À moins de trois semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre, l’administration Trump défend dans l’Ohio un projet d’électricité à une échelle rarement envisagée pour un seul complexe d’intelligence artificielle : 10 gigawatts de nouvelle puissance de production. Pour mesurer l’ampleur de l’annonce, le pic de demande électrique de tout le Maroc a atteint 8,4 GW en juillet 2026.
Ce rapprochement correspond à un écart de 1,6 GW, soit environ 19 %. Il faut néanmoins distinguer une capacité de production américaine annoncée mais encore à construire d’une pointe de consommation marocaine effectivement enregistrée.
Le Département américain de l’Énergie a détaillé le programme le 20 mars 2026. L’accord associe SoftBank Group, SB Energy et AEP Ohio, sur le site fédéral de Portsmouth, ancien centre d’enrichissement de l’uranium dans le comté de Pike. La fiche officielle décrit un projet à la fois énergétique, industriel, technologique et territorial.
Du gaz pour alimenter la course américaine à l’IA
Le cœur du plan repose sur 10 GW de nouvelle production électrique, dont au moins 9,2 GW provenant de centrales à gaz naturel. Ce choix représente au moins 92 % de la capacité annoncée. Il suppose la construction d’un nouveau gazoduc inter-États et de centrales capables d’alimenter le gigantesque campus de données prévu sur le site.
Le financement reflète aussi la dimension géopolitique du dossier : 33,3 milliards de dollars d’investissements japonais sont associés aux 9,2 GW de centrales à gaz, dans le cadre de l’accord commercial et d’investissement stratégique conclu entre les États-Unis et le Japon sous Donald Trump.
4,2 milliards de dollars pour un réseau à 765 kilovolts
Produire autant d’électricité ne suffit pas : il faut la transporter. SB Energy et AEP Ohio annoncent 4,2 milliards de dollars pour construire et moderniser le réseau du sud de l’Ohio. La fiche prévoit des lignes de transport à 765 kV, quatre postes électriques et la mise à niveau d’infrastructures régionales. Selon le DOE, des équipements à long délai d’approvisionnement ont déjà été sécurisés.
Un autre engagement distingue le projet : lorsque la production ou les capacités de transport dépasseront les besoins du campus, la partie disponible devra pouvoir être mise à disposition du réseau. En cas de conditions météorologiques extrêmes ou d’urgence électrique, le campus pourrait également réduire temporairement sa consommation ou fournir de l’énergie de secours.
La promesse politique : l’IA doit payer sa facture
L’administration Trump présente l’opération comme une déclinaison de son Ratepayer Protection Pledge, un engagement visant à éviter de faire supporter aux ménages et aux petites entreprises le coût de l’essor des data centers. Selon la fiche officielle, SB Energy doit prendre à sa charge les 4,2 milliards de dollars de transport électrique. Une structure tarifaire spécifique est également prévue pour faire payer au projet ses capacités de production et de transport, qu’il les utilise pleinement ou non.
Portsmouth : reconvertir un vestige de la Guerre froide
Le terrain retenu se trouve dans l’ancienne usine fédérale d’enrichissement d’uranium de Portsmouth. Le Département de l’Énergie loue une partie du site à une société affiliée à SB Energy pour construire le campus, tandis que le groupe s’engage à accélérer le financement des opérations de dépollution et de remise en état. Hier consacré à l’uranium et à la sécurité nationale, le site est désormais destiné aux infrastructures de calcul, avec des usages envisagés en recherche sur la fusion, en informatique quantique et dans la défense.
Sur le terrain social, la fiche du DOE prévoit plus de 10 000 emplois de construction sur quatre ans, plus de 2 000 emplois d’exploitation et des retombées indirectes supplémentaires. SB Energy annonce également un accord communautaire de 40 millions de dollars pour les localités environnantes.
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— U.S. Department of Energy (@ENERGY) October 13, 2026
OpenAI et Nvidia donnent une nouvelle dimension au campus
Le 17 août, OpenAI et Nvidia ont précisé leur participation à l’opération. OpenAI a communiqué sur environ 8 GW de capacité de calcul réservée, une mesure distincte des 10 GW de nouvelles capacités électriques présentés par Washington. Le déploiement doit être progressif, avec une première tranche de 800 MW annoncée pour 2028.
Les prévisions communiquées en août évoquent désormais 35 000 emplois de construction sur six ans et 2 500 emplois durables, un périmètre et un calendrier plus larges que ceux de la fiche de mars. OpenAI a également annoncé un engagement communautaire additionnel de 40 millions de dollars.
Permis, environnement et échéances : le chantier reste à concrétiser
Le 13 octobre, l’Ohio Environmental Council a annoncé son intervention dans une procédure réglementaire relative à une première centrale à gaz d’environ 1,77 GW. L’organisation demande notamment un examen des conséquences environnementales et de la protection des usagers de l’électricité. La question des émissions, de l’eau et de la capacité du réseau fait ainsi partie du débat local.
À l’approche des élections de mi-mandat, l’administration met en avant une équation associant capitaux étrangers, emplois industriels, puissance de calcul et protection annoncée des consommateurs. L’écart avec le pic électrique du Maroc en illustre la taille. La réalisation du projet dépendra encore des autorisations, des constructions et de l’entrée en service effective des capacités promises.
Sources : U.S. Department of Energy, fiche de mars 2026 ; OpenAI, annonce du 17 août 2026 ; Nvidia, communiqué déposé auprès de la SEC ; Ohio Environmental Council, 13 octobre 2026 ; ONEE / ministère marocain des Finances.


