Prix des moutons de l’Aïd : El Mostapha Ramid appelle le ministre de l’Agriculture à démissionner

L’ancien ministre El Mostapha Ramid a appelé à la démission du ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, après la polémique provoquée par la flambée des prix des moutons de l’Aïd et par l’incapacité du gouvernement, selon lui, à contenir la tension sur les marchés à l’approche de l’Aïd Al-Adha.

Dans un post publié sur Facebook, l’ancien ministre de la Justice affirme avoir suivi « avec tristesse et amertume » les réactions de nombreux Marocains face à la hausse des prix des ovins destinés au sacrifice dans la plupart des marchés du Royaume. Il décrit une colère sociale d’une intensité inhabituelle, estimant que les familles marocaines expriment cette année un niveau de mécontentement inédit à l’occasion de l’Aïd Al-Adha.


Pour El Mostapha Ramid, cette tension est d’autant plus difficile à comprendre qu’elle intervient dans un contexte où plusieurs éléments auraient dû, selon lui, permettre une meilleure maîtrise du marché. Il rappelle que l’année précédente n’avait pas connu de sacrifice dans les conditions habituelles, après l’appel royal de février 2025 à ne pas procéder au rite de l’Aïd en raison des effets de la sécheresse, de la baisse du cheptel et de la pression sur les ménages.

L’ancien ministre souligne également que des importateurs d’ovins avaient bénéficié d’un soutien financier public important. À ses yeux, cette aide aurait dû contribuer à soulager le marché, à renforcer l’offre et à éviter une flambée aussi brutale des prix. Il ajoute que la campagne agricole en cours a été marquée par de meilleures conditions pluviométriques, ce qui rend, selon lui, la situation actuelle encore plus difficile à justifier politiquement.

« Où est donc le problème ? », interroge Ramid dans son post. Sa réponse est directe : le dysfonctionnement se situe, selon lui, dans la politique agricole, qu’il accuse de ne pas avoir su gérer ce dossier avec suffisamment d’anticipation, de discernement et de préparation. L’ancien ministre ne se limite donc pas à dénoncer une hausse conjoncturelle des prix. Il met en cause la capacité de l’exécutif à piloter un dossier sensible, situé au croisement du religieux, du social, du pouvoir d’achat et de la sécurité alimentaire.

La critique vise particulièrement les déclarations d’Ahmed El Bouari au Parlement. Le ministre de l’Agriculture avait assuré, lors d’une séance de questions orales à la Chambre des représentants, que des moutons de l’Aïd pouvaient être trouvés à partir de 1.000 dirhams. Cette sortie a provoqué une vive polémique, TelQuel consacrant notamment un article à ce qu’il a appelé « le mouton rêvé d’Ahmed El Bouari », en soulignant le décalage entre cette affirmation et les prix constatés par de nombreux ménages dans les marchés.

Le Matin a également rapporté que le ministre était revenu sur ses propos, en évoquant des niveaux de prix allant de 1.000 à 3.000 dirhams, tout en affirmant s’être rendu dans plusieurs souks pour observer la situation. Mais ces explications n’ont pas suffi à éteindre la polémique, dans un climat déjà marqué par l’inquiétude des ménages et par les interpellations répétées des parlementaires sur la hausse des prix des ovins.

Dans une enquête publiée le 15 mai 2026 sous le titre « Prix du mouton : Comment Akhannouch & co ont tondu les Marocains », TelQuel affirme que l’État a mobilisé 13,1 milliards de dirhams en subventions et exonérations au profit de 277 importateurs de bétail, sans parvenir à empêcher l’envolée des prix de la viande ni la tension sur les moutons de l’Aïd. L’hebdomadaire met en cause l’apparition d’opérateurs opportunistes, attirés par la manne publique, ainsi que les limites d’une politique d’importation qui n’a pas produit l’effet attendu sur le pouvoir d’achat des ménages.

L’enquête relève également les contradictions du discours gouvernemental, notamment lorsque le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a évoqué devant le Parlement un cheptel national reconstitué « entre 33 et 40 millions de têtes », soit un écart de sept millions de têtes. Pour TelQuel, une telle approximation interroge d’autant plus que le Maroc dispose depuis plusieurs années d’un système national d’identification et de traçabilité animales censé permettre un suivi plus précis du cheptel.

Dans la même veine, le magazine Milafate, sous l’influence directe d’un certain Ilyas El Omari, a insisté sur la manière dont la communication gouvernementale a contribué à tendre davantage les Marocains. En annonçant une offre abondante, des prix supposément accessibles et un marché présenté comme maîtrisé, l’exécutif a nourri une attente que la réalité des souks est venue contredire. Ce n’est donc pas seulement la cherté du mouton de l’Aïd qui a provoqué la colère, mais aussi le sentiment d’un écart entre le discours officiel et l’expérience concrète des familles marocaines.

Cette tension a fini par pousser l’exécutif à intervenir. Le chef du gouvernement a saisi le Conseil de la concurrence, qui a donné son feu vert à des mesures temporaires de régulation des marchés dédiés à la vente des moutons de l’Aïd, pouvant notamment inclure un plafonnement des prix de vente au kilogramme. Ces mesures doivent s’appliquer jusqu’au 3 juin 2026.

Pour El Mostapha Ramid, cette réaction tardive ne suffit pas à répondre au fond du problème. L’ancien ministre estime que les familles marocaines ont été confrontées cette année à une situation particulièrement difficile, alimentée par ce qu’il qualifie de « feu » des marchés du mouton. Il appelle donc à tirer une leçon politique de cette crise, en liant la responsabilité à la reddition des comptes.

Sa conclusion est sans détour : le ministre concerné devrait présenter sa démission. Pour Ramid, ce serait « le minimum » dans une situation où l’État avait mobilisé des moyens financiers, annoncé une offre suffisante et promis un marché accessible, sans parvenir à empêcher une flambée qui a directement touché les ménages.

L’ancien ministre islamiste n’apparaît plus aujourd’hui dans la stricte continuité de son parti historique, le PJD, avec lequel il a pris ses distances. Son intervention relève davantage de la posture d’un ancien responsable public qui cherche à se placer en vigie morale et politique, estimant devoir sonner l’alarme lorsque les signaux sociaux deviennent trop visibles pour être ignorés.

Son appel à la démission du ministre de l’Agriculture traduit une exigence de responsabilité : un échec aussi visible, après une telle mobilisation d’argent public, ne peut rester sans conséquence politique ni reddition des comptes.

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