Revue de Police : comment le Maroc transforme son expertise sécuritaire en influence internationale

Dans son numéro 57, daté de septembre 2026, la Revue de Police revient sur la 93e Assemblée générale d’INTERPOL, organisée à Marrakech du 24 au 27 novembre 2025. Rencontres bilatérales d’Abdellatif Hammouchi, accords de coopération, place du Maroc dans la gouvernance de l’Organisation : la publication de la DGSN donne à voir une diplomatie sécuritaire qui articule expérience opérationnelle, confiance entre partenaires et présence dans les instances de décision.

Quarante-trois rencontres bilatérales en quatre jours. Ce bilan de l’agenda d’Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, donne la mesure de l’activité diplomatique déployée autour de l’Assemblée de Marrakech. Des partenaires historiques, des interlocuteurs régionaux et de nouveaux acteurs de la coopération policière internationale se sont succédé pour examiner les menaces communes, évaluer les dispositifs existants et ouvrir de nouveaux champs de collaboration.


La Revue de Police fait de cette séquence le cœur de son numéro spécial. Sous le titre « Le Maroc, au cœur de la diplomatie sécuritaire mondiale », elle relie l’accueil de plus de 800 délégués de 179 pays, dont 82 chefs de police, à une trajectoire institutionnelle construite sur près de sept décennies. Son dossier permet de lire Marrakech comme un moment de convergence entre la capacité d’organisation du Royaume, ses réseaux de coopération et sa participation aux orientations de la sécurité internationale.

Une coopération inscrite dans la vision royale

L’éditorial rattache cette trajectoire à la Vision éclairée du Roi Mohammed VI, qui a fait de la coopération internationale un levier de la stratégie sécuritaire du Royaume. La confiance entre services, le partage d’informations, l’échange d’expertises et la coordination des opérations en constituent les instruments.

Dans son allocution d’ouverture, rapportée par la revue, Abdellatif Hammouchi présente la sécurité comme un bien commun et une responsabilité partagée, dont la préservation repose sur des partenariats institutionnels durables. Il inscrit cette approche dans une stratégie nationale fondée sur le respect des droits humains, la proximité et la qualité du service public.

Le retour d’INTERPOL à Marrakech prend place dans cette continuité. La ville avait déjà accueilli la 76e Assemblée générale en 2007. Dix-huit ans plus tard, le Royaume réunit de nouveau les responsables des services de police autour d’une criminalité toujours plus transnationale, technologique et diversifiée.

De la Norvège à l’Éthiopie, des partenariats qui se concrétisent

Les 43 rencontres conduites par Abdellatif Hammouchi ont couvert un large espace : Afrique, Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine et Caraïbes. Les échanges ont porté sur la criminalité transnationale organisée, la cybercriminalité, le partage d’informations, l’assistance technique et le renforcement des capacités. À cet agenda se sont ajoutés des entretiens avec les dirigeants d’INTERPOL et des responsables d’organisations internationales et régionales.

Deux mémorandums d’entente ont donné une traduction formelle à cette activité. L’accord avec la Norvège porte sur le développement de la coopération dans la prévention et la lutte contre la criminalité organisée transfrontalière. Celui signé avec l’Éthiopie établit un cadre de coopération opérationnelle, technique et informationnelle avec la police fédérale éthiopienne, accompagné d’un appui à la formation et au renforcement des capacités.

Ces deux accords illustrent la diversité du réseau de la DGSN : approfondissement des relations avec un partenaire européen et développement de la coopération avec un acteur africain. Ils donnent aux échanges de Marrakech un prolongement dans le travail des services.

Mohamed Dkhissi, une présence marocaine dans la gouvernance d’INTERPOL

Le grand entretien consacré à Mohamed Dkhissi, directeur central de la Police judiciaire et vice-président d’INTERPOL pour l’Afrique, éclaire un autre ressort de cette diplomatie : la participation aux décisions de l’Organisation.

Élu pour trois ans lors de la 92e Assemblée générale, tenue à Glasgow en novembre 2024, le responsable marocain siège au Comité exécutif. Dans l’entretien, il qualifie cette fonction de « responsabilité stratégique ». Il la rattache à la confiance accordée au Maroc par la communauté policière internationale et au parcours institutionnel de la DGSN.

Mohamed Dkhissi expose les principes qui structurent cette action : confiance mutuelle, partenariats d’égal à égal, respect des souverainetés nationales et responsabilité partagée. Il place également la coopération Sud-Sud parmi les axes durables de l’action du Royaume, sous l’impulsion du Roi Mohammed VI.

Cette présence permet au Maroc de contribuer à l’orientation stratégique et opérationnelle d’INTERPOL. Elle porte aussi une dimension continentale : faire prendre en compte les enjeux et les priorités sécuritaires de l’Afrique dans les mécanismes de coopération mondiale.

Le cyber, un chantier central de la coopération

Le numéro réserve un volet à la place de la DGSN dans la coopération « cyber ». Cette priorité apparaît dès le discours d’ouverture d’Abdellatif Hammouchi, qui a plaidé pour la ratification de la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité et pour le renforcement des capacités policières à l’échelle mondiale. Le directeur général a décrit cette menace comme une forme de guerre hybride.

À Marrakech, l’adoption à l’unanimité du cadre stratégique 2026-2030 d’INTERPOL a fixé une feuille de route commune. Selon le bilan officiel de l’Organisation, elle repose sur trois piliers : renforcer son rôle de centre mondial de confiance pour l’information policière, fournir un soutien aux enquêtes et aux opérations, et porter la voix des services chargés de l’application de la loi. La coopération sécuritaire se joue ainsi dans la circulation de l’information, les capacités d’enquête et la définition de priorités partagées.

L’organisation du sommet, un instrument de confiance

La revue accorde également une place importante à la préparation de l’Assemblée : logistique, accueil des délégations, protocole, sécurité, prise en charge médicale et communication. Son éditorial souligne le rôle des échanges informels et de l’hospitalité dans le renforcement des liens entre responsables de police.

La soirée organisée le 26 novembre 2025 au palais El Badii participe de cette dimension. Présentation des métiers de l’artisanat, spectacle parcourant les expressions culturelles du Nord au Sahara marocain et gastronomie ont inscrit la rencontre dans une découverte du pays hôte.

La clôture a enfin été marquée par la remise à Abdellatif Hammouchi de la Médaille d’Honneur de la Classe Supérieure, présentée par la revue comme la plus haute distinction d’INTERPOL. La publication y voit une reconnaissance de son engagement dans la coopération policière internationale, de son action en faveur du rapprochement entre INTERPOL et le monde arabe, ainsi que du professionnalisme des services de sécurité marocains.


Sources
Revue de Police, publication de la Direction générale de la Sûreté nationale, n° 57, septembre 2026 : couverture, éditorial p. 3, sommaire pp. 4-5, prologue p. 6, dossier pp. 10-11, 13 et 15, entretien avec Mohamed Dkhissi pp. 16-17.
INTERPOL, bilan officiel de la 93e Assemblée générale, 27 novembre 2025.

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