Kaïs Saïed hospitalisé après un infarctus. Kamel Ghribi, un OVNI politique en embuscade depuis Rome pour sa succession

L’hospitalisation présumée du président tunisien constitue la principale révélation d’une enquête publiée par le quotidien italien Il Foglio. Elle intervient toutefois au moment où l’homme d’affaires tuniso-suisse Kamel Ghribi assume plus ouvertement ses ambitions politiques et construit méthodiquement une stature internationale à travers ses réseaux, son think tank, les médias et une communication numérique fortement maîtrisée.

Le président tunisien Kaïs Saïed aurait été hospitalisé à l’hôpital militaire de Tunis après un infarctus ayant nécessité une intervention chirurgicale d’urgence, affirme vendredi le quotidien italien Il Foglio, citant des informations obtenues par ses propres sources.


Selon le journal, l’incident aurait été maintenu sous le sceau du secret afin d’éviter d’alimenter les interrogations sur la santé du chef de l’État et sur la stabilité des institutions tunisiennes. Il Foglio ne fait état d’aucune confirmation émanant de la présidence tunisienne, de l’hôpital militaire ou de l’entourage de Saïed.

Le scoop porte d’abord sur cette hospitalisation. Mais il replace immédiatement au centre du débat une question devenue particulièrement sensible à Tunis : celle de l’après-Saïed, dans un paysage politique où une grande partie des opposants, militants, journalistes et responsables syndicaux ont été emprisonnés, poursuivis ou contraints à l’exil.

De la prudence à la candidature assumée

Dans ce vide politique, le nom de Kamel Ghribi apparaît avec une insistance croissante. Cet homme d’affaires originaire de Sfax préside GKSD Holding, un groupe privé actif dans l’investissement, le conseil, l’ingénierie et le développement de projets hospitaliers, associé au groupe hospitalier italien Gruppo San Donato, dont il est également vice-président

M. Ghribi a également fondé Ecam, un think tank tourné vers l’Afrique, le Moyen-Orient et les relations internationales.

Le quotidien italien avait évoqué son nom dès le 1er mai parmi les personnalités envisagées par certains opposants tunisiens établis en Europe pour incarner une alternative à Kaïs Saïed. Ghribi était alors présenté comme un profil capable de mobiliser des capitaux, de renouer avec les partenaires étrangers et de rétablir une forme de crédibilité financière après une éventuelle crise de régime.

Sa première réaction, publiée début mai, restait soigneusement calibrée. Il affirmait ne pas se présenter « aujourd’hui » comme une alternative et rejetait l’idée d’une candidature imposée depuis l’étranger. Il revendiquait cependant son rôle de pont entre la Tunisie et ses partenaires internationaux et laissait ouverte la possibilité d’un engagement futur dans un cadre légal et institutionnel.

Deux mois plus tard, le discours s’est nettement précisé. Dans un message posté sur Instagram, rapporté le 5 juillet par Il Foglio, Ghribi a déclaré que personne ne pourrait l’empêcher d’exercer son droit de citoyen tunisien lorsqu’il déciderait de participer à une élection. Il a ajouté que la décision devait appartenir au peuple et aux urnes. Cette formulation traduit une volonté désormais affichée de briguer, le moment venu, la magistrature suprême.

Une architecture d’influence méthodiquement construite

La démarche de Ghribi ne passe pas par les canaux traditionnels de la politique tunisienne. Il accorde peu d’entretiens et privilégie une communication directe, centrée sur ses comptes sociaux, ses activités économiques, ses rencontres internationales et ses initiatives philanthropiques.

Ses publications sont régulièrement diffusées en arabe, en italien et en anglais, ce qui lui permet de s’adresser simultanément au public tunisien, aux milieux économiques italiens et aux réseaux internationaux. Ses contenus mettent en scène un entrepreneur prospère, reçu par des responsables politiques, associé à des projets sanitaires et présenté comme un intermédiaire entre l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et les États-Unis. Il Foglio décrit lui-même une communication étroitement contrôlée, appuyée par une équipe médiatique importante.

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Kamel Ghribi avec le Chef du Gouvernement, M. Aziz Akhannouch

Cette stratégie repose également sur Ecam. Le think tank fondé et présidé par Ghribi a conclu un accord de coopération avec Italpress, agence de presse basée à Palerme et dirigée par Gaspare Borsellino. Quelques jours après cet accord, ce dernier aurait multiplié les déplacements à Tunis et engagé des discussions avec l’agence publique Tunis Afrique Presse, TAP, pour établir un partenariat et implanter Italpress dans la capitale tunisienne.

Selon Il Foglio, le projet aurait rencontré l’opposition des autorités tunisiennes en raison de la proximité perçue entre Italpress et Ghribi, considéré à Carthage comme un rival politique potentiel. Le journal avance que l’installation permanente d’un média susceptible d’amplifier la visibilité de l’homme d’affaires aurait été jugée trop risquée dans le contexte actuel.

Le patron de l’agence de presse italienne conteste cette lecture. Il affirme disposer de documents signés avec TAP et dit avoir mené ses démarches conformément aux règles, avec l’assistance de l’ambassade d’Italie. Cette dernière a toutefois précisé à Il Foglio qu’elle ne parrainait pas les accords entre agences de presse. Plusieurs sources citées par le quotidien assurent que le partenariat n’a pas été finalisé et que l’ouverture du bureau reste bloquée.

Ces éléments donnent à l’opération Italpress l’apparence d’une tentative de créer un relais médiatique durable en Tunisie. Ils ne permettent cependant pas d’établir qu’Italpress agirait sur instruction de Ghribi, ni que les enquêtes d’Il Foglio auraient été commandées ou influencées par celui-ci. La répétition des articles contribue néanmoins, de fait, à installer son nom dans le débat sur la succession de Saïed.

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Kamel Ghribi reçu par le Pape Léon XIV
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Kamel Ghribi reçu par le Pape Léon XIV
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Kamel Ghribi avec le Pape Léon XIV
Washington comme scène de légitimation internationale

La communication publiée cette semaine depuis Washington s’inscrit dans la même logique de construction d’image. Ghribi y présente son déplacement comme une mission institutionnelle consacrée à la santé, aux infrastructures, à l’énergie et au rapprochement entre l’Italie et les États-Unis.

Il affirme avoir rencontré des responsables des milieux économiques, gouvernementaux et institutionnels, parmi lesquels Eric Trump, avant de recevoir un « Global Leadership Award » au cours d’un événement organisé à la Library of Congress dans le cadre des célébrations du 250e anniversaire de l’indépendance américaine.

L’attribution de cette distinction a également été rapportée par l’agence italienne Adnkronos. Elle indique que la cérémonie a réuni des représentants politiques, des dirigeants économiques et des délégations internationales, avec Eric Trump comme principal intervenant. Le prix, remis par la Library of Congress, aurait distingué le parcours de Ghribi dans la coopération internationale, la santé, les partenariats public-privé et les investissements transfrontaliers.

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Kamel Ghribi reçu par le Eric Trump
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Kamel Ghribi recevant le Global Leadership Award
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Kamel Ghribi et le VP américain JD Vance
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Kamel Ghribi avec le Senior Advisor for Arab and African Affairs Massad Boulos

Pour Ghribi, cette escale américaine fournit des images et des messages susceptibles de renforcer son profil de dirigeant international. Le récit présenté sur ses plateformes insiste sur la reconnaissance obtenue à l’étranger, la proximité avec les centres de décision et sa capacité à mobiliser des réseaux économiques et diplomatiques.

Lequel récit contribue également à construire les attributs d’une candidature future : réussite économique, relations internationales, accès aux investisseurs, expérience dans les secteurs stratégiques et aptitude revendiquée à dialoguer avec plusieurs capitales.

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Kamel Ghribi avec le général Haftar
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Kamel Ghribi avec le président syrien Ahmed al-Sharaa
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Kamel Ghribi avec le 1er ministre irakien Ali al-Zaïdi

Kaïs Saïed laisserait derrière lui une Tunisie politiquement verrouillée, économiquement fragilisée et institutionnellement plus vulnérable encore, quinze ans après un Printemps arabe dont le pays n’a jamais réellement surmonté les désillusions.

Dans ce paysage épuisé par les crises et privé d’alternatives crédibles, la communication millimétrée de Kamel Ghribi pourrait trouver un écho. Polyglotte, prospère et connecté aux réseaux internationaux, l’homme d’affaires oppose au discours austère et conflictuel de Carthage un récit de réussite, d’ouverture et de modernité. Cette image pourrait séduire une partie des Tunisiens, notamment une jeunesse en quête de perspectives, de mobilité et d’un horizon moins sombre. Toute la stratégie de Ghribi semble désormais viser cet objectif : apparaître, lorsque l’après-Saïed s’ouvrira, comme l’homme déjà prêt.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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