Sebta et Melilla : 51 personnalités et une vingtaine d’organisations marocaines dénoncent la visite de Felipe VI

Dans un communiqué collectif publié ce lundi 19 octobre 2026, plusieurs organisations de défense des droits humains et personnalités marocaines condamnent la visite du souverain espagnol à Sebta et Melilla. Dénonçant une « provocation politique délibérée » et la persistance d’une « logique de domination coloniale », les signataires appellent l’État marocain à définir une stratégie nationale pour défendre ses droits historiques et sa souveraineté sur les deux villes et les îles revendiquées.

La visite du roi d’Espagne Felipe VI à Sebta et Melilla, les 13 et 14 octobre 2026, suscite une réaction collective au sein de la société civile marocaine. Dans une déclaration datée de Rabat, ce lundi 19 octobre, une vingtaine d’organisations et 51 personnalités issues des milieux des droits humains, de la politique, de la culture, des médias et du monde associatif dénoncent un déplacement qu’elles considèrent comme une nouvelle affirmation de la présence espagnole dans les deux villes que le Maroc revendique.


Les signataires expriment leur « ferme condamnation » de cette visite royale, qu’ils qualifient de « provocation politique délibérée à l’égard des sentiments du peuple marocain » et de manifestation d’une logique de domination coloniale incompatible, selon eux, avec les principes de bon voisinage et de respect mutuel.

Une visite du roi d’Espagne qui ravive le contentieux territorial

Le déplacement de Felipe VI et de la reine Letizia constitue la première visite du couple royal à Sebta et Melilla depuis l’accession du souverain au trône en 2014. La précédente visite d’un monarque espagnol remontait à novembre 2007, lorsque Juan Carlos Ier et la reine Sofía s’étaient rendus dans les deux villes, provoquant alors des tensions diplomatiques avec Rabat.

Cette fois, le déplacement intervient dans un contexte marqué par les conséquences de la crise migratoire de juillet 2026 à Sebta.

Lors de son intervention du 13 octobre à Sebta, Felipe VI a réaffirmé la position de Madrid en déclarant que « la souveraineté et l’intégrité territoriale de notre pays ne sont pas négociables : elles sont incontestables ».

Felipe VI a également insisté sur la nécessité de préserver une relation de bon voisinage avec le Maroc, fondée sur la confiance, le respect mutuel et la bonne foi. C’est précisément cette articulation entre affirmation de souveraineté espagnole et appel au bon voisinage que contestent les organisations marocaines.

« Une persistance de la logique coloniale »

Dans leur communiqué, les signataires considèrent que la visite de Felipe VI véhicule des messages politiques et des symboles coloniaux qui témoignent, selon eux, de la persistance d’une « tendance impérialiste expansionniste » dans l’approche espagnole de la question du parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc.

Ils dénoncent également ce qu’ils présentent comme une contradiction entre le discours européen en faveur de la liberté, de la justice et de la lutte contre le colonialisme, et le maintien des héritages territoriaux de cette période historique.

Le texte rend par ailleurs hommage aux personnes décédées lors des tentatives de passage vers Sebta, dont les signataires évoquent la mémoire en les qualifiant de martyrs.

Un appel à l’État marocain pour une stratégie nationale

En plus de la condamnation du déplacement royal, le communiqué formule une demande politique explicite aux autorités marocaines.

Les organisations et personnalités signataires réaffirment leur attachement à la marocanité de Sebta, de Melilla et des îles occupées, tout en rejetant toute tentative d’imposer ce qu’elles qualifient de « fait accompli colonial ».

Elles appellent ainsi l’État marocain à adopter une stratégie nationale claire pour défendre ses droits historiques et souverains, en recourant aux moyens politiques, diplomatiques et juridiques pacifiques.

Les signataires interpellent également les forces démocratiques et les organisations de défense des droits humains espagnoles et européennes, qu’ils invitent à engager un dialogue responsable pour mettre fin à ce différend historique, dans un esprit de justice, de paix et de coexistence entre les deux peuples.

Des figures historiques des droits humains parmi les signataires

La portée du communiqué tient également à la diversité des organisations et des personnalités qui y apposent leur signature.

Parmi les structures figurent notamment l’Association marocaine des droits humains (AMDH), la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’Homme, Transparency Maroc, le Forum marocain pour la vérité et l’équité, la Coalition marocaine des organisations des droits humains, la Coalition marocaine contre la peine de mort, l’Instance marocaine des droits humains ainsi que l’Observatoire marocain contre la normalisation.

La liste des signataires individuels rassemble plusieurs figures historiques du mouvement des droits humains marocain, dont les anciens bâtonniers Abderrahmane Benamro et Abderrahim Jamaï, la militante Khadija Ryadi, lauréate du Prix des droits de l’Homme des Nations unies, et l’ancien ministre de la Justice Mustapha Ramid.

Y figurent également Ahmed Marzouki, ancien détenu de Tazmamart, Abdelilah Benabdessalam, coordinateur de la Coalition marocaine des organisations des droits humains, ainsi que les écrivains et intellectuels Malika Al Asimi et Abdelaziz Koukas.

Sebta et Melilla, un différend que les signataires veulent remettre au premier plan

La déclaration du 19 octobre replace la question de Sebta et Melilla dans les relations entre Rabat et Madrid. D’un côté, la Couronne espagnole a publiquement réaffirmé son attachement à la souveraineté de l’Espagne sur les deux villes. De l’autre, les organisations marocaines signataires réclament une démarche politique et diplomatique pour défendre les revendications historiques du Maroc.

Leur communiqué se termine par une proclamation en faveur de l’intégrité territoriale du Maroc et de la dignité et de la liberté des peuples : « Vive l’unité territoriale du Maroc, vive la dignité des peuples et leur liberté. »

LE DOCUMENTÉDITION FRANÇAISE
Déclaration collective

Déclaration collective condamnant la visite du roi d’Espagne à Sebta et Melilla occupées

20Entrées d’organisations
51Personnalités signataires

Nous, organisations de défense des droits humains, associations de la société civile et personnalités marocaines issues des milieux politiques, culturels, médiatiques et artistiques, signataires de la présente déclaration, exprimons notre ferme condamnation de la visite effectuée par le roi d’Espagne, Felipe VI, dans les villes occupées de Sebta et Melilla, les 13 et 14 octobre 2026.

Nous considérons cette visite comme une provocation politique délibérée à l’égard des sentiments du peuple marocain et comme une consécration de la logique de domination coloniale, contraire aux principes de bon voisinage et de respect mutuel.

Tout en nous recueillant à la mémoire des martyrs du passage vers Sebta occupée, nous estimons que cette visite, par les symboles coloniaux et les messages politiques qu’elle véhicule, reflète la persistance d’une tendance impérialiste expansionniste dans l’approche espagnole de la question du parachèvement de l’intégrité territoriale du Maroc.

Elle révèle une contradiction flagrante entre le discours européen défendant la liberté, la justice et la lutte contre le colonialisme, d’une part, et l’attachement aux vestiges historiques de ce dernier, d’autre part.

Tout en réaffirmant notre attachement à la marocanité de Sebta, de Melilla et des îles occupées, nous proclamons notre rejet absolu de toute tentative d’imposer le fait accompli colonial.

Nous appelons l’État marocain à adopter une stratégie nationale claire pour défendre ses droits historiques et souverains, par des moyens politiques, diplomatiques et juridiques pacifiques.

Nous appelons également les forces démocratiques et les organisations de défense des droits humains espagnoles et européennes à s’engager dans un dialogue responsable afin de mettre fin à ce différend historique, au service de la justice, de la paix et de la coexistence entre les deux peuples.

Vive l’intégrité territoriale du Maroc !
Vive la dignité des peuples et leur liberté !
Pour les organisations et personnalités signataires de la déclaration.
Rabat, le 19 octobre 2026.
Annexe · Signatures

Les signataires du communiqué

Consulter les organisations et les personnalités ayant signé le texte.

01Organisations et associations20 entrées dans le communiqué original
  1. Coalition marocaine des organisations des droits humains
  2. Coalition marocaine contre la peine de mort
  3. Ligue marocaine pour la défense des droits de l’Homme
  4. Association marocaine des droits humains (AMDH)
  5. Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés – Bureau régional d’Afrique du Nord
  6. Transparency Maroc
  7. Forum marocain pour la vérité et l’équité
  8. Réseau des femmes et hommes médecins contre la peine de mort
  9. Instance marocaine des droits humains
  10. Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits humains
  11. Réseau marocain pour la protection des deniers publics
  12. Réseau Taqatoâ pour les droits du travail
  13. Observatoire de la justice au Maroc
  14. Association médicale pour la réhabilitation des victimes de violences et de mauvais traitements
  15. Jeunesse scolaire
  16. Association Choumouâ pour l’égalité
  17. Observatoire national de lutte contre la corruption et de protection des deniers publics
  18. « Taqatoâ » pour les droits du travail
  19. Organisation méditerranéenne pour les médias, le développement et les droits humains
  20. Observatoire marocain contre la normalisation
02Personnalités signataires51 noms et fonctions
  1. Abderrahmane BenamroAncien bâtonnier du barreau de Rabat, ancien président de l’Association des barreaux du Maroc et ancien président de l’AMDH.
  2. Abderrahim JamaïAncien bâtonnier et ancien président de l’Association des barreaux du Maroc.
  3. Khadija RyadiMilitante des droits humains, lauréate du Prix des droits de l’Homme des Nations unies.
  4. Abderrahmane AllaliPrésident de l’Observatoire marocain des prisons.
  5. Abdelkader El AlamiAncien président de la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’Homme.
  6. Mustapha RamidAvocat au barreau de Casablanca.
  7. Abdelilah BenabdessalamCoordinateur de la Coalition marocaine des organisations des droits humains.
  8. Adel ChikitoPrésident de la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’Homme, ancien parlementaire et journaliste.
  9. Mohamed ZahariSecrétaire général de l’Alliance internationale pour la défense des droits et des libertés, bureau régional d’Afrique du Nord.
  10. Malika Al AsimiÉcrivaine et penseuse.
  11. Abderrahmane BelkadaPrésident du Forum marocain pour la vérité et l’équité.
  12. Ahmed El HaijAncien président de l’Association marocaine des droits humains.
  13. Mohamed NechnachCoordinateur du Réseau des femmes et hommes médecins contre la peine de mort.
  14. Ahmed BernoussiMembre de Transparency Maroc.
  15. Mustapha TajSecrétaire national de la Jeunesse scolaire.
  16. Mohamed BensassiAvocat au barreau de Rabat et acteur des droits humains.
  17. Mustapha El IraqiJournaliste et militant des droits humains.
  18. Ahmed WihmanePrésident de l’Observatoire marocain contre la normalisation.
  19. Hamid MejdiCoordinateur du réseau Taqatoâ pour les droits du travail.
  20. Ahmed MarzoukiAncien détenu de Tazmamart et écrivain.
  21. Chabab KacemMilitant des droits humains et syndicaliste.
  22. Abdellah LefnatssaAncien coordinateur du réseau Taqatoâ pour les droits du travail.
  23. Rabia BouzidiMilitante des droits humains.
  24. Taher TaouilÉcrivain et journaliste.
  25. Abdelaziz KoukasÉcrivain et penseur.
  26. Omar BenomarMilitant des droits humains.
  27. Abdelkrim ManouziMédecin et militant des droits humains.
  28. Jamal MouhafidÉcrivain et journaliste.
  29. Hicham CherkaouiPrésident du Centre marocain pour la paix et le droit.
  30. Mohamed MeskawiCoordinateur du Réseau marocain pour la protection des deniers publics.
  31. Malika TitaneChroniqueuse, militante des droits humains et syndicaliste.
  32. Mohamed El GhafriPrésident de l’Association Choumouâ pour l’égalité.
  33. Idriss SedraouiPrésident de la Ligue marocaine pour la citoyenneté et les droits humains.
  34. Moubarak El OthmaniPréside l’Instance marocaine des droits humains.
  35. Youssef Ben El AissaouiMembre du secrétariat général du Parti de la Renaissance et de la Vertu.
  36. Badr BenallachJournaliste.
  37. Idriss El OualiJournaliste et militant des droits humains.
  38. Abdellatif KhiarAvocat et secrétaire général de la Ligue marocaine pour la défense des droits de l’Homme.
  39. Naji DardariDirecteur de l’Académie Mohammed Ben Abdelhadi Kabbab.
  40. Abdelmoghith El MaamriPrésident de l’Observatoire national de lutte contre la corruption et de protection des deniers publics.
  41. Rachid BoutarActeur associatif.
  42. Wael BourschachenJournaliste.
  43. Amine ErriJournaliste professionnel et chercheur en sciences politiques.
  44. Samir Abou ZaidEngagé sur les questions de protection des deniers publics et des droits humains.
  45. Abdellah AftatJournaliste et écrivain.
  46. Rachid BelkhachichaArtiste plasticien, acteur associatif et militant des droits humains.
  47. Hicham NasserJournaliste, chercheur universitaire et président de l’Organisation méditerranéenne pour les médias, le développement et les droits humains.
  48. Ali KouidatActeur associatif.
  49. Jamal BenallahMilitant des droits humains.
  50. Abdelkader El MakkaouiActeur associatif.
  51. Fadwa JaddiDocteure en sciences de la vie et de l’environnement, membre de la Coordination des docteurs au chômage au Maroc et actrice associative.
Communiqué collectif · 19 octobre 2026 · Traduction française du document arabe

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