Bolloré en garde à vue : La Françafrique secouée

Le milliardaire français, Vincent Bolloré, est en garde à vue depuis ce matin dans les locaux de la brigade financière relevant du Parquet de Nanterre à Paris. Le dixième homme le plus fortuné de France est notamment poursuivi pour «corruption d’agents publics étrangers». Cette accusation concernerait les conditions d’obtention de plusieurs terminaux à conteneurs opérés par le groupe Bolloré sur le continent africain. Mais l’arrestation de l’influent homme d’affaires français vient secouer toute la galaxie et le microcosme qu’il a institués entre la France et le continent africain et qui constituent un maillon non négligeable de la Françafrique, cette Nomenklatura non officielle qui régit les relations entre l’establishment politico-militaire français et les anciennes colonies de l’hexagone.

Il y a moins d’une semaine, Vincent Bolloré, qui préside aux destinées du groupe familial éponyme, transmettait le relais à son fils, Yannick, pour diriger le conseil de surveillance de Vivendi, qui comprend notamment Canal +, Universal Music et le groupe publicitaire Havas. Rien ne prédisait un tel développement et tout aussi rapidement.

Il est vrai que depuis que le groupe Bolloré a repris une partie des activités africaines de son concurrent Necotrans, la Holding est dans la ligne de mire des fins limiers de la police judiciaire française qui y voyait, éventuellement, une opération douteuse.

Cette acquisition de grande envergure a non seulement permis à Vincent Bolloré de consolider son enracinement africain, mais fait de l’ombre aux ramifications africaines de l’état profond français pilotées par la DGSE et l’Elysée. En effet, Emmanuel Macron, qui entamait aujourd’hui une visite d’Etat aux États-Unis, ne voit pas d’un bon œil les interférences de tiers dans la gestion de la “chose africaine”.

Non pas que la Francafrique est morte avec Macron mais l’acception traditionnelle de celle-ci qui l’est. D’ailleurs, le président français, à l’instar de ses prédécesseurs, a décidé d’installer auprès de lui un «Conseil présidentiel pour l’Afrique» en vue de «renouveler le partenariat entre la France et l’Afrique et permettre une nouvelle approche des enjeux de société». En prenant ainsi les choses en main, l’Elysée fait barrage aux anciens réflexes d’une intelligentsia française qui, en toute impunité, se croyait tout permis dans le continent africain.

Placé en garde à vue aux côtés du directeur général de son groupe, Gilles Alix, et de Jean-Philippe Dorent, directeur du pôle international, Afrique depuis plus de trente ans, le puissant conglomérat français est soupçonné par les enquêteurs d’avoir utilisé leur filiale de communication Havas pour faciliter l’arrivée au pouvoir de dirigeants africains en assurant des missions de conseil opaques. Accusations gravissimes qui risquent de faire tomber beaucoup de têtes.

S’il tombe, Vincent Bolloré, qui était attendu à Marrakech le 2 mai prochain pour participer à l’African Cristal Festival, co-organisée avec le soutien de l’Union des Agences Conseils en Communication, ne voudra certainement pas tomber seul et entraînera avec lui, sans conteste, des poids lourds de l’écosystème Françafrique.

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