Au lendemain de la nomination du gouvernement El Mansouri, le Roi Mohammed VI a présidé, samedi 17 octobre à Rabat, un Conseil des ministres consacré à l’examen et à l’adoption des orientations générales du Projet de Loi de Finances 2027. Cette célérité prolonge les exigences adressées à la Cheffe du gouvernement et au nouveau président de la Chambre des représentants : mobilisation globale, action sérieuse et responsable, accélération du travail législatif. Pouvoir d’achat, jeunesse, développement territorial et souveraineté structurent les cinq priorités du prochain exercice budgétaire.
Le gouvernement nommé vendredi entre immédiatement dans la préparation du budget 2027. Accompagné du Prince Héritier Moulay El Hassan, le Roi Mohammed VI a présidé, samedi au Palais Royal à Rabat, un Conseil des ministres consacré aux orientations générales du prochain Projet de Loi de Finances.
Ce calendrier donne une traduction immédiate à l’exigence de mobilisation formulée par le Souverain trois jours auparavant. Lors de l’audience accordée, le 14 octobre, à Fatima Ezzahra El Mansouri, alors chargée de former le gouvernement, le communiqué du Cabinet Royal soulignait que « la prochaine étape exige une mobilisation globale et une action gouvernementale sérieuse et responsable », compte tenu de l’ampleur des enjeux, des défis et des attentes.
La même exigence de cadence traverse le message royal adressé à Ahmed Touizi à l’occasion de son élection à la présidence de la Chambre des représentants. Le Souverain y appelle à améliorer le rendement de l’institution, avec une « accélération de la cadence de l’action législative et de contrôle », en plaçant l’intérêt de la Nation et des citoyens au premier rang. L’exécutif et la Chambre sont ainsi appelés à renforcer simultanément leur efficacité.
Premier exercice de Lekjaa devant le Roi en tant que ministre des Finances
Pour Fouzi Lekjaa, nommé la veille ministre de l’Économie, des Finances et de la Performance publique, ce Conseil des ministres constitue un premier exercice devant le Souverain dans ses nouvelles fonctions. Présenté conformément à l’article 49 de la Constitution, son exposé sur les grandes lignes du PLF 2027 pose d’emblée l’équation du mandat : restaurer le pouvoir d’achat, soutenir l’insertion des jeunes, accélérer le développement territorial intégré et renforcer la souveraineté stratégique du pays, tout en préservant les équilibres macroéconomiques et budgétaires.
Le ministre inscrit cette préparation dans un environnement international profondément instable, marqué par l’alourdissement du coût des conflits géostratégiques, la montée des tendances protectionnistes et l’exacerbation de la concurrence autour de l’énergie, de la technologie et du financement.
Dans ce contexte, les prévisions présentées pour 2026 dessinent le point de départ du prochain exercice : une croissance de 4,7 % à la fin de l’année, une inflation contenue à 0,7 % et un déficit budgétaire qui devrait être ramené à 3 % du PIB. Cette trajectoire accompagne, selon l’exposé ministériel, la consolidation des fondements de la résilience du pays et le renforcement du dynamisme de son économie.
Les cinq priorités des orientations royales
L’architecture du PLF articule l’ambition sociale et le renforcement des capacités économiques du Royaume. La protection sociale appelle un financement soutenable ; l’insertion des jeunes, le développement des territoires et la souveraineté stratégique doivent contribuer à consolider l’économie qui le rend possible.
1. Restaurer le pouvoir d’achat et consolider les fondements d’un État social soutenable
La première priorité associe la restauration du pouvoir d’achat à une réforme structurelle des marchés et des prix, qui sera engagée à partir de 2027. Une inflation contenue mesure une progression limitée des prix ; le niveau atteint par ces prix continue, lui, de peser sur les budgets des ménages. Le projet mobilise donc simultanément deux leviers : le fonctionnement des marchés et les mesures de soutien au pouvoir d’achat.
La revalorisation de l’aide sociale directe s’inscrit dans cette logique, avec la poursuite de la généralisation de la couverture médicale, tout en veillant à la soutenabilité de ses régimes. La mise à niveau des systèmes publics de santé et d’éducation et le renforcement de l’accès à un logement décent, à travers le programme d’aide directe au logement, complètent ce volet.
L’accès aux services publics et au logement détermine aussi les dépenses que les familles doivent assumer. Leur amélioration participe ainsi à la consolidation de l’État social, au même titre que les aides versées directement aux ménages.
2. Insérer les jeunes dans l’éducation, la formation et l’emploi décent
Le gouvernement œuvrera au lancement d’un programme national intégré pour les jeunes 2027-2031, fondé sur leur orientation vers des programmes articulant formation, incubation et facilitation de l’accès au financement, aux mécanismes de garantie et aux marchés.
Le communiqué souligne la nécessité de dépasser la multiplicité des programmes sectoriels dispersés ayant montré leurs limites, au profit d’une politique nationale intégrée pour le suivi des parcours des jeunes. Celle-ci doit couvrir l’éducation et la formation, l’emploi et le logement, afin de leur garantir une stabilité économique et sociale.
Cette approche place la continuité de l’accompagnement au cœur de l’action publique. Pour un jeune porteur de projet, disposer d’un financement et accéder à des marchés répondent à deux besoins distincts, que les programmes annoncés entendent prendre en charge ensemble. Pour les administrations, suivre ces parcours suppose d’articuler des compétences réparties entre plusieurs départements autour d’un objectif commun d’insertion.
3. Accélérer la régionalisation avancée et les programmes de développement territorial intégré
La troisième priorité associe la mise en œuvre de la régionalisation avancée à celle de la nouvelle génération des programmes de développement territorial intégré. Elle prévoit la réorganisation des compétences régionales selon une approche fondée sur la clarté et l’efficacité, la consolidation des mécanismes de coordination et de contractualisation entre l’État et les régions, ainsi que la pleine mise en œuvre de la Charte nationale de la déconcentration administrative.
Pour accélérer cette nouvelle génération de programmes, le communiqué annonce la mobilisation de crédits budgétaires de l’ordre de 25 milliards de dirhams.
Le financement et l’organisation des compétences sont ainsi traités ensemble. La régionalisation concerne les responsabilités des collectivités ; la déconcentration organise l’exercice des compétences de l’État dans les territoires. Leur articulation doit permettre de conduire les programmes au plus près des besoins locaux, avec des responsabilités mieux définies et des mécanismes de coordination renforcés.
4. Renforcer la souveraineté stratégique hydrique, énergétique, alimentaire et numérique
Eau, énergie, alimentation et numérique sont réunis dans un même axe. Ces quatre domaines conditionnent aussi bien la vie quotidienne que la continuité de la production et les décisions d’investissement.
Le PLF vise à assurer la sécurité stratégique hydrique, à accélérer le programme de développement des énergies renouvelables et à poursuivre le déploiement de l’offre Maroc pour l’hydrogène vert. Il prévoit également la mise en œuvre progressive de la feuille de route de l’infrastructure gazière, parallèlement à des mesures destinées à garantir la sécurité alimentaire et à renforcer la souveraineté numérique nationale.
Cette priorité relie la sécurisation des ressources essentielles au développement des capacités économiques du Royaume. L’eau, l’énergie et les infrastructures numériques constituent également des conditions de réalisation des projets industriels et des stratégies sectorielles.
5. Édifier une économie forte, capable de financer l’ambition sociale et souveraine
La cinquième priorité formule le principe de financement de l’ensemble. Elle associe l’édification d’une économie forte à l’accélération des réformes institutionnelles et à la préservation des équilibres macroéconomiques et budgétaires.
L’objectif est de mobiliser les financements nécessaires pour accélérer la dynamique des chantiers, des grands projets de développement et des stratégies sectorielles, parallèlement au développement de nouveaux écosystèmes industriels souverains. L’ambition sociale et le renforcement de la souveraineté sont ainsi rattachés à la capacité du pays à développer son économie et à mobiliser durablement les ressources nécessaires.
L’investissement privé occupe une place particulière dans cette équation. Le PLF prévoit la consolidation des mécanismes d’appui de la Charte de l’investissement et la poursuite de la réforme des Centres régionaux d’investissement, avec un accent sur le soutien aux très petites, petites et moyennes entreprises. Ces leviers doivent contribuer à élargir la capacité productive du pays et à soutenir la dynamique de ses projets de développement.


