Le fondateur du Mouvement démocratique et social dénonce la manière dont les médias ont rendu compte de sa rencontre avec Fatima Ezzahra El Mansouri. Qualifié de « tortionnaire » par ses détracteurs, il défend son parcours et se dit prêt à les affronter à la télévision. Le journaliste Youness Dafkir lui a répondu en saluant Ouahbi et Lekjaa pour ce qu’il présente comme leur refus de poser à ses côtés. Aziz Rhali appelle, lui, à organiser une audition publique des victimes le 10 décembre.
Mahmoud Archane a profité de son intervention devant la deuxième chambre du parlement pour répondre aux critiques suscitées par sa participation aux consultations gouvernementales. Face à Fatima Ezzahra El Mansouri, le fondateur du Mouvement démocratique et social (MDS) a dénoncé une « censure » des images de leur rencontre et contesté les accusations de torture qui le visent.
Son reproche porte sur l’absence de trois responsables dans les images diffusées. Selon lui, Fouzi Lekjaa, Ahmed Akhchichen et Abdellatif Ouahbi assistaient à l’entretien. Pourtant, les médias ont donné l’impression que la Cheffe du gouvernement avait reçu seule la délégation du MDS.
Archane juge ce traitement médiatique de mauvais augure pour le nouvel exécutif. Il interpelle directement El Mansouri et s’interroge sur les raisons de cette absence : certains auraient-ils délibérément évité d’apparaître à ses côtés ? À ceux qui auraient fait ce choix, il répond en revendiquant son intégrité et celle des dirigeants de son parti.
Pour se défendre, il met en avant ses engagements et son histoire familiale. Il rappelle sa qualité de naqib des chorfas idrissides de sa région et son élection au Conseil national de la résistance et de l’Armée de libération, en soulignant qu’il y siège comme élu, et non comme membre nommé.
Il cite également une médaille d’or du Sénat français, qu’il dit avoir reçue pour sa contribution au rapprochement entre le Maroc et la France, ainsi que sa participation à la Marche verte.
Il évoque enfin son père, qui aurait refusé de devenir caïd de sa tribu pour ne pas servir les autorités coloniales. À travers ces références, Archane oppose son engagement patriotique et l’héritage familial aux accusations de ses détracteurs.
Il réclame la fin des rumeurs et des accusations qu’il rejette, puis se dit prêt à affronter publiquement ses contradicteurs. « Nous sommes prêts à une confrontation télévisée », lance-t-il. Il propose de revenir sur les parcours, les origines et les histoires familiales des uns et des autres pour établir qui étaient les tortionnaires.
Archane ne cite aucun nom. Il accuse aussi une « cinquième colonne » d’entretenir les attaques contre lui, sans préciser qui il vise.
Pour le journaliste Rachid Mahamid, cette intervention rouvre les blessures du passé. Dans son commentaire, il retient le rejet des accusations de torture et le défi lancé par Archane à ses critiques : une confrontation pour révéler les « véritables tortionnaires ».
Youness Dafkir lui oppose une réponse virulente. Sur Facebook, il félicite Abdellatif Ouahbi et Fouzi Lekjaa pour ce qu’il présente comme leur refus de se faire photographier avec Archane.
« Bravo à Ouahbi et Lekjaa, qui ont refusé de poser avec le tortionnaire », écrit-il. Le journaliste approuve ainsi la mise à distance dont se plaint le fondateur du MDS.
Il félicite également les responsables de la télévision d’avoir montré une Cheffe du gouvernement recevant un « fantôme » et se réjouit de ne pas avoir publié le visage d’Archane sur sa propre page.
Dafkir défend ce refus de lui donner de la visibilité et le voue à la honte et à la condamnation de l’histoire. Il estime cependant que sa réapparition rappelle aux Marocains le prix payé pour leurs libertés : des vies perdues, des corps torturés et des esprits brisés « par des gens comme eux ».
Il accuse enfin Archane d’avoir été l’un de ceux chargés de faire payer ce prix. Le journaliste reprend ainsi à son compte les accusations que le fondateur du MDS conteste.
Aziz Rhali, Ancien président de l’Association marocaine des droits de l’homme, a lui aussi réagi sur Facebook : « Défi accepté, Archane ! » Il lui reproche d’avoir assimilé les défenseurs des droits humains à une « cinquième colonne » et appelle à répondre par une initiative concrète.
Il propose de réunir des défenseurs des droits humains, des avocats, des chercheurs et des familles de victimes au sein d’un comité ouvert à toutes les bonnes volontés. Celui-ci serait chargé de préparer une audition publique le 10 décembre, à l’occasion de la Journée internationale des droits de l’homme.
Victimes et témoins de l’époque seraient invités à y prendre la parole. Rhali veut recueillir leurs témoignages et ouvrir un débat public sur la torture, les disparitions forcées et les moyens d’établir la vérité et de demander des comptes aux responsables.
Il invite les personnes et les organisations intéressées à participer à la préparation de cette rencontre. Le comité devrait en fixer le lieu et le programme, rassembler témoignages et documents, et veiller au respect de la dignité des victimes et de leur droit à la parole.
Rhali affirme ainsi vouloir aller au-delà d’une réponse aux accusations d’Archane en confrontant son discours aux témoignages et aux archives. « La vérité ne fait peur qu’à ceux qui redoutent qu’elle éclate », écrit-il.
Cette défense personnelle s’accompagne de réserves politiques sur le nouvel exécutif. En ouverture de son intervention, Archane avait félicité Fatima Ezzahra El Mansouri pour la confiance royale et salué l’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement. Il avait également confirmé le soutien de son parti « pour le moment ».
Il relaie toutefois l’avis d’observateurs pour lesquels la nouvelle équipe ressemble davantage à un remaniement qu’à un changement de gouvernement : les ministères les plus importants restent confiés à des membres de l’exécutif précédent. Il s’interroge sur la cohésion entre ces ministres reconduits et les nouveaux venus.
Archane termine en souhaitant la réussite d’El Mansouri, qu’il appelle à faire preuve de fermeté et de vigilance.


