Le président égyptien affirme que son mandat prendra fin en 2030 et exclut une modification de la Constitution. Il veut confier à l’Académie militaire un programme de trente mois destiné à préparer une nouvelle génération de responsables, de la présidence aux ministères et au Parlement.
Abdel Fattah al-Sissi fixe l’horizon de son départ et entend organiser la préparation de ceux qui exerceront le pouvoir après lui. Samedi 17 octobre, lors d’une cérémonie de remise des diplômes à l’Académie militaire égyptienne, le chef de l’État a annoncé que son mandat s’achèverait en 2030. Une question « définitivement tranchée », selon ses déclarations rapportées par Reuters et l’agence officielle égyptienne MENA. [1]
Le président, âgé de 71 ans, a réaffirmé que la Constitution ne serait pas modifiée. Élu une première fois en 2014, puis réélu en 2018 et en décembre 2023, il exerce actuellement un mandat de six ans. La révision constitutionnelle approuvée en 2019 avait allongé la durée des mandats présidentiels et lui avait ouvert la possibilité de rester à la tête du pays jusqu’en 2030. [3]
À cette échéance politique, Al-Sissi associe un programme de formation des futures élites de l’État. Les candidats retenus passeraient trente mois à l’Académie militaire pour apprendre à connaître le fonctionnement du pays, ses ressources et les moyens de les préserver. Le président a évoqué les titulaires de doctorats délivrés par des universités égyptiennes ou étrangères reconnues. Dans une dépêche consacrée au comité de sélection, MENA mentionne également les titulaires de masters. [2]
Le président de la Chambre des représentants, Hisham Badawy, a été chargé de constituer ce comité. Selon l’agence officielle, il réunira des parlementaires, des responsables politiques, des experts et des intellectuels. Reuters précise que les ministres de l’Enseignement supérieur et de la Justice doivent participer à l’élaboration des critères et du cadre législatif du programme. [2]
L’ambition affichée dépasse la préparation d’un futur président. Al-Sissi a cité les ministères, les gouvernorats et le Parlement parmi les responsabilités auxquelles ces diplômés pourraient accéder. Les Égyptiens auraient ainsi la possibilité d’élire et de choisir parmi les personnes formées. « Je ne quitterai pas l’État égyptien sans qu’il soit riche de fils et de filles capables d’assumer les responsabilités », a-t-il déclaré, selon Reuters. [3]
En confiant à l’Académie militaire la formation de son successeur, Al-Sissi entend maintenir la présidence dans le giron de l’armée après son départ. Le projet inscrit sa succession dans la continuité de la mainmise des militaires sur le pouvoir égyptien, de Nasser à Moubarak, en passant par Sadate. La parenthèse civile ouverte par l’élection de Mohamed Morsi en 2012 a été refermée par le coup d’État du 3 juillet 2013, conduit par Al-Sissi, alors ministre de la Défense. En donnant aux militaires la responsabilité de former les futurs dirigeants, le président organise une relève façonnée par l’institution qui domine déjà l’État : son départ annoncé s’accompagne d’un dispositif destiné à perpétuer l’emprise de l’armée sur la présidence. [3]
Pour justifier cette mission, le président a invoqué les dispositions constitutionnelles relatives à la protection de l’État, de la Constitution et de la démocratie par les forces armées. Selon MENA, il présente cette préparation comme un moyen d’empêcher l’accès aux responsabilités de personnes dépourvues des compétences nécessaires pour gouverner. [1]
Le projet doit s’accompagner d’un texte de loi. Al-Sissi n’a pas détaillé les modalités par lesquelles les diplômés seraient ensuite présentés aux élections ou proposés à des postes de responsabilité. L’articulation entre cette formation militaire, la sélection des candidats et le choix des électeurs constitue le principal enjeu du dispositif annoncé. [3]


