RDC – Rwanda : Une entreprise rwandaise accusée d’alimenter une guerre en RDC par le trafic de coltan

Le commerce illicite des minerais stratégiques issus de la République démocratique du Congo (RDC) vers le Rwanda atteint des sommets alarmants. Un rapport confidentiel des Nations Unies, consulté par Reuters, accuse la société rwandaise Boss Mining Solution d’avoir acheté du coltan extrait illégalement dans des zones tenues par la rébellion du M23. Ce trafic permettrait de financer la progression militaire du groupe rebelle, au cœur d’une guerre qui mine l’Est congolais depuis plus d’une décennie.

Le rapport, qui doit être soumis au Conseil de sécurité, accuse pour la première fois une entreprise nommément, Boss Mining, de complicité dans le commerce illicite de minerais extraits de territoires congolais occupés. Il pointe un système où les minerais congolais, une fois arrivés au Rwanda, sont mélangés à la production locale et vendus comme d’origine rwandaise, brouillant toute traçabilité.


Une entreprise rwandaise et des actionnaires russes

Dirigée par Eddy Habimana, déjà identifié par l’ONU comme trafiquant de minerais il y a dix ans, Boss Mining Solutions est l’un des plus gros exportateurs de coltan du Rwanda. Officiellement, l’entreprise s’approvisionne auprès de Speck Minerals — également gérée par Habimana — mais selon les enquêteurs de l’ONU, elle aurait acheté au moins 195 tonnes de coltan en mars 2025 issues du site congolais de Rubaya, désormais sous contrôle du M23.

Plus troublant encore : Boss Mining est détenue à un tiers par deux hommes d’affaires russo-britanniques, Yuriy Tolmatchev et Alexander Konovalchik, liés à un réseau complexe de sociétés offshore, notamment Metarex Ltd (Chypre) et Novacore FZE (Émirats arabes unis), par lesquelles transite le coltan congolais. Ces derniers ont refusé de commenter le contenu du rapport, affirmant simplement ne pas s’impliquer dans les opérations sur le terrain.

Un système structuré, une chaîne opaque

D’après le rapport de l’ONU, la prise de Rubaya par le M23 a permis l’instauration d’une administration parallèle dans cette zone minière majeure (15 % de la production mondiale de coltan), avec des taxes de 15 % imposées aux commerçants et une rentabilité estimée à 800 000 dollars par mois. Les minerais sont ensuite acheminés vers le Rwanda, où ils sont mélangés à la production locale, ce qui rend leur traçabilité impossible.

Les experts parlent d’une contamination massive des chaînes d’approvisionnement mondiales, touchant notamment les fabricants de smartphones, d’équipements électroniques, médicaux ou encore aéronautiques.

Le directeur de La Sentinelle des Ressources Naturelles en RDC, Jean-Pierre Okenda, souligne que le Rwanda tire profit du conflit et de l’affaiblissement de l’aide internationale, en intensifiant sa dépendance au secteur minier.

Médiation américaine sous Trump, M23 toujours exclu

Face à l’aggravation du conflit, un accord de désengagement militaire entre Kigali et Kinshasa a été signé début juillet, sous la médiation américaine et l’impulsion directe du président Donald Trump. Cet accord prévoit le retrait des troupes régulières rwandaises de la RDC. Toutefois, le M23 n’en fait pas partie, laissant entière la question de la poursuite du pillage minier.

Une médiation parallèle menée par le Qatar tente actuellement d’intégrer le M23 dans un processus plus large de désescalade. Le succès de cette initiative est désormais vu comme la clé d’une paix durable dans la région et d’une reprise crédible des dispositifs de traçabilité comme ITSCI, dont les opérations restent suspendues dans la plupart des zones en conflit.

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