Un mois après son placement en détention provisoire, Mounir Laymouri a finalement été soumis à un long interrogatoire détaillé devant le juge d’instruction près la Cour d’appel de Tanger. Plusieurs heures de questions mercredi 4 novembre, une nouvelle séance annoncée pour la semaine prochaine et, surtout, un dossier qui a déjà accumulé confrontations, vidéos récupérées et expertises téléphoniques. Après le temps des arrestations et des révélations, l’affaire des bulletins d’Al-Qods entre désormais dans sa phase la plus sensible : celle où chaque version doit résister aux éléments matériels de l’enquête.
Mounir Laymouri n’en a pas terminé avec le juge d’instruction.
Mercredi 4 novembre, le maire de Tanger et responsable provincial du PAM a passé plusieurs heures devant le magistrat chargé de l’affaire des bulletins de vote du scrutin du 23 septembre. Selon les sources de Hespress, la séance a été particulièrement longue et consacrée à un interrogatoire détaillé des faits qui lui sont reprochés. Le juge prévoit déjà de le convoquer à nouveau la semaine prochaine pour poursuivre cet examen. Laymouri est poursuivi aux côtés de sept autres personnes, soit huit mis en cause dans le dossier.
Cette audition marque un tournant. Jusqu’ici, le dossier avait surtout été rythmé par les arrestations, la garde à vue, les expertises techniques et les premières confrontations. Désormais, le juge entre dans le cœur du mécanisme décrit par les enquêteurs.
Une audition repoussée depuis le 13 octobre
L’interrogatoire détaillé de Laymouri devait initialement avoir lieu à la mi-octobre. Le 13 octobre, pourtant, il s’était présenté devant la Cour d’appel sans être entendu. Sa défense avait sollicité un report en invoquant son état de santé, estimant qu’il ne lui permettait pas de répondre normalement aux questions du magistrat. La séance avait alors été renvoyée au début du mois de novembre.
Le360 avait fait état à l’époque d’un important épisode de tension artérielle. Quelques jours plus tard, l’administration de la prison locale d’Asilah avait toutefois démenti des informations évoquant un transfert vers une clinique privée, affirmant que l’état de santé du détenu était « normal » et qu’il n’avait jamais été hospitalisé depuis son incarcération.
Cette parenthèse est désormais refermée : le juge a pu commencer l’interrogatoire au fond.
Avant Laymouri, les responsables des bureaux ont déjà parlé
Dès le 8 octobre, le juge d’instruction avait commencé les interrogatoires détaillés avec quatre autres mis en cause : les deux présidents des bureaux de vote concernés à l’école Al-Qods et leurs deux adjoints. Le magistrat avait également procédé à des confrontations entre eux pour tenter d’éclaircir les zones encore obscures du dossier.
Le parquet avait révélé le 1er octobre la récupération d’images de vidéosurveillance d’une unité hôtelière qui avaient été volontairement effacées, ainsi que l’exploitation des téléphones et des communications. Selon les éléments communiqués, les vidéos avaient permis de relier deux sacs visibles dans l’établissement hôtelier aux sacs retrouvés ensuite dans le dossier électoral. L’expertise téléphonique avait également mis au jour plusieurs communications entre Laymouri et d’autres suspects avant et pendant le jour du vote.
Trois chefs lourds toujours sur la table
Mounir Laymouri reste poursuivi pour :
- atteinte aux opérations de vote dans le but de modifier ou de tenter de modifier le résultat du scrutin,
- participation à la falsification d’un document public
- et corruption par offre, promesse ou don en vue d’obtenir l’accomplissement d’un acte.
Le juge d’instruction l’avait placé en détention provisoire au début du mois d’octobre, après environ 72 heures de garde à vue.
Depuis, le centre de gravité de l’affaire s’est déplacé.
Le dossier n’est plus seulement judiciaire. Un mois de détention a également commencé à produire des effets très concrets sur Tanger.
L’absence prolongée du maire a perturbé le fonctionnement politique et administratif de la commune, au point d’ouvrir le débat sur l’exercice provisoire de ses prérogatives par ses adjoints. Plusieurs projets et dossiers locaux ont également été décrits comme affectés par ce vide à la tête de la ville.
Le 23 septembre, tout avait commencé avec un sac.
Six semaines plus tard, le juge ne cherche plus le sac.
Il cherche à savoir qui l’a rempli, qui l’a fait circuler et qui savait.


