À Stockholm, Hammouchi scelle le versant sécuritaire du rapprochement maroco-suédois

Le déplacement d’Abdellatif Hammouchi en Suède ne relève pas d’un agenda ordinaire. Depuis plusieurs années, chaque visite à l’étranger du patron du pôle DGSN-DGST agit comme un marqueur de diplomatie stratégique : elle signale qu’un palier a été franchi, qu’un malentendu s’est dissipé ou qu’un terrain longtemps encombré par des lectures anciennes du Maroc est en train d’être reconfiguré. La mécanique est désormais lisible : d’abord, la clarification politique opérée par Nasser Bourita ; ensuite, lorsque le champ bilatéral a été suffisamment assaini, l’entrée en scène de la diplomatie sécuritaire marocaine, plus discrète mais tout aussi décisive, portée au plus haut niveau par Hammouchi lui-même. En Suède, cette logique apparaît avec netteté. Après la rencontre de janvier 2026 entre M. Bourita et son homologue Mme. Maria Malmer Stenergard, puis la visite au Maroc, le 14 avril, d’une délégation d’entreprises suédoises conduite avec l’ambassadrice de Suède, Business Sweden et des institutions publiques d’appui à l’export et à l’investissement, le déplacement du chef du pôle DGSN-DGST vient consacrer l’ouverture d’un registre supérieur : celui de la confiance stratégique.


La visite de travail effectuée en Suède par Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, les lundi 20 et mardi 21 avril 2026, marque une nouvelle étape dans la consolidation du partenariat sécuritaire entre Rabat et Stockholm. Mené à la tête d’une importante délégation composée de cadres et responsables représentant le pôle de la Direction générale de la sûreté nationale et de la Direction générale de la surveillance du territoire, ce déplacement s’inscrit, selon le communiqué officiel, dans le souhait exprimé par les services sécuritaires suédois de renforcer les relations de coopération et de coordination avec leurs homologues marocains.


Cette visite traduit ainsi une volonté partagée d’élargir la coopération bilatérale à différents domaines, qu’il s’agisse du travail opérationnel, de l’échange d’expertises ou encore de l’assistance technique mutuelle en matière de sécurité. Elle illustre aussi, sur le plan stratégique, l’intérêt croissant accordé par plusieurs partenaires européens à l’expérience marocaine en matière de lutte antiterroriste, de renseignement et de gestion des menaces transnationales.

Au cours de son séjour, Abdellatif Hammouchi a mené des entretiens approfondis avec plusieurs hauts responsables suédois. Le communiqué cite en premier lieu Gunnar Strömmer, ministre suédois de la Justice, Lina Petra Lundh, commissaire nationale de la police suédoise, ainsi que Stefan Hector, commissaire général adjoint de la police nationale suédoise. Ces discussions bilatérales ont porté sur l’ensemble des questions d’intérêt commun liées à la sécurité des deux pays, ainsi que sur les mécanismes de coordination susceptibles de permettre une réponse partagée face aux menaces. Les deux parties ont également examiné les risques sécuritaires émergents à l’échelle régionale et internationale.

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L’aboutissement le plus concret de ces échanges a été la signature d’un mémorandum d’entente entre le pôle DGSN-DGST, d’une part, et la police nationale suédoise, d’autre part. Ce document vise à établir une base contractuelle destinée à soutenir et structurer le développement de la coopération sécuritaire bilatérale. Il doit permettre de renforcer l’échange d’expertises, d’expériences et de bonnes pratiques dans le domaine policier, de consolider la coopération dans les méthodes de formation sécuritaire, ainsi que de préciser les modalités de réponse aux demandes d’information liées aux dossiers de coopération entre les deux pays.

Le mémorandum fixe également des procédures claires et rapides pour l’échange et le partage d’informations entre les services de police et de sécurité marocains et suédois. Le communiqué précise que cette coopération couvre un spectre particulièrement large de menaces et de criminalités : le terrorisme, l’extrémisme, la criminalité organisée, le trafic illicite de drogues et de substances psychotropes, la cybercriminalité, le piratage informatique, la criminalité économique et financière, l’immigration irrégulière, la traite des êtres humains, ainsi que les crimes violents. L’étendue de cette liste montre que les deux pays envisagent leur partenariat non pas sous un angle limité ou conjoncturel, mais comme un cadre global de coopération face aux nouvelles formes de menace hybride, numérique et transfrontalière.

Le communiqué met également en avant un élément particulièrement significatif : la proposition, formulée par la partie suédoise, de voir les services de sécurité marocains rejoindre le réseau européen de recherche des personnes recherchées ( « European Network of Fugitive Active Search Teams » ). Cette initiative est explicitement justifiée par le rôle important joué par les services marocains dans la localisation, la poursuite et l’arrestation de personnes recherchées à l’échelle internationale dans des affaires liées à la criminalité organisée transfrontalière. Les responsables suédois ont par ailleurs insisté sur l’intérêt qu’il y a à s’inspirer du modèle sécuritaire marocain, à élargir la coopération policière avec le Royaume et à faire du Maroc un exemple de partenariat sécuritaire, en raison de son statut de partenaire important et fiable.

La visite a également comporté un important volet lié au renseignement intérieur et à l’anticipation des menaces. Abdellatif Hammouchi s’est ainsi entretenu avec les responsables suédois du renseignement et de la sécurité intérieure, notamment Charlotte von Essen, directrice générale du service de sécurité suédois, la SAPO. Les échanges ont porté sur les différents défis sécuritaires engendrés par l’activité de groupes terroristes dans plusieurs régions du monde, en particulier dans l’espace sahélo-saharien, au Moyen-Orient et en Europe. Les deux parties ont également abordé la question des opérations virtuelles dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée, notamment dans leur dimension cybernétique et dans leurs ramifications transfrontalières. Cette référence est importante, car elle montre que la coopération entre les deux pays ne se limite pas aux menaces physiques ou traditionnelles, mais englobe aussi les formes contemporaines de conflictualité et d’action criminelle dans l’espace numérique.

En parallèle de ses entretiens institutionnels, le directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire a effectué plusieurs visites de terrain au sein de secteurs et d’unités opérationnelles relevant des services de sécurité suédois. Le communiqué mentionne notamment les unités centrales d’intervention, la police cynotechnique ainsi que les services spécialisés dans la lutte contre la criminalité informatique. Ces visites témoignent d’une volonté d’approfondir la coopération par la connaissance directe des dispositifs, des méthodes de travail et des capacités opérationnelles mobilisées de part et d’autre.

Au total, cette visite est présentée comme une illustration claire de l’importance prise par la coopération sécuritaire bilatérale entre le Royaume du Maroc et le Royaume de Suède, tous deux décrits comme des partenaires actifs dans les efforts internationaux visant à renforcer la sécurité et la stabilité. Elle traduit également une volonté commune de poursuivre le renforcement de la coopération sécuritaire et de consolider la coordination en matière de renseignement pour faire face à l’ensemble des menaces pesant sur la sécurité des deux pays.

Ce déplacement vient confirmer une orientation plus large de la stratégie marocaine en matière de sécurité : l’ouverture du pôle DGSN-DGST à des partenaires sécuritaires dans différentes régions du monde, dans une logique de sécurité partagée et collective. Dans un environnement marqué par l’instabilité régionale, la pression terroriste, les recompositions criminelles transnationales et la montée des risques cyber, le Maroc est manifestement un modèle et un levier de stabilisation, de coopération et de neutralisation des menaces à l’échelle régionale et internationale.

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