L’Espagne autorise la vente d’armes à guerre à Rabat et de munitions à La Havane, tout en bloquant Israël

Selon des informations obtenues par le journal espagnol OKDiario, le gouvernement de Pedro Sánchez a autorisé, en juillet 2025, deux opérations d’exportation à caractère militaire :

  • 1,5 tonne d’armes de guerre à destination du Maroc, pour un montant avoisinant 63 000 euros,
  • et 24 tonnes de munitions et projectiles vers Cuba, évaluées à 81 600 euros.

Ces transactions, bien que d’ampleur très modérée, ont une forte valeur politique, car elles interviennent à un moment où Madrid multiplie les signaux de désaccord envers Israël, qu’il a publiquement critiqué et soumis à un veto politique dans le cadre des exportations militaires.


Les transactions n’ont pas été réalisées directement par l’État, précise le quotidien espagnol, mais par une entreprise disposant d’une licence d’exportation délivrée par le ministère de la Défense, et approuvée selon la sensibilité du dossier, soit par la Secrétariat d’État, soit par le Conseil des ministres. En d’autres termes, l’aval du gouvernement est nécessaire, même lorsque la vente est opérée par un acteur industriel privé.

OKDiario cite des sources du ministère expliquant que ces opérations s’inscrivent dans le cadre de transferts classiques autorisés par la législation espagnole : « Defensa ne signe directement que pour des transferts entre alliés de l’OTAN. »

La livraison à Rabat a été enregistrée en juillet 2025, un mois marqué par une crispation bilatérale : le Maroc avait alors fermé unilatéralement la douane commerciale de Beni-Enzar à Melilla, paralysant les échanges avec la ville autonome.

Ce contexte donne à la transaction une dimension paradoxale : tandis que la tension montait à la frontière, Madrid autorisait en parallèle une vente d’équipement militaire au Royaume chérifien.

Pour les observateurs espagnols, cette coexistence illustre la nature ambivalente de la relation hispano-marocaine : stratégique, mais compétitive, entre dépendance mutuelle et rapports de force territoriaux.

Le dossier cubain : continuité politique d’un socialisme sentimental

En parallèle, la vente de 24 tonnes de munitions à Cuba confirme une constance idéologique de la diplomatie de Pedro Sánchez : maintenir un canal économique et politique avec le régime de Miguel Díaz-Canel, malgré les critiques sur la répression des manifestations de 2021.

Déjà en 2023, Madrid avait validé 50 000 euros d’armes de maintien de l’ordre à destination de La Havane.

Ces chiffres, très modestes en volume, prennent toutefois une valeur politique : ils réaffirment la volonté du gouvernement socialiste de préserver une autonomie de décision face aux États-Unis, tout en conservant des liens historiques avec l’Amérique latine.

Mais lorsque OKDiario instrumentalise cette livraison au Maroc pour des raisons idéologiques, il occulte une réalité stratégique que Madrid, elle, a parfaitement intégrée.

Car en dépit des divergences politiques ou des cycles de tension, l’Espagne sait désormais que la stabilité, la montée en puissance industrielle et l’efficacité militaire du Maroc relèvent directement de sa propre sécurité nationale.

Rabat n’est plus un simple partenaire de voisinage : c’est une puissance régionale émergente, fiable, et redoutablement efficace, dont le développement, les infrastructures et l’arsenal industriel conditionnent en partie la sécurité du flanc sud européen.

Là où OKDiario voit un paradoxe, l’État espagnol, lui, a compris la logique d’un monde où le pragmatisme et la coopération remplacent les réflexes idéologiques.

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