Au lendemain d’une intervention télévisée marquée par la colère, la fermeté et la reconnaissance de défaillances sécuritaires, Emmanuel Macron a refusé, lundi 19 octobre, la démission de son ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez. Ce dernier reconnaît une « perte de contrôle » des forces de l’ordre dans plusieurs villes lors des manifestations du 17 octobre. Le président français choisit de maintenir son ministre en fonction, tout en exigeant une nouvelle stratégie contre les casseurs, dans un climat de contestation sociale et de crise de l’autorité de l’État.
La crise politique ouverte par les violences du samedi 17 octobre vient de connaître un nouveau développement à l’Élysée. Laurent Nuñez a présenté sa démission à Emmanuel Macron, qui l’a refusée, selon une annonce de la présidence française lundi matin.
Dans son communiqué, l’Élysée justifie cette décision par la nécessité de garantir la continuité du commandement des forces de l’ordre. Le chef de l’État demande parallèlement au ministre de mettre en œuvre rapidement de nouvelles méthodes d’intervention face aux groupes responsables des violences et des pillages.
Le maintien de Laurent Nuñez ne constitue donc pas un désaveu des critiques adressées au dispositif policier. Emmanuel Macron reconnaît des défaillances dans l’anticipation des événements et le renseignement. Il choisit néanmoins de conserver le responsable de la sécurité intérieure pour conduire la réponse de l’État.
Laurent Nuñez reconnaît avoir perdu le contrôle dans plusieurs villes
Invité de France Inter lundi matin, Laurent Nuñez a confirmé avoir remis sa démission au président de la République.
« Je suis responsable de tout ce qui se passe sur le terrain », a déclaré le ministre, qui a également reconnu que les forces de l’ordre avaient perdu le contrôle de la situation dans certaines grandes villes.
Il a admis un manque d’anticipation, soulignant que le dispositif policier s’était révélé insuffisant face au nombre de participants et à l’ampleur des violences.
Le ministre a cependant insisté sur la responsabilité des auteurs des pillages et des attaques contre les policiers, notamment des militants d’ultragauche qu’il accuse d’avoir recherché l’affrontement avec les forces de sécurité.
Selon le bilan communiqué dimanche soir par le ministère de l’Intérieur, les violences du samedi 17 octobre ont donné lieu à 2 397 interpellations. Au total, 997 policiers et gendarmes ont été blessés, dont sept grièvement.
Dimanche soir, Macron dénonce une France livrée aux violences
Lors de son allocution télévisée du dimanche 18 octobre, Emmanuel Macron s’était exprimé depuis l’Élysée dans un contexte de forte tension.
Le président a dénoncé les destructions de commerces, les pillages et les attaques contre plusieurs bâtiments publics, citant notamment l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, les incidents à Marseille et les attaques contre des institutions à Bordeaux et à Lyon.
Il a exprimé sa « colère » et sa « honte » devant ces violences, attribuées à des groupes d’ultragauche auxquels se seraient joints des délinquants.
Mais le président français a également reconnu la légitimité des revendications d’une partie des manifestants, appelant à distinguer les participants pacifiques des auteurs de violences.
Une réponse sécuritaire renforcée et des comptes exigés
Le discours présidentiel a fixé plusieurs orientations pour la réponse de l’État.
Emmanuel Macron a demandé aux préfets, en concertation avec les maires, de prendre les mesures nécessaires pour protéger les villes, les bâtiments publics et les commerces, y compris l’interdiction de certains rassemblements lorsque les circonstances l’exigent.
Sur le plan judiciaire, il a exigé un traitement ferme des infractions commises lors des manifestations, avec des poursuites appropriées contre les auteurs de destructions et de pillages.
Le président a parallèlement promis la transparence sur les insuffisances du dispositif de sécurité. Il a demandé au gouvernement de tirer les enseignements des défaillances du renseignement et de l’anticipation policière.
Pouvoir d’achat, carburants et colère des lycéens : les autres messages de Macron
L’intervention présidentielle ne s’est pas limitée à la question sécuritaire. Emmanuel Macron a abordé deux revendications centrales de la mobilisation : la hausse du coût de la vie et les inquiétudes de la jeunesse.
Sur les carburants, le président a relié les tensions sur les prix aux conséquences du conflit dans le golfe Persique. Il a annoncé la poursuite de démarches diplomatiques auprès des pays du Golfe afin de sécuriser les approvisionnements français en pétrole et en gaz.
Il a également assuré que son gouvernement travaillait avec les distributeurs de carburant pour que les efforts engagés se traduisent sur les prix payés par les consommateurs.
Sur le mouvement lycéen et étudiant, Emmanuel Macron a reconnu une inquiétude profonde concernant les conditions d’études, l’orientation et les perspectives d’avenir.
Il a rappelé qu’une plateforme de consultation mise en place par le ministère de l’Éducation nationale avait déjà recueilli plus de 100 000 contributions.
Macron a chargé le Premier ministre Sébastien Lecornu d’organiser, dès cette semaine, des concertations réunissant élèves, étudiants, enseignants, syndicats, représentants patronaux, collectivités et parlementaires.
L’objectif annoncé est de construire des propositions concrètes pour répondre aux revendications sociales.
Une cellule de crise gouvernementale dès lundi
Sébastien Lecornu doit présider lundi 19 octobre, à partir de 10 heures, une cellule interministérielle consacrée aux conséquences des violences.
Trois volets doivent être examinés : les dommages économiques et commerciaux, les assurances et le suivi judiciaire.
Le gouvernement devra notamment déterminer les modalités d’accompagnement des commerçants, artisans et entreprises touchés par les destructions, tandis que les autorités judiciaires poursuivent le traitement des interpellations.
La présidentielle de 2027 s’invite dans la crise
Dans la dernière partie de son intervention, Emmanuel Macron a replacé la mobilisation dans la perspective de l’élection présidentielle, prévue dans six mois.
Le président a défendu la nécessité de préserver le débat démocratique et de ne pas laisser les violences déterminer l’agenda politique du pays.
Emmanuel Macron cherche à empêcher que les manifestations et les violences deviennent le cadre principal de la confrontation politique à l’approche de la fin de son mandat.
Sources : Élysée, allocution du 18 octobre 2026 ; Reuters, 19 octobre 2026 ; France Inter, propos de Laurent Nuñez repris par RTL.


