La Guardia Civil espagnole a démenti point par point, vendredi 16 octobre, une information du quotidien ABC affirmant qu’un patrouilleur marocain avait pénétré la veille dans les eaux de Sebta. L’institution assure que ses agents n’ont ni aperçu le navire ni signalé une quelconque incursion. La Moncloa est plus catégorique encore : « C’est faux ». Le quotidien avait pourtant présenté l’incident comme établi, en invoquant des sources policières.
Dans un communiqué officiel publié par le ministère espagnol de l’Intérieur, la Guardia Civil contredit les trois affirmations centrales d’ABC : aucune embarcation marocaine correspondant à la description du journal n’a été détectée, aucun agent n’a transmis de signalement par la voie hiérarchique et aucune présence prolongée dans les eaux espagnoles n’a été constatée.
ABC contredit par les institutions qu’il cite
Le 15 octobre, ABC avait publié sous un titre catégorique : « Un patrouilleur marocain envahit les eaux espagnoles après la visite royale ».
Le récit affirmait qu’un patrouilleur marocain avait passé au moins sept heures dans la baie sud de Sebta, après avoir été repéré par des gardes civils qui auraient immédiatement alerté leur hiérarchie.
C’est précisément cette chaîne de témoignages que la Guardia Civil désavoue officiellement.
La réponse du gouvernement espagnol est tout aussi nette. « C’est faux. Après les 30 et 31 [juillet], aucun autre incident ne s’est produit », ont déclaré des sources de la Moncloa à RTVE, vendredi 16 octobre. Le ministère de l’Intérieur confirme, de son côté, que la Guardia Civil n’a enregistré aucun signalement et que ses patrouilles n’ont observé aucun bâtiment correspondant au récit d’ABC.
Madrid insiste simultanément sur l’état de la relation opérationnelle avec Rabat. Selon la Moncloa, la coordination entre les marines et les administrations des deux pays demeure « bonne et constante » depuis les événements de juillet. Pedro Sánchez a lui-même assuré, à l’issue d’une réunion du Conseil européen à Bruxelles, que la communication entre les deux marines était « fluide ». Cette position officielle contraste avec l’alerte lancée par le quotidien.
Le précédent de juillet et l’offensive politique du PP
Le 12 octobre, Pedro Sánchez avait reconnu la présence de bâtiments militaires marocains dans les eaux revendiquées par Madrid au large de Sebta, les 30 et 31 juillet, en pleine crise migratoire. Le chef du gouvernement espagnol avait présenté ces épisodes comme ponctuels et résolus grâce au dialogue entre les deux marines. La porte-parole du gouvernement, Elma Saiz, a ensuite parlé d’un incident réglé « avec la plus absolue normalité » dans le cadre des relations de bon voisinage. RTVE avait rapporté ces explications le 13 octobre.
Le Parti populaire (PP) s’est pourtant emparé de la publication d’ABC pour réclamer un durcissement immédiat. Son président, Alberto Núñez Feijóo, a demandé le déploiement de l’Armada au large de Sebta, la convocation de l’ambassadrice du Maroc à Madrid et le rappel pour consultations de l’ambassadeur espagnol à Rabat. Il veut également que des explications soient exigées de Rabat « au plus haut niveau ».
Lors d’un déplacement à Tolède, le chef de l’opposition a estimé que les questions de souveraineté ne pouvaient être traitées comme de simples épisodes mineurs. Évoquant une « agression répétée » et une « déloyauté » de la part du Maroc, il a promis une « réponse ferme » en cas de victoire aux élections du 29 novembre. Il a également demandé au gouvernement d’informer « immédiatement » les Espagnols. Ces accusations politiques interviennent alors même que les autorités espagnoles contestent l’existence de l’incident du 15 octobre.


