid entend défendre ses intérêts et ceux de ses entreprises en coordination avec la Commission européenne et les autres États membres. Le journal évoque aussi l’articulation de ces sanctions avec le marché unique européen, la politique commerciale étant une compétence de l’Union.
Les autorités espagnoles réaffirment leur volonté de préserver des relations commerciales constructives avec Washington.
- RTVE : Madrid annonce des observations contre les conclusions américaines
Le média public RTVE présente les mesures proposées par la FMC comme une réponse aux restrictions adoptées par Madrid concernant le commerce d’armes avec Israël, dans le contexte de la guerre à Gaza et des colonies dans les territoires palestiniens occupés.
RTVE rapporte la réponse du ministère espagnol des Affaires étrangères : les mesures espagnoles ne seraient discriminatoires ni envers les États-Unis ni envers un autre pays. Madrid présentera ses observations dans le délai réglementaire de 60 jours.
Le média souligne que la procédure américaine a reçu plus de 8 000 contributions, dont plusieurs défendaient la position espagnole. Il relève également le détournement d’escales de Maersk du port d’Algésiras vers Tanger.
- 20 Minutos : Madrid veut éviter une escalade commerciale
Dans un article publié le 14 octobre à partir d’informations d’Europa Press, 20 Minutos développe la réponse du gouvernement espagnol.
La Moncloa considère que les restrictions commerciales envisagées relèvent des relations entre les États-Unis et l’Union européenne, et non exclusivement des rapports bilatéraux entre Washington et Madrid. Le gouvernement examine les conclusions de la FMC et annonce vouloir éviter une escalade pénalisant ses entreprises et les relations économiques transatlantiques.
- EFE : une enquête ouverte sous la présidence de Joe Biden
L’agence de presse espagnole EFE rappelle que l’enquête de la FMC a commencé en décembre 2024, sous la présidence de Joe Biden, après le refus opposé à trois navires américains exploités par Maersk Line.
EFE précise que les navires étaient soupçonnés de transporter du matériel militaire vers Israël, tandis que Maersk avait affirmé que les cargaisons concernées par le transbordement ne comprenaient ni armes ni munitions.
L’agence replace également l’annonce dans le contexte des tensions commerciales entre Donald Trump et Pedro Sánchez.
- El Estrecho Digital : les chiffres du report maritime vers Tanger
Le média spécialisé El Estrecho Digital consacre un traitement détaillé aux conséquences portuaires du différend.
Sur la base du dossier américain, il identifie trois navires concernés : Maersk Denver, Maersk Seletar et Maersk Hartford, qui ont modifié leurs itinéraires vers le Maroc en novembre 2024.
Le média rapporte une moyenne de 7,25 escales mensuelles de la flotte américaine de Maersk dans les ports espagnols avant novembre 2024, contre six escales au total sur la période de 2026 étudiée par la FMC. Dans le même temps, Tanger enregistre une moyenne de 4,17 escales mensuelles.
D’après les données commerciales reprises du dossier américain, les importations américaines en provenance d’Espagne ont atteint en 2025 :
- 1,15 milliard de dollars pour les huiles et graisses, dont 836,9 millions pour l’huile d’olive et ses fractions ;
- 940 millions de dollars pour la parfumerie, les cosmétiques et les produits associés ;
- 634,7 millions de dollars pour les produits céramiques ;
- 270,6 millions de dollars pour les articles en pierre et produits connexes ;
- 138,8 millions de dollars pour le sucre et les produits de confiserie.
Une procédure américaine ouverte aux observations
La FMC a engagé une consultation publique afin de recueillir les observations des transporteurs, des entreprises et des autres parties concernées. Le gouvernement espagnol pourra présenter ses arguments et demander à être entendu.
La redevance de 200 000 dollars par voyage et les restrictions sur certaines importations espagnoles restent, à ce stade, des mesures proposées, non des sanctions entrées en vigueur.


