L’administration Trump propose d’intégrer une reprise des achats européens de gaz russe à une négociation de paix en Ukraine, rapporte le New York Times. Portée par Jared Kushner et Steve Witkoff, cette initiative offrirait des recettes supplémentaires à Moscou et des droits de transit à Kyiv. Elle heurte la stratégie européenne de sortie de la dépendance énergétique russe.
Washington veut faire du gaz russe un instrument de négociation pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Selon les informations publiées le 17 octobre par le New York Times, les émissaires de Donald Trump, Jared Kushner et Steve Witkoff, ont évoqué une augmentation des achats européens lors de discussions avec des responsables ukrainiens et européens, notamment avec Volodymyr Zelensky à Kyiv en septembre.
Le projet prévoit que l’Ukraine envisage de remettre en service les gazoducs qui acheminaient le gaz russe vers l’Europe à travers son territoire. L’administration américaine y voit une incitation économique susceptible d’amener le Kremlin à accepter une fin du conflit.
Des recettes pour Moscou, des droits de transit pour Kyiv
Le mécanisme défendu par Washington repose sur des intérêts financiers partagés. La Russie retrouverait des débouchés et des revenus supplémentaires. L’Ukraine percevrait des droits de passage sur les volumes transportés. Les acheteurs européens pourraient, selon les promoteurs du projet, bénéficier d’une détente des coûts énergétiques.
Cette proposition s’inscrit dans une approche qui accorde une place centrale aux avantages économiques d’une éventuelle paix. Les émissaires américains cherchent à intégrer les échanges énergétiques à une architecture de règlement associant les intérêts russes et ukrainiens.
Dans une déclaration au quotidien américain, la Maison-Blanche explique travailler avec Kyiv et ses partenaires européens à une proposition globale comprenant des incitations économiques pour les deux pays. Elle invoque le poids de la guerre sur les prix de l’énergie et présente la reprise économique comme une condition de stabilité durable.
L’Europe a déjà organisé sa sortie du gaz russe
Les responsables européens associés aux discussions ont exprimé de fortes réserves, selon le New York Times. Une reprise des flux redonnerait à Moscou des revenus, mais aussi une capacité d’influence sur les économies européennes.
Cette opposition s’appuie sur une politique désormais inscrite dans le droit européen. Le 26 janvier 2026, le Conseil de l’Union européenne a adopté un règlement organisant l’interdiction progressive des importations de gaz russe, avec une interdiction complète du gaz naturel liquéfié à partir du début de 2027 et du gaz acheminé par gazoduc à l’automne 2027.
Selon le Conseil de l’Union européenne, le gaz russe représentait encore environ 13 % des importations européennes en 2025, pour une valeur supérieure à 15 milliards d’euros par an. Le projet américain touche donc directement au dispositif construit par Bruxelles pour réduire cette dépendance.
Après le diesel, le gaz entre dans la négociation
L’initiative intervient dans le prolongement de l’ouverture américaine au diesel russe. Le 9 octobre, le département du Trésor a délivré une licence générale autorisant certaines transactions liées à la vente, à la livraison, au déchargement et à l’importation de ce carburant.
Avec le gaz, Washington propose d’étendre cette logique au marché européen. La discussion engage ainsi deux conceptions de la sécurité du continent : l’administration Trump mise sur les revenus du commerce énergétique pour favoriser un accord ; les responsables européens opposés au projet redoutent de restituer à Moscou le levier dont ils cherchent à s’affranchir.


