Sous la pression croissante des révélations liées aux documents publiés par le département américain de la Justice dans l’affaire Jeffrey Epstein, Dubaï a acté un changement brutal à la tête de DP World. Sultan Ahmed bin Sulayem, figure emblématique du capitalisme émirati et artisan de l’expansion mondiale du groupe portuaire, quitte ses fonctions après plus de quatre décennies de règne. Cette décision intervient alors que plusieurs partenaires institutionnels occidentaux ont suspendu leurs nouveaux engagements avec l’entreprise, accentuant la dimension reputational et politique du dossier.
Le géant portuaire basé à Dubaï, DP World, a annoncé vendredi un changement majeur à sa tête, dans un contexte de fortes pressions internationales liées à des révélations sur d’anciens échanges entre son dirigeant historique et le financier américain Jeffrey Epstein.
Selon le Dubai Media Office, Essa Kazim a été nommé président du conseil d’administration, tandis que Yuvraj Narayan prend les fonctions de directeur général du groupe. Cette décision intervient après la publication, par le département américain de la Justice, de documents relatifs à Jeffrey Epstein, dans lesquels le nom de Sultan Ahmed bin Sulayem apparaîtrait.
Départ d’un dirigeant historique
Sultan Ahmed bin Sulayem, qui cumulait les fonctions de président et de directeur général depuis plus de quarante ans, quitte ainsi la direction du groupe. Il est l’un des architectes de la transformation de DP World, passée d’un opérateur du port de Jebel Ali à l’un des plus grands acteurs logistiques mondiaux.
Le groupe affirme aujourd’hui gérer environ 10 % du commerce mondial, avec un réseau de terminaux et d’actifs portuaires répartis sur plusieurs continents, notamment au Canada et au Royaume-Uni, où il exploite le port à conteneurs de London Gateway.
Pressions politiques et financières mondiales
Aux États-Unis, des membres du Congrès ont évoqué la présence du nom du dirigeant dans les dossiers liés à Epstein, ce qui a ravivé les interrogations sur ses relations passées avec le financier, condamné pour des infractions sexuelles.
Sur le plan financier, les conséquences ont été rapides.
British International Investment, l’agence britannique de financement du développement, ainsi que La Caisse (CDPQ), deuxième fonds de pension du Canada, ont annoncé suspendre tout nouvel investissement dans DP World.
Ces décisions renforcent la pression sur une entreprise stratégique pour l’émirat de Dubaï, dont l’actionnariat est in fine supervisé par la famille régnante.
DP World avait déjà fait l’objet de controverses au Royaume-Uni en 2022, via sa filiale P&O Ferries, après le licenciement de 800 employés remplacés par des travailleurs contractuels, une décision qui avait suscité un tollé politique et syndical.
Un enjeu de réputation pour Dubaï
Le changement de gouvernance apparaît comme une tentative de stabilisation rapide. DP World est un pilier de la stratégie économique de Dubaï, notamment à travers le port de Jebel Ali, l’un des plus grands hubs logistiques mondiaux.
La nomination d’Essa Kazim, figure reconnue de la place financière de Dubaï, et de Yuvraj Narayan, déjà cadre dirigeant du groupe, vise à assurer la continuité opérationnelle tout en répondant aux attentes des partenaires internationaux.
À ce stade, DP World n’a pas commenté publiquement les révélations sur les échanges entre son ancien dirigeant et Epstein. Les autorités américaines poursuivent l’exploitation des documents rendus publics, tandis que les partenaires financiers observent l’évolution de la gouvernance du groupe.






