Nouakchott souhaite faire reconnaître sa souveraineté sur Lagouira, rapporte Jeune Afrique dans un article publié le 18 octobre. Une ambition que le magazine replace dans l’histoire du retrait mauritanien du Sahara en 1979, alors que les négociations diplomatiques et les perspectives de développement de la façade atlantique ravivent l’intérêt pour cette localité.
La Mauritanie entend remettre Lagouira dans l’équation territoriale régionale. Selon Jeune Afrique, qui consacre un article à cette ville de l’extrême sud du Sahara marocain, Nouakchott souhaite y faire reconnaître sa souveraineté dans le contexte des négociations en cours sur le dossier saharien.
La portée du sujet dépasse la superficie de cette petite localité. Au Maroc, l’expression « De Tanger à Lagouira » inscrit la ville dans la représentation même de l’unité territoriale du Royaume. Sa position géographique lui confère également une sensibilité particulière : Lagouira occupe le versant occidental de la presqu’île du cap Blanc, également appelée Ras Nouadhibou, tandis que Nouadhibou, capitale économique mauritanienne, se situe sur son versant oriental.
L’engagement mauritanien de 1979
Le précédent central remonte au retrait de la Mauritanie de la guerre du Sahara. Après les accords de Madrid du 14 novembre 1975 et le départ de l’Espagne, Nouakchott prend le contrôle de la partie méridionale de l’ancien territoire colonial, comprenant Lagouira. Engagée dans une guerre contre le Polisario, la Mauritanie finit par renoncer à ses prétentions territoriales en 1979.
L’accord conclu à Alger avec le Polisario en août de cette année consigne expressément cet engagement. La Mauritanie y déclare qu’elle « n’a et n’aura pas de revendications territoriales ou autres au Sahara occidental » et décide de se retirer définitivement du conflit.
Jeune Afrique souligne la contradiction entre cet engagement et les ambitions qu’il rapporte aujourd’hui concernant Lagouira. Le magazine évoque également les réserves exprimées par l’ancien général mauritanien Lebatt Ould El-Meiouf, rapportées par le site Cridem. Celui-ci rappelle que l’abandon des revendications sur le Sahara constitue la position adoptée par Nouakchott depuis la fin des années 1970.
Un héritage colonial, de nouvelles perspectives économiques
Pour éclairer cette situation, Jeune Afrique remonte au découpage colonial de la région. Les conventions franco-espagnoles de 1900, 1904 et 1912 fixent progressivement les limites des possessions et zones d’influence des deux puissances. L’Espagne s’installe à Lagouira en novembre 1920, sous l’autorité du colonel Francisco Bens. La localité, appelée La Güera par les Espagnols, est rattachée à la colonie du Rio de Oro en 1924.
À cette histoire territoriale s’ajoutent désormais des perspectives économiques. Jeune Afrique relie le regain d’intérêt mauritanien au développement de la façade atlantique marocaine et aux discussions sur l’avenir du Sahara.
Le magazine évoque notamment l’intérêt d’investisseurs émiratis pour Lagouira, avec l’ambition d’en faire un « Dubaï du Maghreb », dans un environnement porté par les perspectives de la Coupe du monde 2030. Ces projets envisagés donnent une dimension économique supplémentaire à une localité dont le nom concentre, depuis plusieurs décennies, une forte charge politique et territoriale.
Source principale : Jeune Afrique, Farid Bahri, « Entre Sahara et océan, la petite ville marocaine de Lagouira attise l’intérêt de la Mauritanie », 18 octobre 2026.


