Board of Peace : ce que révèlent les chiffres du séisme diplomatique de Donald Trump

Lancé à Davos par Donald Trump, le Board of Peace se présente comme une nouvelle architecture internationale dédiée à la paix et à la reconstruction, avec un point d’entrée prioritaire : Gaza. Mais au-delà du discours politique, la première photographie des adhésions, refus et hésitations offre une lecture statistique particulièrement éclairante des lignes de fracture du système international actuel.

BOP Davos
Une initiative hors des cadres classiques du multilatéralisme

Présenté lors d’une cérémonie officielle à Davos, le Board of Peace repose sur une logique inédite :

  • une adhésion volontaire,
  • une contribution financière élevée (jusqu’à 1 milliard de dollars pour un siège permanent),
  • et une gouvernance fortement personnalisée, Donald Trump devant en assurer la présidence à vie.

Ce positionnement, à mi-chemin entre organisation diplomatique et consortium stratégique, explique en grande partie la diversité, et parfois la prudence, des réponses enregistrées.

Qui a accepté de siéger au « Board of Peace » de Trump ?

MAP BOP
CountryResponse
ArgentinaAccepted
AlbaniaAccepted
ArmeniaAccepted
AzerbaijanAccepted
BahrainAccepted
BelarusAccepted
BulgariaAccepted
EgyptAccepted
HungaryAccepted
IsraelAccepted
IndonesiaAccepted
JordanAccepted
KazakhstanAccepted
KosovoAccepted
MoroccoAccepted
MongoliaAccepted
PakistanAccepted
QatarAccepted
Saudi ArabiaAccepted
TurkeyAccepted
United Arab EmiratesAccepted
UzbekistanAccepted
VietnamAccepted
FranceDeclined
NorwayDeclined
SloveniaDeclined
SwedenDeclined
The United KingdomDeclined
SpainDeclined
CanadaInvite withdrawn
CambodiaNon-commital
ChinaNon-commital
CroatiaNon-commital
CyprusNon-commital
GermanyNon-commital
GreeceNon-commital
IndiaNon-commital
ItalyNon-commital
European UnionNon-commital
ParaguayNon-commital
RussiaNon-commital
SingaporeNon-commital
ThailandNon-commital
UkraineNon-commital
Vatican CityNon-commital
1. État des lieux chiffré des réponses

Sur 57 entités invitées, la répartition actuelle est la suivante :

StatutNombrePart
Pays ayant accepté2136,8 %
Pays ayant refusé58,8 %
Pays non engagés3154,4 %
Total57100 %

Premier enseignement : plus de la moitié des pays invités n’ont pas encore pris position, signe que l’initiative est encore perçue comme expérimentale et politiquement sensible.

2. Lecture régionale des adhésions

Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA)

PaysStatut
MarocAccepté
ÉgypteAccepté
Arabie saouditeAccepté
QatarAccepté
Émirats arabes unisAccepté
JordanieAccepté
TurquieAccepté

Taux d’adhésion : 100 %

Cette adhésion complète s’explique par la centralité du dossier gazaoui, mais aussi par l’intérêt de ces pays pour des mécanismes de décision rapides, moins contraints par les équilibres onusiens traditionnels.

Europe orientale et Eurasie

PaysStatut
AlbanieAccepté
ArménieAccepté
AzerbaïdjanAccepté
BelarusAccepté
HongrieAccepté
KazakhstanAccepté
KosovoAccepté
MongolieAccepté
OuzbékistanAccepté

Taux d’adhésion : 100 %

Ces États voient dans le Board of Peace un canal direct vers Washington, parfois perçu comme plus efficace que les cadres euro-atlantiques classiques.

Asie (hors MENA)

PaysStatut
PakistanAccepté
IndonésieAccepté
VietnamAccepté

Taux d’adhésion : 100 %

Europe occidentale et alliés traditionnels

PaysStatut
FranceRefusé
Royaume-UniRefusé
SuèdeRefusé
NorvègeRefusé
CanadaNon engagé – Trump retire son invitation

Taux d’adhésion : 0 %

La France a explicitement invoqué une incompatibilité avec les résolutions de l’ONU, tandis que la Slovénie a dénoncé une initiative « interférant dangereusement avec l’ordre international ». La référence implicite reste le Conseil de Sécurité des Nations Unies, dont le «Board of Peace» apparaît, pour certains, comme un concurrent politique.

3. Ratios clés à retenir
  • Taux d’adhésion parmi les pays ayant pris une position claire 80,8 %

➡ Lorsqu’un pays tranche, il choisit majoritairement d’adhérer.

  • Poids des pays indécis 54,4 %

➡ Le devenir du Board dépendra fortement des arbitrages à venir de puissances comme l’Allemagne, l’Italie, l’Inde, la Chine ou encore la Russie.

4. Ce que disent vraiment les chiffres

a) Une fracture Nord / Sud assumée

Les adhésions se concentrent largement dans des régions où la priorité est donnée à la stabilité, au financement et à l’accès direct au décideur américain, plutôt qu’à la conformité procédurale.

b) Une résistance institutionnelle européenne

Les refus européens ne sont pas idéologiques mais juridiques et normatifs : ils procèdent de la défense du multilatéralisme, des résolutions existantes et du rôle central de l’ONU. Ils traduisent également une posture défensive d’un continent qui se perçoit fragilisé depuis l’avènement de Donald Trump, marqué par une succession de décisions coercitives et de déclarations perçues comme humiliantes, nourrissant en Europe le sentiment d’un déclassement stratégique du “Vieux Continent” dans la hiérarchie des puissances.

c) Une diplomatie du “deal” assumée

La logique financière du Board de Peace introduit un filtre inédit : seuls les États capables ou désireux d’investir lourdement peuvent peser durablement dans sa gouvernance.

5. Une concurrence chiffrée avec l’espace BRICS

Les chiffres suggèrent également une concurrence indirecte avec l’espace BRICS. Sur les 21 pays ayant déjà adhéré au Board of Peace, plus de la moitié entretiennent des liens structurels avec les BRICS ou gravitent dans leur sphère d’influence élargie (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Égypte, Indonésie, Turquie).

À l’inverse, aucune grande puissance occidentale membre du G7 n’a rejoint l’initiative à ce stade. Cette configuration statistique montre que le Board capte prioritairement des États clés du Sud global, précisément ceux que les BRICS cherchent à fédérer, réduisant mécaniquement leur capacité à apparaître comme l’unique alternative crédible au multilatéralisme occidental.

6. Un objet diplomatique encore instable

Malgré un démarrage quantitativement significatif, le Board of Peace reste un objet diplomatique en construction. Les chiffres montrent :

  • une adhésion rapide mais géographiquement polarisée,
  • une prudence massive des grandes puissances systémiques,
  • et une tension latente entre efficacité revendiquée et légitimité internationale.

Pris ensemble, les discours et les statistiques dessinent un constat clair : le Board of Peace n’est pas encore une alternative au système multilatéral classique, mais il en est déjà un révélateur.

Révélateur d’un monde où certains États privilégient l’action directe et la capacité financière, tandis que d’autres restent attachés aux cadres juridiques établis.

Plus que le nombre d’adhésions, ce sont désormais les choix des pays encore indécis qui détermineront si le Board of Peace restera une initiative ponctuelle… ou deviendra un acteur durable du nouvel échiquier diplomatique.

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