Le choc a été brutal. Le 12 février, le conseil d’administration de Sanofi a mis fin au mandat de Paul Hudson, à la tête du laboratoire depuis 2019. Cinq jours plus tard, le dirigeant britannique quittait ses fonctions. À partir du 29 avril, c’est l’Espagnole Belén Garijo, actuelle patronne de Merck KGaA, qui prendra les rênes du premier groupe pharmaceutique français, sans véritable passation.
À 65 ans, médecin de formation et figure respectée de l’industrie, elle hérite d’un laboratoire solide financièrement mais fragilisé stratégiquement. Sa mission est claire : relancer une recherche en perte de vitesse, rassurer des marchés impatients et restaurer un ancrage français devenu politiquement sensible.
Sur le papier, le bilan de Paul Hudson n’a rien d’un échec industriel. En 2025, Sanofi a affiché un chiffre d’affaires de 43,62 milliards d’euros (+9,9 %) et un résultat net de 9,55 milliards (+12,1 %). Pourtant, la Bourse est restée de marbre : +1 % seulement sur l’ensemble de son mandat.
La raison est connue des analystes : une dépendance excessive à Dupixent, son médicament vedette en immunologie, qui représente plus du tiers des revenus du groupe et dont le brevet commencera à tomber à partir de 2031. Pour les investisseurs, l’équation est simple : sans nouvelle « molécule star », la trajectoire de croissance reste vulnérable.
C’est précisément sur ce point que Belén Garijo est attendue.
Dans son communiqué, le groupe a précisé que la priorité de la nouvelle dirigeante serait de « renforcer la productivité, la gouvernance et la capacité d’innovation de la recherche et développement ». Traduction : améliorer la transformation des investissements en succès cliniques commercialisables.
Belén Garijo connaît bien la maison. Elle y a passé quinze ans (1995-2010) et a notamment piloté l’intégration de Genzyme, acquisition stratégique dans les maladies rares. Mais le Sanofi d’aujourd’hui n’est plus celui qu’elle a quitté : plus concentré, plus exposé aux marchés américains, plus dépendant d’un nombre limité de blockbusters.
Le choix de Belén Garijo a surpris certains observateurs. Depuis son arrivée à la tête de Merck KGaA en 2021, le cours de l’action du groupe allemand a reculé d’environ 15 %, en partie à cause d’échecs dans le développement de nouveaux traitements. Son âge – 65 ans – alimente également les spéculations sur la durée de son mandat. Plusieurs analystes évoquent déjà une « PDG de transition ».
Mais au-delà des considérations boursières, les enjeux sont aussi politiques.
L’ancrage français, une ligne rouge
Ces dernières années, Sanofi s’est retrouvé au cœur de débats sensibles :
- cession majoritaire d’Opella (qui fabrique notamment le Doliprane) à un fonds américain,
- investissement massif de 20 milliards de dollars aux États-Unis pour relocaliser certaines productions,
- critiques répétées de Paul Hudson sur les prix bas des médicaments en France.
Autant de dossiers qui ont nourri des tensions avec les élus et jusqu’à l’Élysée sur l’« ancrage tricolore » du laboratoire.





