Le Sri Lanka a franchi un nouveau seuil dans la gestion de sa crise énergétique en décrétant le mercredi comme jour chômé pour les administrations publiques. Une décision exceptionnelle qui illustre la pression croissante exercée sur les économies asiatiques depuis l’escalade militaire entre les États-Unis, Israël et l’Iran, perturbant l’un des principaux corridors énergétiques mondiaux : le détroit d’Ormuz.
À Colombo, le président Anura Kumara Dissanayake a donné le ton lors d’une réunion d’urgence : il faut « se préparer au pire ». Derrière cette formule, une réalité tangible : la menace d’une pénurie de carburant dans un pays encore marqué par la crise économique de 2022.
Une semaine de quatre jours pour économiser l’énergie
La nouvelle organisation du temps de travail, semaine de quatre jours, s’applique également aux écoles et universités, à l’exception des services essentiels comme la santé ou l’immigration. Le choix du mercredi n’est pas anodin : il évite une fermeture prolongée de trois jours consécutifs de l’administration.
Au-delà de l’effet immédiat sur la consommation de carburant (moins de déplacements, moins de climatisation), cette décision révèle une adaptation contrainte du modèle administratif à une crise énergétique durable.
Le choc est d’abord géoéconomique. Près de 90 % du pétrole et du gaz transitant par le détroit d’Ormuz est destiné à l’Asie, région la plus dépendante des importations énergétiques. La perturbation de cette artère stratégique a immédiatement fait grimper les prix du baril, désormais proches des 100 dollars.
Pour le Sri Lanka, qui ne dispose pas de ressources énergétiques propres significatives, la facture est double : hausse des coûts d’importation et risque de rupture d’approvisionnement.
Le pays n’en est pas à son premier épisode de rationnement. En 2022, Colombo avait été contraint d’instaurer un système de quotas de carburant, faute de réserves en devises pour importer les produits essentiels. Ce mécanisme a été réactivé : les automobilistes doivent désormais s’enregistrer dans un système national limitant l’achat à 15 litres pour les voitures et 5 litres pour les motos.
Une mesure qui suscite déjà des critiques, jugée insuffisante par une partie de la population.
Une tendance régionale à l’austérité énergétique
Le Sri Lanka n’est pas un cas isolé. Partout en Asie, les gouvernements ajustent leurs politiques pour amortir le choc :
- Thaïlande : encouragement à réduire la climatisation en adoptant des tenues plus légères
- Myanmar : circulation alternée des véhicules selon les plaques d’immatriculation
- Bangladesh : coupures d’électricité planifiées et vacances universitaires anticipées
- Philippines : télétravail partiel et restriction des déplacements non essentiels
- Vietnam : incitation à limiter les déplacements individuels et privilégier les transports collectifs
Ces mesures, disparates mais convergentes, traduisent une même réalité : la sécurité énergétique redevient une priorité stratégique en Asie.



