Le gouvernement El Mansouri semble décidé à battre tous les records. Premier exécutif dirigé par une femme, constitué en dix-sept jours, il a enchaîné Conseil des ministres et Conseil de gouvernement avant l’investiture parlementaire. Puis perdu une ministre après deux jours. Dans une vidéo, Nizar Baraka fait applaudir Madiha Khayr, sa championne électorale. Selon les informations de Le1, El Mansouri lui a aussi exprimé sa solidarité en Conseil de gouvernement, dénonçant le début d’un sabotage du travail gouvernemental. Son éviction marque un premier revers politique pour la Cheffe du gouvernement. Si des informations déterminantes ont manqué au dossier présenté au Souverain, quelle responsabilité incombe à Baraka et à El Mansouri ?
À la tribune, Nizar Baraka lance le nom de Madiha Khayr. À propos des listes locales féminines, il la présente comme « première au niveau national », puis appelle la salle à l’applaudir chaleureusement. Les participants se lèvent, les applaudissements accompagnent son nom. La séquence vidéo montre une direction partisane fière de son élue et de son résultat.
Depuis dimanche, ces images ont pris une autre résonance. La candidate célébrée par le secrétaire général de l’Istiqlal vient de quitter le gouvernement deux jours après y être entrée. À l’enthousiasme électoral succède une sortie ministérielle d’une brièveté exceptionnelle.
Le résultat salué par Baraka avait accompagné une promotion rapide. Réélue à Béni Mellal avec 21 384 voix lors des législatives du 23 septembre, Madiha Khayr avait été choisie, le 8 octobre, pour présider le groupe istiqlalien à la Chambre des représentants. Cette désignation avait été approuvée lors d’une réunion présidée par Nizar Baraka. Huit jours plus tard, elle entrait au gouvernement, chargée de la Formation professionnelle et de la Qualification.
En images : une rencontre de l’Istiqlal
La commémoration du décès de feu Hassan II
Le dimanche 18 octobre, le Cabinet royal annonce que le Roi Mohammed VI a accepté la demande de la Cheffe du gouvernement de mettre fin à ses fonctions, conformément à l’article 47 de la Constitution. Le communiqué ne précise pas les motifs de cette décision.
Dès l’annonce de sa nomination, vendredi 16 octobre, un certificat médico-légal daté du 12 juin 2004 et attribué à Madiha Khayr commence à circuler sur les réseaux sociaux. Des archives de presse concernant une ancienne affaire judiciaire sont également diffusées avant son éviction, dimanche 18 octobre. Vingt-deux ans après les faits évoqués, ces pièces resurgissent au moment précis où elle accède au gouvernement.
Qui a remis ces documents en circulation, et pourquoi à ce moment précis ? Une fuite interne à l’Istiqlal, liée à des oppositions à sa promotion ministérielle, constitue une hypothèse à examiner. L’origine de la diffusion reste à établir.
La coupure du Matin du 19 août 2004 rapporte qu’une femme de 29 ans, prénommée Madiha, employée dans une coopérative agricole à Béni Mellal, avait été déférée devant le tribunal de première instance de Fquih Ben Salah pour faux, usage de faux, escroquerie et usurpation de fonction. Selon le récit du quotidien, elle aurait utilisé les documents d’identité d’une médecin pour ouvrir un compte bancaire et obtenir un chéquier. Dix-neuf chèques sans provision auraient ensuite été utilisés auprès de bijoutiers dans plusieurs villes.
Le rôle supposé du certificat médical apparaît dans les récits aujourd’hui relayés par les médias. Ce document aurait été produit dans la procédure pour atténuer la responsabilité pénale de l’intéressée et lui éviter une peine d’emprisonnement.
Au sein de l’Istiqlal, la riposte a notamment porté sur le calendrier de diffusion. Khadija Ezzoumi, présidente de l’Organisation de la femme istiqlalienne, a dénoncé sur Facebook des attaques concentrées après la nomination. Tout en disant ignorer l’authenticité des documents, elle a défendu le parcours et l’engagement électoral de Madiha Khayr. Cette publication a ensuite été supprimée.
Madiha Khayr serait effondrée depuis l’annonce de son limogeage. À la chute politique s’ajoutent l’atteinte à sa réputation et l’exposition de sa vie privée, sur fond de documents vieux de vingt-deux ans. Cette violence publique appelle aussi un accompagnement humain. L’Istiqlal de Nizar Baraka porte une responsabilité politique première : proposer une candidate à la Formation professionnelle, au sein du département de l’Éducation nationale, exigeait un examen rigoureux de son dossier. Le parti doit répondre de ce choix et du soutien apporté à son élue dans cette épreuve.
Selon les informations de Le1, l’affaire figurait à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement du samedi 17 octobre. Fatima Ezzahra El Mansouri y a exprimé sa solidarité avec Madiha Khayr, dénonçant le début d’un sabotage du travail gouvernemental. Le lendemain, elle demandait au Roi de mettre fin à ses fonctions. Ce retournement constitue son premier revers politique.
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La fiche CV
Madiha Khayr
Aviation civile · Parlement · Parti de l’Istiqlal
Responsabilités et engagements
- Parti de l’Istiqlal
- Membre du comité exécutif depuis octobre 2024.
- Chambre des représentants
- Élue députée de Béni Mellal en 2021, réélue en 2026.
- Union parlementaire africaine
- Membre du comité exécutif.
- Airports Council International — ACI Afrique
- Membre.
- Académie internationale Mohammed VI de l’aviation civile
- Ancienne secrétaire générale.
- Office national des aéroports — ONDA
- A exercé des fonctions de responsabilité.
Formation
SEPTEMBRE 2002 — SEPTEMBRE 2004
Master en commerce international
Haute etude
SEPTEMBRE 1997 — JUIN 2001
Diplôme d’études supérieures comptables et financières
Haute etude
Le score électoral de Khayr lui donnait une légitimité de ministrable. Il ne dispensait ni Nizar Baraka de vérifier le parcours de sa candidate, ni El Mansouri d’examiner son dossier avant de la proposer au Souverain. Que savaient-ils de l’affaire judiciaire aujourd’hui attribuée à Khayr ? Qu’ont-ils transmis ? Si des éléments déterminants ont été omis, leur responsabilité politique est directement engagée.
La rapidité de l’éviction peut se lire comme l’expression d’une colère royale. Le communiqué du Cabinet royal acte l’acceptation d’une demande d’El Mansouri, sans préciser les motifs du départ. Pour la Cheffe du gouvernement, le coût politique est immédiat : elle doit expliquer pourquoi elle a défendu une ministre avant de demander son départ dès le lendemain.
Avant même l’investiture, cette affaire met à l’épreuve la crédibilité du gouvernement. Qui remplacera Khayr ? L’Istiqlal conservera-t-il le portefeuille et l’équilibre négocié entre les partis sera-t-il maintenu ?
Les questions s’étendent au cabinet lié à l’usfpésite Mehdi Mezouari, nommé ministre délégué chargé de la Pêche maritime, dont les prestations ont été critiquées par la Cour des comptes, et à l’autre dossier judiciaire de la palmiste Fatima Saadi. Quels critères ont conduit au départ de Khayr, et comment seront-ils appliqués aux autres ministres ?

