Guerre contre l’Iran : un nouvel axe régional se forme autour de l’Arabie saoudite

La guerre contre l’Iran accélère le rapprochement entre Riyad, Doha, Ankara, Le Caire et Islamabad, tandis que les Émirats arabes unis suivent une trajectoire distincte

La guerre contre l’Iran a accéléré une recomposition des équilibres géopolitiques au Moyen-Orient. Dans une analyse publiée par Foreign Policy, la journaliste Anchal Vohra estime qu’un nouveau regroupement régional prend forme autour de l’Arabie saoudite, du Qatar, de la Turquie, de l’Égypte et du Pakistan. Les Émirats arabes unis apparaissent en marge de cette nouvelle dynamique.

D’après Foreign Policy, ce rapprochement poursuit deux objectifs : contenir l’influence iranienne et regagner de l’influence dans des pays où Téhéran conserve des relais, comme la Syrie et le Liban, tout en cherchant à limiter les opérations militaires israéliennes dans la région.


La revue souligne qu’aucune structure officielle n’a été créée. Des médias israéliens évoquent une « alliance sunnite » ou un « OTAN islamique », mais aucun de ces termes n’a été repris par les États concernés.

Selon Anchal Vohra, cette évolution traduit également une détérioration des relations entre Riyad et Abou Dhabi. Alors que les deux monarchies avaient longtemps coordonné leurs positions sur les principaux dossiers régionaux après les révoltes arabes, leurs priorités se seraient progressivement éloignées. Les Émirats privilégieraient la poursuite de la normalisation avec Israël, tandis que l’Arabie saoudite se rapprocherait d’États plus critiques envers l’État hébreu.

L’auteure estime également que ce regroupement constitue une tentative de Riyad de réaffirmer son rôle de puissance centrale du monde arabe. Dans ce contexte, l’Arabie saoudite préparerait un sommet réunissant plusieurs États arabes et l’Iran, sans qu’une date n’ait encore été annoncée.

Foreign Policy affirme par ailleurs que la guerre a profondément modifié la perception sécuritaire des monarchies du Golfe. Citant un observateur régional, la revue indique qu’une frappe israélienne menée à Doha contre des membres du Hamas aurait conduit plusieurs capitales du Golfe à redouter une extension des opérations israéliennes sur leur territoire, contribuant ainsi au rapprochement entre Riyad et Ankara.

L’analyse avance également que le partenariat stratégique entre l’Arabie saoudite et le Pakistan constitue un élément central de cette nouvelle configuration. Selon l’auteure, les capacités nucléaires pakistanaises renforceraient la dimension dissuasive de cette relation dans le cadre de la coopération militaire entre les deux pays.

Sur le plan économique, Foreign Policy estime que Riyad figure parmi les bénéficiaires du conflit grâce à la hausse des prix du pétrole. Citant le chercheur Hesham Alghannam, du Carnegie Middle East Center, la revue indique que les bénéfices d’Aramco ont progressé de 26 % au premier trimestre, alors que le prix du baril est passé d’environ 74 à plus de 119 dollars. Les exportations saoudiennes auraient également été soutenues par l’utilisation à pleine capacité de l’oléoduc Est-Ouest reliant les champs pétroliers à la mer Rouge, permettant de contourner le détroit d’Ormuz.

Le même expert souligne toutefois que la croissance du PIB saoudien est retombée de 3,7 % à 2,8 % en raison de la fermeture temporaire de plusieurs puits de pétrole pendant le conflit. Selon lui, cette guerre pousse également le royaume à accélérer le développement de ses infrastructures sur la mer Rouge.

Le Qatar apparaît, dans l’analyse de Foreign Policy, comme l’un des principaux bénéficiaires diplomatiques de cette recomposition régionale. Après avoir subi des frappes ayant notamment affecté le complexe gazier de Ras Laffan, Doha aurait choisi de privilégier la médiation avec Téhéran plutôt que l’escalade.

S’appuyant sur une source proche des négociations, la revue affirme que les médiateurs qataris ont joué un rôle dans les discussions indirectes entre responsables américains et iraniens organisées en Suisse. Selon cette source, le Qatar aurait utilisé ses canaux de communication avec l’Iran afin d’obtenir du Hezbollah un engagement en faveur d’un cessez-le-feu au Liban, tout en encourageant Washington à convaincre Israël de limiter ses opérations.

Les autres membres du groupe espèrent également tirer parti de cette nouvelle configuration régionale. Selon Foreign Policy, l’Égypte compte bénéficier des investissements saoudiens, notamment autour du projet de pont reliant l’Arabie saoudite au Sinaï. La Turquie mise sur une hausse durable de ses exportations d’armement dans un contexte régional marqué par un renforcement des dépenses militaires. Le Pakistan, de son côté, chercherait à valoriser son rôle diplomatique et stratégique après plusieurs années de critiques internationales.

Les Émirats arabes unis suivent une trajectoire distincte. Foreign Policy relève qu’Abou Dhabi poursuit sa stratégie de diversification logistique afin de réduire sa dépendance au détroit d’Ormuz, notamment par le développement de ses installations sur le golfe d’Oman.

La revue cite également des informations publiées par Axios selon lesquelles les Émirats auraient reçu, durant le conflit, un système israélien de défense aérienne Iron Dome ainsi que du personnel chargé de son exploitation, illustrant le maintien d’une coopération sécuritaire étroite entre les deux pays.

Enfin, Foreign Policy estime que la principale ligne de fracture régionale porte désormais sur la relation avec Israël. Citant un responsable du Golfe sous couvert d’anonymat, la revue distingue un camp favorable au maintien d’une coopération étroite avec Israël et un autre, conduit par Riyad, qui chercherait simultanément à contenir l’influence de l’Iran et à limiter les initiatives militaires israéliennes.

Selon l’analyse d’Anchal Vohra, cette divergence entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pourrait constituer l’un des principaux facteurs de recomposition des équilibres stratégiques au Moyen-Orient dans les prochaines années.

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