Après l’éviction de Madiha Khayr, deux autres dossiers mettent à l’épreuve les choix du nouvel exécutif : les études financées par l’USFP auprès d’un cabinet lié à Mehdi Mezouari, et une ancienne condamnation avec sursis rapportée contre Fatima Saadi. Des affaires publiques depuis plusieurs années, qui ramènent la responsabilité vers les directions partisanes et la Cheffe du gouvernement.
Le départ de Madiha Khayr, deux jours après sa nomination, a changé la portée politique des dossiers entourant les nouveaux ministres. Les partis doivent désormais expliquer leurs choix de candidats, les vérifications effectuées et les informations transmises avant leur présentation au Souverain.
Deux membres du gouvernement concentrent ces interrogations : Ahmed Mehdi Mezouari, ministre délégué chargé de la Pêche maritime, issu de l’USFP, et Fatima Saadi, ministre déléguée chargée de l’Habitat et de la Politique de la ville, du PAM. Tous deux ont été nommés le vendredi 16 octobre.
Mehdi Mezouari : un contrat d’études de 1,835 million de dirhams
Dans le cas de Mezouari, Assahifa a remis le dossier en lumière dès samedi 17 octobre, avant le limogeage de Khayr. Son enquête revient sur le contrat conclu entre l’USFP et MELA Stratégie & Conseil, examiné par la Cour des comptes dans son audit des comptes des partis pour l’exercice 2022. Le rapport, daté de décembre 2023, a été rendu public le 28 février 2024.
Le lien avec le nouveau ministre tient à l’actionnariat du prestataire. Selon les informations publiées par Médias24 en mars 2024, Mehdi Mezouari et Hassan Lachgar, fils du premier secrétaire de l’USFP, détenaient chacun 40 % du capital de MELA. Les 20 % restants appartenaient à Rim El Aked. Le cabinet avait été créé en février 2022, l’année même de la commande passée par le parti.
Le circuit financier est détaillé aux pages 88 à 90 du rapport. Le 9 novembre 2022, l’USFP reçoit 1 930 896,03 dirhams de soutien public supplémentaire destiné aux études. Il confie à MELA 23 travaux pour 1 835 000 dirhams, intégralement transférés le 28 décembre.
La Cour relève un contrat forfaitaire prévoyant quatre mois d’exécution, sans conventions particulières fixant les exigences et le prix de chaque étude. Sur les 23 travaux, le parti présente 21 documents. Manquent ceux consacrés aux indicateurs de gouvernance institutionnelle et d’État de droit.
Les pièces remises sont décrites comme des présentations ou des notes succinctes contenant des informations et propositions générales accessibles au public. Les magistrats relèvent des lacunes dans la définition des objectifs, la recherche documentaire, la collecte et l’analyse des données.
Après les observations de la Cour, l’USFP reverse 95 896,03 dirhams au Trésor le 13 juin 2023. Cette somme correspond au reliquat inutilisé de la subvention, distinct du montant versé au cabinet.
L’USFP avait publiquement défendu ce choix. Dans un communiqué publié le 29 mars 2024, son bureau politique affirmait sa liberté de sélectionner un prestataire connaissant sa culture et ses orientations. Il soutenait également que la valeur des études devait être appréciée par les instances partisanes et contestait à la Cour le pouvoir d’en évaluer le contenu. Ces travaux, expliquait-il, étaient destinés à l’usage interne du parti.
Fatima Saadi : condamnée en 2016, défendue par le PAM dès 2014
Début 2016, la cour d’appel d’Al Hoceima prononce un mois de prison avec sursis contre Fatima Saadi, ancienne présidente de la commune, dans le litige concernant la destruction du jardin du quartier Marmoucha, selon Nadorcity.
Un compte rendu ultérieur précise que la partie civile s’était pourvue en cassation. Après cassation et renvoi, la juridiction d’appel avait confirmé le jugement sur le seul volet civil, selon le dispositif reproduit par le journal.
Deux ans plus tôt, en mai 2014, le PAM avait organisé une mobilisation pour défendre son élue. Le parti dénonçait une campagne de dénigrement visant la présidente de la commune d’Al Hoceima, sur fond de litige foncier.
Le 24 mai 2014, son organisation nationale des élus réunit à Al Hoceima des parlementaires, des membres du bureau politique et des militants venus de plusieurs régions. Selon le compte rendu publié par Dunya Al Watan le 26 mai, la mobilisation avait été préparée après consultation du secrétaire général Mustapha Bakkouri et de son adjoint Ilyas El Omari. Parmi les responsables présents figuraient Hakim Benchamach, Hayat Boufrachen, Aziz Benazzouz et Larbi El Mharchi.
Benchamach était alors président du conseil national du PAM et de son groupe à la Chambre des conseillers. Il apportait son soutien à Saadi et dénonçait ce qu’il présentait comme une falsification de convocation judiciaire destinée à atteindre sa réputation. La veille du rassemblement, Dalil Rif rapportait déjà ses accusations et l’annonce d’une manifestation devant le tribunal.
Dans une intervention filmée consacrée à l’affaire, Benchamach développe cette version : le document aurait substitué au véritable objet du litige, une démolition concernant un terrain revendiqué par la commune, des accusations d’ivresse, de conduite en état d’ivresse et de tentative de corruption. Il affirme disposer de deux documents portant les mêmes références et la même date, mais des objets différents. Il soutient également que la commune avait obtenu un premier jugement favorable avant l’exécution de la démolition.
Saadi présentait, de son côté, l’espace litigieux comme un passage relevant du domaine public, transformé en jardin par le plaignant. À propos de la convocation diffusée, elle rapportait qu’un interlocuteur du greffe lui avait évoqué une erreur de service. Elle dénonçait néanmoins une exploitation délibérée du document contre elle et réclamait une enquête. Le rassemblement se prolongea par une protestation devant le tribunal de première instance, avec une demande d’investigation adressée au ministère de la Justice.
Le PAM avait donc connaissance du conflit et avait publiquement soutenu sa responsable, dont il défendait l’action municipale tout en dénonçant le traitement médiatique. Sa nomination à l’Habitat et à la Politique de la ville ramène la question sur l’appréciation de l’ensemble du dossier : les décisions judiciaires, la défense de l’intéressée et les éléments retenus pour lui confier ces nouvelles responsabilités.
Deux dossiers à comprendre18 octobre 2026
Gouvernement El Mansouri
Les répliques du séisme Khayr
Un audit sur l’argent public de l’USFP. Un ancien jugement rapporté contre une élue du PAM. Deux dossiers déjà publics avant les nominations.
La question politique
Quels contrôles avant la nomination ?
Ces dossiers placent les critères de sélection des partis et de la Cheffe du gouvernement au centre du débat ouvert par l’éviction de Madiha Khayr.
L’USFP avait défendu le contrat d’études lié à Mezouari, le PAM avait mobilisé ses cadres autour de Saadi. Pour El Mansouri, ces antécédents appellent une explication sur les critères de sélection et les vérifications conduites avant les nominations. Leur cohérence avec les critères ayant conduit au départ de Khayr engage désormais la crédibilité du gouvernement.

