Islam: Washington critique la riposte de Paris après les attentats

Un haut responsable américain a critiqué mardi la riposte de Paris contre l’islamisme radical après les récents attentats en France, illustrant le dialogue de sourds entre la «liberté religieuse» chère aux Etats-Unis et la «laïcité» défendue bec et ongles par le président français Emmanuel Macron.

Avec AFP

«Je suis inquiet, évidemment, pour ce qui se passe en France», a dit l’émissaire des Etats-Unis pour la liberté religieuse, Sam Brownback, lors d’un échange avec des journalistes.


«Il peut y avoir un dialogue constructif qui peut, je pense, être utile», mais «quand on est trop répressif, la situation peut s’aggraver», a prévenu cet ambassadeur respecté, au lendemain de la publication de la nouvelle liste noire américaine sur la liberté de religion, qui met à l’index cette année le Nigeria aux côtés de l’Arabie saoudite, la Chine ou encore l’Iran.

«Notre point de vue, c’est que le rôle du gouvernement est de protéger la liberté religieuse. Vous ne pouvez pas pratiquer votre foi de façon violente (…) mais si vous pratiquez votre foi pacifiquement, vous êtes dans votre bon droit», a-t-il ajouté.

Selon Sam Brownback, «les pays s’en sortent mieux lorsqu’ils travaillent avec les chefs religieux pour identifier les inquiétudes et les problèmes, sans entrer en conflit avec des groupes religieux».

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Emmanuel Macron a nettement haussé le ton contre l’islamisme radical depuis l’assassinat en octobre d’un professeur qui avait montré en classe des caricatures de prophète de l’Islam dans un cours sur la liberté d’expression, suivi d’un attentat qui a fait trois morts dans la basilique de Nice, dans le sud-est de la France.

Action massive et inédite contre 76 mosquées

Le gouvernement français a annoncé une «action massive et inédite» contre 76 mosquées et a dissous des associations décrites comme des «officines islamistes» œuvrant «contre la République». Il doit présenter mercredi un projet de loi «renforçant les principes républicains», qui vise à lutter contre «les séparatismes» et l’islamisme radical.

Dans le monde musulman, cette réponse a souvent été perçue comme une attaque contre l’islam en général, et des appels au boycott de produits français ont même été relayés par le président turc Recep Tayyip Erdogan, engagé dans un face à face sans merci avec Emmanuel Macron.

Mais la position française a été critiquée aussi au-delà, et notamment dans le monde anglo-saxon.

«La France se bat contre le séparatisme islamiste, jamais contre l’islam», avait répondu le président français dans une tribune publiée début novembre dans le quotidien britannique Financial Times.

Quelques jours plus tard, il avait décroché le téléphone pour se plaindre, auprès du New York Times, de certains médias anglophones qui «disent que le coeur du problème, c’est que la France est raciste et islamophobe».

Selon le journaliste du quotidien américain qui avait recueilli les doléances d’Emmanuel Macron, ce dernier reproche aux médias américains de chercher «à imposer leurs propres valeurs à une société différente», sans comprendre «la laïcité à la française».

Vendredi, il est encore longuement revenu sur ces critiques, assurant que la France n’avait «pas de problèmes avec l’islam» et tentant d’expliquer que cette vision très particulière de la «laïcité» — qui n’a d’ailleurs pas de traduction optimale en anglais — trouvait ses racines dans la séparation entre la politique et le religieux qui est à la fondation de la République française.

De la même manière, il a défendu une fois de plus la liberté d’expression et le droit de critiquer et caricaturer les religions.

Jusqu’ici, le gouvernement américain avait vivement dénoncé les attentats d’octobre en France et s’était tenu à l’écart de cette polémique.

Les critiques de l’ambassadeur Brownback reflètent toutefois un positionnement très différent, à Washington, dans la relation de l’Etat à la religion.

Les Etats-Unis défendent la «liberté de religion» avant tout et voient avec suspicion toute restriction à sa pratique. Ce principe a été érigé en «première des libertés» par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, un chrétien évangélique fervent, qui invoque régulièrement Dieu dans ses prises de position publiques.

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