Usé et affaibli, Adel Al-Joubeir repêché in extremis par MBS, son parrain

Sous le feu des projecteurs depuis le déclenchement de la crise du CCG avec le Qatar, le désormais ex-ministre saoudien des Affaires étrangères a dû aussi endosser la délicate mission de porte-parole diplomatique de la campagne militaire au Yémen menée principalement par son pays et les Emirats arabes unis. Un exercice usant qui s’est compliqué avec l’éclatement de l’affaire Khashoggi. L’ancien chef de la diplomatie de l’Arabie saoudite a joué un rôle ingrat, devant faire face aux médias et aux gouvernements de la planète et défendre l’indéfendable suite au meurtre du célèbre journaliste saoudien dans le consulat de son pays à Istanbul. Fatigué, déprimé et travaillant sous forte tension depuis plusieurs mois, cet ancien ambassadeur à Washington, et protégé du prince héritier, ne faisait plus l’affaire ni de l’administration américaine ni du roi Salmane. Ce dernier, et sur instigation du général John Abizaid, nouvel ambassadeur US à Riyadh, a décidé de décharger son ministre des Affaires étrangères et le rétrograder d’un échelon ministériel tout en le maintenant membre du conseil des ministres mais sous les ordres d’un nouveau chef de la diplomatie, Ibrahim Abdelaziz Al-Assaf. Cette décision a fait bondir MBS qui, pour défendre son protégé, l’a vite rattaché à «son» prestigieux et influent conseil des affaires politiques et de sécurité.

Généralement, les décrets royaux en Arabie saoudite sont publiés à l’aube heure locale, soit en milieu de soirée heure de Washington. Surprise, les dernières nominations sont «tombées» en milieu de journée, alors que le président américain se trouvait en…Irak. Fermons cette parenthèse de fuseaux horaires pour dire que les décrets royaux du jeudi ont concerné le limogeage et la nomination de plusieurs hauts responsables saoudiens et un jeu de chaises musicales pour d’autres.


Alors que le prince Mohamed Ben Nawaf, ambassadeur saoudien à Londres et le prince Fayçal Ben Khalid Ben Abdelaziz gouverneur de la région de Assir ont rejoint le cabinet royal saoudien en qualité de conseillers du roi, le prince Abdallah Ben Bandar Ben Abdelaziz a, quant à lui, hérité d’un poste de choix en tant que ministre de la Garde nationale.

Mais le véritable coup de théâtre dans ce large mouvement est la nomination d’Ibrahim Al-Assaf, à la tête de la diplomatie saoudienne. A 70 ans, cet ancien ministre des Finances faisait pourtant partie des personnalités arrêtées l’été dernier sur ordre de MBS et confinées dans le Ritz-Carlton de Riyadh pour corruption et détournements de fonds. Plusieurs semaines plus tard, le roi Salmane ordonnait sa relaxe et le désignait ministre d’Etat jusqu’à sa nomination en tant que ministre des Affaires étrangères. Ibrahim Al-Assaf, qui a fait une grande partie de ses études supérieures aux Etats-Unis, est doublement diplômé de la Colorado State University et de University of Denver. Proche des américains, il a le contact facile avec l’ambassadeur US à Riyadh, le général quatre étoiles John P. Abizaid et, contrairement à son prédécesseur, Ibrahim Al-Assaf est très charismatique alors que Adel Al-Joubeir est connu pour son caractère froid, distant et exécrable.

Malgré ces «défauts», MBS a tenu à le repêcher en le nommant membre du puissant conseil des affaires politiques et de sécurité présidé par le prince héritier en personne et dont le secrétariat revient au Conseiller à la sécurité nationale, Mohamed Salah Al-Ghafili. Si les ministres de l’Intérieur, de l’Information, des Affaires étrangères et les patrons des Renseignements généraux et de la Sécurité de l’Etat sont membres de droit de ce Conseil, il est quasi-impossible d’y retrouver deux représentants du même département. Mais MBS en décidé autrement. Malgré la présence de jure de Ibrahim Al-Assaf en sa qualité de ministre des Affaires étrangères, le prince héritier a repêché son poulain en le confirmant dans une fonction sensible. Tant que le roi Salmane est aux affaires, Adel Al-Joubeir se fera tout petit. Mais sera prêt à rebondir et se remettre sur selle à tout moment en cas de succession à la tête du pouvoir en Arabie saoudite.

Les plus lus

Felipe VI et Letizia se rendront à Sebta et Melilla les 13 et 14 octobre, sans Sánchez

Le couple royal espagnol effectuera son premier déplacement officiel...

À Paris, l’ONMT mise sur le Mondial 2030 pour séduire le marché français

Devant la presse réunie au Bristol, Achraf Fayda a...

Felipe VI à Sebta et Melilla : la cordialité des rois à l’épreuve de la souveraineté

Madrid présente la visite du couple royal comme une...

Madrid reporte son sommet avec Alger : Rabat au cœur d’un jeu diplomatique à trois bandes

L’Espagne a reporté sine die la Réunion de haut...

Polarium confie la France, l’Italie et l’Afrique du Nord à Anass Chaker

Le spécialiste suédois du stockage intelligent de l’énergie Polarium...

Gouvernement El Mansouri : l’Énergie sous les projecteurs, Benali et Benkhadra au centre des conjectures

La succession à l’Énergie attire déjà les regards au-delà du Maroc. Attaqa, média arabophone établi à Washington, avance plusieurs noms pour le gouvernement El Mansouri. Même spécialisée, cette attention étrangère souligne le poids d’un portefeuille exposé par une crise énergétique persistante, les prix des carburants et les intérêts des grands distributeurs. Avec, en toile de fond, les engagements du PAM sur leurs marges et une question politique : quelle relation le prochain ministre entretiendra-t-il avec Aziz Akhannouch ?
00:01:42

La Colombie ouvre son ambassade à Al-Qods et rompt avec la ligne Petro

La Colombie inaugure son ambassade à Jérusalem-Ouest et rétablit son accord de libre-échange avec Israël, consacrant le virage diplomatique engagé par Abelardo de la Espriella.

Ericsson fête ses 150 ans à Rabat : la Suède célèbre un siècle et demi d’innovation

L’ambassade de Suède à Rabat a célébré les 150 ans d’Ericsson, présent au Maroc depuis 1984. Clients, chiffre d’affaires et pari sur la 5G : les chiffres de son implantation.

Getty Images au bord de la faillite : le géant mondial de la photographie rattrapé par la dette et l’IA

Getty Images prépare un Chapter 11 et son retrait de la Bourse, avec jusqu’à 533 millions de dollars apportés par la famille Getty et Koch Equity Development.

Musées, œuvres, mémoire : la DGSN et la Fondation nationale des musées, gardiennes du patrimoine marocain

La DGSN et la Fondation nationale des musées signent une convention pour sécuriser les musées et protéger le patrimoine marocain contre le vol, la falsification et le trafic illicite.

Le Roi Mohammed VI reçoit Fatima Ezzahra El Mansouri et appelle à une mobilisation générale pour la prochaine étape

Le Roi Mohammed VI a reçu, mercredi 14 octobre 2026, Fatima Ezzahra El Mansouri, cheffe du gouvernement désignée, venue présenter l’état d’avancement de la formation du nouvel exécutif.

Crime organisé : cinq arrestations au Maroc en un mois, Stockholm salue Rabat

Un Suédois de 22 ans a été arrêté à Agadir grâce aux renseignements de la DGST. La police suédoise remercie le Maroc et fait état de cinq arrestations en un mois.

Au Parlement, l’héritier Benjelloun impose sa signature

Dès l’élection du président de la Chambre des représentants, Omar Mahmoud Benjelloun impose sa méthode, prend ses distances avec le PJD et bouscule les figures installées de la gauche.

Related Articles

Focus Thématiques