Le «Conseil de paix» de Trump : Paris seul à dire non, 11 pays disent oui

En lançant, le 15 janvier 2026, son « Conseil de paix », Donald Trump bouscule l’architecture multilatérale héritée de l’après-1945. À ce stade, 54 pays ont reconnu avoir reçu une invitation à rejoindre cette nouvelle instance, présentée par Washington comme une alternative aux Nations unies. Onze d’entre eux ont déjà accepté. Un seul État a officiellement refusé : la France. En représailles, le président américain a brandi la menace de droits de douane punitifs sur les vins et champagnes français. Le Maroc, lui, a répondu favorablement à l’invitation, assumant une posture diplomatique alignée sur son rôle de médiateur et d’acteur de stabilité au Moyen-Orient et en Afrique.

Une organisation taillée sur mesure pour Trump

Selon les informations disponibles au 20 janvier 2026 à 16h (heure de Rabat), 54 pays ont publiquement confirmé avoir reçu une invitation à siéger au sein du « Conseil de paix ». Aucune liste officielle n’a été publiée par la Maison-Blanche, mais les déclarations publiques permettent d’établir une cartographie claire des soutiens, des hésitations et des refus.

La charte provisoire de cette instance dessine une organisation très centralisée, conférant à Donald Trump des pouvoirs quasi-absolus :

  • Il validerait seul l’ordre du jour des réunions.
  • Il aurait la main sur les décisions prises.
  • Il pourrait dissoudre le Conseil à tout moment.
  • Il pourrait révoquer l’adhésion de n’importe quel membre.
  • Tout État souhaitant être membre au-delà de trois ans devrait verser un droit d’entrée « en espèces » d’au moins 1 milliard de dollars.

Ces dispositions font du Conseil de paix une structure profondément asymétrique, où l’adhésion ne serait pas seulement diplomatique, mais aussi financière et politique.

Borad of peace
Qui a dit oui ?

Dix pays ont officiellement accepté l’invitation :

  1. Albanie
  2. Argentine
  3. Arménie
  4. Biélorussie
  5. Hongrie
  6. Kazakhstan
  7. Maroc
  8. Paraguay
  9. Émirats arabes unis
  10. Ouzbékistan
  11. Vietnam

Ces acceptations dessinent un ensemble hétérogène mêlant alliés historiques des États-Unis, partenaires stratégiques émergents et États aux trajectoires politiques très diverses.

Le Maroc occupe une place singulière dans ce tableau. Dans un communiqué officiel, le ministère des Affaires étrangères a indiqué que Sa Majesté le Roi Mohammed VI a répondu favorablement à l’invitation et que le Royaume procédera à la ratification de la Charte constitutive du Conseil de paix. Rabat assume ainsi une posture de coopération avec Washington, cohérente avec son rôle diplomatique au Moyen-Orient et son positionnement comme acteur de médiation et de stabilité.

Une géographie politique révélatrice de l’agenda Trump

La liste des pays invités reflète largement les priorités et affinités géopolitiques de Donald Trump.

  • La Russie de Vladimir Poutine et son allié biélorusse Alexandre Loukachenko ont été invités, malgré la guerre en Ukraine et le mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale contre le président russe en 2023.
  • En Amérique du Sud, l’Argentine de Javier Milei et le Paraguay de Santiago Peña ont été conviés, mais pas la Colombie de Gustavo Petro.
  • En Asie, le Vietnam et le Kazakhstan ont accepté, tandis que la Chine figure parmi les invités récents.
  • Des pays comme l’Afrique du Sud, l’Iran, le Danemark, les États baltes et le Mexique n’ont pas indiqué avoir reçu d’invitation.

Fait notable : la majorité des pays conviés sont classés par la Banque mondiale comme pays à revenus élevés (33) ou intermédiaires supérieurs (14). Parmi les sept pays à revenus intermédiaires inférieurs invités, trois ont accepté : le Maroc, l’Ouzbékistan et le Vietnam.

Des adhésions enthousiastes… et des réticences

Plusieurs dirigeants ont salué l’invitation avec enthousiasme.

  • Viktor Orbán (Hongrie) s’est dit « honoré » et a confirmé son intention d’obtenir un siège permanent.
  • Javier Milei (Argentine) a parlé d’un « honneur » et a publié la lettre de Trump sur X.
  • Le Vietnam et le Kazakhstan ont officialisé leur participation en tant que membres fondateurs.
  • La Biélorussie a indiqué que l’invitation avait été « accueillie favorablement ».
  • L’Ouzbékistan a exprimé sa « volonté » de rejoindre le Conseil.

Mais d’autres capitales ont adopté une position plus prudente.

  • Le Canada a indiqué son « intention » d’accepter l’invitation, tout en précisant qu’il ne paierait pas le droit d’entrée d’un milliard de dollars, ce qui limiterait son adhésion à trois ans.
  • L’Australie a accusé réception et annoncé qu’elle examinerait la proposition « selon ses procédures habituelles ».
  • L’Allemagne a remercié Washington pour l’invitation, mais sans s’engager formellement, rappelant son attachement à une solution durable à Gaza et au multilatéralisme.
La France, seule à dire non

À ce stade, la France est le seul pays à avoir explicitement refusé de rejoindre le Conseil de paix de Donald Trump.

L’entourage d’Emmanuel Macron a confirmé à l’AFP que la France « n’entend pas donner de suite favorable » à l’invitation, estimant que la charte actuelle du Conseil dépasse le cadre du plan de paix sur Gaza et empiète sur le rôle des Nations unies, auxquelles Paris reste fermement attaché.

Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a justifié cette décision devant l’Assemblée nationale : « À ce stade, la France ne peut donner suite. »

Selon lui, la charte du Conseil dépasse le cadre du plan de paix sur Gaza validé par l’ONU et empiète sur le rôle des Nations unies. Il a insisté sur le fait que l’adhésion de la France aux Nations unies « ne saurait en aucun cas être remise en cause ».

La riposte de Trump : 200 % de droits de douane

La position de Macron a immédiatement déclenché une réaction cinglante du président américain. Lundi 19 janvier, lors d’une conférence de presse improvisée sur le tarmac de Palm Beach avant d’embarquer à bord d’Air Force One, Trump a non seulement réitéré sa menace d’imposer des droits de douane punitifs de 200 % sur les vins et champagnes français, mais il a également attaqué frontalement Emmanuel Macron sur un registre personnel.

Visiblement agacé par la position de Paris, il a ironisé sur la fin prochaine du mandat du président français : « Il a dit ça ? Eh bien, personne ne veut de lui parce qu’il va bientôt quitter ses fonctions… »

Au-delà de la pique politique, Trump a cherché à installer un rapport de force, mêlant pression diplomatique et chantage commercial. Il a ainsi martelé : « Il y adhérera, mais il n’est pas obligé d’y adhérer. »

Un défi à l’ordre international ?

Au-delà du cas français, le « Conseil de paix » soulève une question plus large : assiste-t-on à la naissance d’une structure concurrente aux Nations unies ?

Pensé initialement comme un volet du plan américain pour Gaza, le Conseil de paix semble désormais viser un rôle beaucoup plus large dans la gestion des conflits internationaux, sans pour autant s’inscrire clairement dans le cadre du droit international existant.

Entre adhésions pragmatiques, refus de principe et calculs géopolitiques, ce nouvel outil diplomatique de Trump cristallise déjà les tensions d’un monde en recomposition.

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