Révélations troublantes : Netanyahou aurait demandé l’augmentation des fonds au Hamas 10 jours avant le 7 octobre

Qui est, aujourd’hui, le véritable principal financeur du Hamas ? Les nouvelles révélations de Yedioth Ahronoth pointent désormais vers Benyamin Netanyahou lui-même, dans le cadre d’une relation de connivence tactique avec le Qatar, où chacun semble avoir joué un double jeu. Selon un rapport publié ce matin, 10 jours seulement avant le 7 octobre, Netanyahou aurait demandé à Doha, lors d’une réunion secrète à Jérusalem, non seulement de poursuivre les transferts financiers au Hamas, mais d’en accroître le volume, en insistant sur les fonds destinés à renforcer l’infrastructure de pouvoir du mouvement à Gaza. Le Qatar, tout en se présentant publiquement comme champion de la cause anti-sioniste, aurait ainsi continué à financer, avec l’assentiment du gouvernement israélien, le régime même qu’Israël prétendait contenir.


Dans un article d’investigation publié par le quotidien israélien Yedioth Ahronoth, le journaliste Nadav Eyal expose une série de faits qui jettent une lumière troublante sur la politique poursuivie par le gouvernement de Benyamin Netanyahou vis-à-vis de la bande de Gaza dans les semaines précédant l’attaque du 7 octobre 2023. L’enquête révèle qu’au début du mois de septembre, lors d’une réunion secrète organisée dans un hôtel de Jérusalem, des représentants officiels israéliens auraient demandé à un haut émissaire qatari non seulement de maintenir les transferts financiers vers le Hamas, mais d’en accroître le volume, dans le cadre d’un mécanisme visant à soutenir directement la capacité administrative du mouvement islamiste au pouvoir à Gaza.

Ces informations vont bien au-delà de ce qui était déjà documenté dans la presse internationale, notamment dans une enquête publiée par le New York Times en décembre 2023, selon laquelle Israël avait encouragé Doha à poursuivre le financement du Hamas afin de préserver une forme de stabilité sécuritaire. Le quotidien israélien évoque désormais une démarche plus proactive, orientée vers l’augmentation des fonds, à la demande expresse de dirigeants du Hamas et dans un contexte de tensions croissantes autour de la frontière de Gaza.

Selon l’enquête, la réunion de Jérusalem s’est tenue en présence du chef de la division sud du Shin Bet, du coordinateur des activités du gouvernement israélien dans les territoires palestiniens, ainsi que d’autres responsables sécuritaires agissant sur instruction politique. L’invité principal du côté qatari était Muhammad al-Emadi, figure centrale de l’architecture financière mise en place entre le Qatar, Israël et l’administration de Gaza depuis plusieurs années. À ce moment-là, la situation sur le terrain était décrite comme préoccupante : reprise des incidents près de la barrière frontalière, menaces de réactivation des « marches du retour », et indications selon lesquelles le Hamas cherchait à accroître sa marge de pression économique.

Le mécanisme évoqué par Nadav Eyal remonte à la fin de l’année 2021. Afin d’éviter l’introduction directe d’espèces à Gaza, Israël, le Qatar et les dirigeants du Hamas auraient convenu d’un dispositif indirect : Doha achetait du carburant en Égypte, lequel était ensuite transféré à Gaza comme « don » en nature. Le Hamas revendait ce carburant aux stations locales, générant des recettes qui servaient à payer les salaires des fonctionnaires de son administration et à consolider son appareil de gouvernement. Si les montants initiaux oscillaient entre trois et dix millions de dollars par mois, les bénéfices générés par la revente étaient, selon les sources citées, nettement plus élevés. Ces fonds n’étaient pas destinés à l’aide sociale ou à des programmes humanitaires, ils contribuaient directement au fonctionnement institutionnel du mouvement.

El Emadi Hamas
Al-Emadi aux côtés de Yahya Sinwar et d’Ismaïl Haniyeh.

Dans les semaines précédant la réunion, un émissaire qatari aurait rencontré Yahya Sinwar et d’autres responsables du Hamas à Gaza. À l’issue de ces discussions, Doha aurait transmis à Israël un message selon lequel le Hamas ne souhaitait pas une escalade militaire ouverte, mais entendait lier le maintien du calme à des concessions économiques supplémentaires. Les demandes auraient porté sur une augmentation des livraisons de carburant à la centrale électrique, un élargissement des achats de carburant en Égypte financés par le Qatar, ainsi que d’autres mesures financières permettant au Hamas d’accroitre ses liquidités.

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Muhammad al-Emadi est un haut représentant qatari, ambassadeur et envoyé spécial du Qatar chargé des affaires liées à la bande de Gaza et au soutien financier du pays. Il préside le Comité national du Qatar pour la reconstruction de Gaza, l’instance par laquelle l’émirat organise l’essentiel de l’aide financière qatarie destinée à la bande de Gaza, incluant des versements d’argent liquide, des aides aux infrastructures et des allocations directes à des familles démunies. Il est souvent documenté en train de rencontrer des dirigeants de Hamas.

C’est dans ce contexte que, selon Yedioth Ahronoth, les représentants israéliens auraient demandé à al-Emadi d’examiner une hausse des volumes de carburant financés par Doha et importés d’Égypte. L’objectif aurait été de sécuriser une prolongation de ce que les autorités israéliennes percevaient comme une « trêve fonctionnelle », fondée sur un compromis implicite : stabilité sécuritaire contre renforcement budgétaire de l’administration de Gaza.

Peu après cette rencontre, le directeur du Mossad, David Barnea, se serait rendu à Doha pour poursuivre les discussions et confirmer la poursuite du dispositif financier. Le quotidien rappelle que plusieurs hauts responsables du Shin Bet et de l’appareil sécuritaire avaient exprimé leur opposition à ce système dès son origine, estimant qu’il consolidait la capacité institutionnelle du Hamas. Toutefois, la ligne politique aurait été fixée au plus haut niveau, dans la continuité d’une stratégie visant à maintenir un calme relatif autour de Gaza, parfois, selon l’expression rapportée par le journal, « presque à tout prix ».

Cette approche reposait sur une évaluation stratégique partagée par de larges segments des services de sécurité israéliens : le Hamas n’aurait pas cherché un affrontement militaire majeur, mais aurait plutôt utilisé des gestes de tension contrôlée pour obtenir des avantages économiques destinés à stabiliser sa gouvernance. L’attaque du 7 octobre a brutalement invalidé cette lecture, révélant un décalage profond entre la perception israélienne des intentions du mouvement et la réalité opérationnelle du projet militaire qu’il préparait.

Les révélations du Yedioth Ahronoth interviennent ainsi dans un moment de remise en cause systémique en Israël, où enquêtes internes, débats parlementaires et controverses publiques interrogent les hypothèses sécuritaires, les choix politiques et la hiérarchie des priorités qui ont prévalu avant la guerre. Elles soulèvent une question politiquement sensible : dans quelle mesure la stratégie visant à « acheter le calme » en renforçant, même indirectement, l’appareil administratif du Hamas a-t-elle contribué à consolider son pouvoir à Gaza ?

Interrogés par le quotidien, le bureau du Premier ministre, le Shin Bet et le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires n’ont pas souhaité commenter ces révélations. Mais l’enquête de Nadav Eyal s’ajoute désormais à un corpus de plus en plus dense de documents, de témoignages et de rapports parlementaires qui dessinent une réalité moins linéaire que le récit sécuritaire officiel : celle d’un jeu d’équilibres cyniques, où le Hamas aurait été simultanément contenu, toléré et instrumentalisé.

Israël et Doha auraient non seulement utiliser le Hamas comme levier interne à Gaza, mais aussi comme variable d’équilibre dans la compétition d’influence régionale. Ce jeu s’inscrivait face aux ambitions de puissances rivales ou concurrentes, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite et à moindre mesure l’Égypteet la Syrie, pour lesquelles la question palestinienne demeure à la fois un enjeu stratégique, un terrain de légitimité politique et un instrument de projection de puissance.

Dans cette configuration, le Hamas apparaît moins comme un acteur isolé que comme un nœud d’intérêts croisés, maintenu en position de gouvernance fragile mais fonctionnelle, au prix d’un terrible drame humain supporté par la population de Gaza et avec des conséquences morales, politiques et humaines dont la portée dépasse désormais largement les frontières des territoires occupés.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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