Selon une enquête de The Observer, la Russie avait commencé à étudier plusieurs scénarios de succession à la tête de la Syrie avant la chute du régime de Bachar al-Assad. Asma al-Assad figurait parmi les principaux noms envisagés pour remplacer son mari, sur fond de tensions croissantes entre le président syrien et son allié russe.
La Russie aurait envisagé de remplacer Bachar al-Assad par son épouse, Asma, à la présidence de la Syrie. Cette hypothèse est rapportée par The Observer dans une enquête publiée le 12 juillet 2026 et fondée sur les témoignages de plusieurs personnes ayant été proches de la famille présidentielle et de l’appareil du régime syrien.
Selon le magazine britannique, les responsables russes avaient commencé, avant la chute du régime en décembre 2024, à établir une liste de personnalités susceptibles de succéder à Bachar al-Assad. Asma al-Assad figurait « près du sommet » de cette liste. Une source proche du régime affirme que l’idée de voir l’ancienne Première dame remplacer son mari avait été avancée par les Russes. Bachar al-Assad en aurait été informé, mais aurait accueilli cette possibilité avec dérision.
La frustration croissante de Moscou
Cette réflexion serait intervenue alors que les relations entre Moscou et le président syrien se détérioraient. D’après The Observer, Vladimir Poutine considérait Bachar al-Assad comme un dirigeant faible, dont le maintien au pouvoir avait nécessité l’intervention militaire russe à partir de 2015.
Après avoir contribué à préserver le régime syrien, le président russe aurait été de plus en plus irrité par le refus d’Assad de parvenir à des arrangements politiques avec les groupes rebelles du nord-ouest, les forces kurdes du nord-est et la Turquie. Cette absence d’avancée aurait poussé Moscou à envisager d’autres dirigeants capables de préserver le système en place tout en débloquant les négociations politiques.
Une influence grandissante au sommet du pouvoir
La place accordée à Asma al-Assad dans les réflexions russes intervenait alors que son influence avait considérablement progressé au sein du pouvoir syrien. Plusieurs sources interrogées par The Observer la décrivent comme une figure centrale dans les décisions du régime, notamment dans les domaines économiques.
Le magazine rapporte qu’elle dirigeait un « conseil économique », constitué d’hommes d’affaires, de conseillers et de responsables liés au régime. Ce réseau aurait participé à la gestion des affaires économiques de la famille présidentielle et à la redistribution de certains actifs après la mise à l’écart de Rami Makhlouf, cousin de Bachar al-Assad et ancien homme fort de l’économie syrienne.
Selon une source issue du régime, aucune décision importante ne pouvait parvenir au président sans l’accord de son épouse, Bachar al-Assad discutant avec elle des dossiers politiques, économiques et personnels. Un homme d’affaires syrien interrogé par le journal affirme également que les responsables gouvernementaux invoquaient régulièrement les volontés ou les décisions de la Première dame.
L’enquête présente ainsi Asma al-Assad comme une responsable disposant d’un pouvoir dépassant largement les fonctions protocolaires traditionnellement associées à une Première dame. The Observer affirme que cette position lui avait permis d’exercer un contrôle important sur certains secteurs de l’économie, l’aide internationale et plusieurs organisations rattachées au Syria Trust for Development.
Le père d’Asma al-Assad, Fawaz Akhras, a rejeté auprès du magazine les accusations concernant les intérêts économiques de sa fille. Il affirme que ces allégations n’ont jamais été étayées par des preuves et estime que l’enquête présente sa fille uniquement sous l’angle du pouvoir, de l’ambition et des accusations de malversations.
Un scénario abandonné avec la chute du régime
Lorsque l’offensive rebelle s’est rapprochée de Damas en décembre 2024, la Russie n’était plus en mesure de fournir au régime syrien le même soutien militaire que lors des années précédentes. Ses ressources étaient mobilisées par la guerre en Ukraine, tandis que l’armée syrienne, affaiblie par la corruption et le manque de motivation, cessait progressivement de combattre.
Asma al-Assad se trouvait alors à Moscou, où elle suivait depuis août 2024 un traitement contre une leucémie, comprenant une greffe de moelle osseuse. Le 8 décembre 2024, Bachar al-Assad a quitté Damas avec ses deux fils, avant de rejoindre en Russie le reste de sa famille, qui y avait obtenu l’asile.
La fuite de la famille Assad et la prise de Damas ont mis fin au scénario évoqué par les sources de The Observer. Asma al-Assad, un temps considérée par les Russes comme une possible remplaçante de son mari, a finalement quitté le pouvoir en même temps que lui.
Asma al-Assad : ce que révèle l’enquête de The Observer
Identité et parcours
- Nom de naissance : Asma Akhras.
- Nationalité : britannique.
- Origines : née et élevée à Londres, dans le quartier d’Acton.
- Scolarité : Queen’s College, établissement privé pour filles du centre de Londres.
- Durant son adolescence, elle utilisait également le prénom Emma.
- Avant son mariage, elle a travaillé dans la finance à Londres, d’abord pour Deutsche Bank, puis pour JP Morgan.
Rencontre et mariage avec Bachar al-Assad
Selon une ancienne camarade de classe interrogée par The Observer, la rencontre entre Asma Akhras et Bachar al-Assad aurait été organisée par la mère d’Asma, qui travaillait à l’ambassade de Syrie à Londres.
Bachar al-Assad étudiait alors l’ophtalmologie dans la capitale britannique. Il est retourné en Syrie après la mort de son frère aîné Bassel dans un accident de voiture, en 1994, devenant progressivement le successeur désigné de son père, Hafez al-Assad.
Asma a abandonné sa carrière bancaire pour le rejoindre. Le couple s’est marié en décembre 2000, six mois après l’accession de Bachar al-Assad à la présidence.




Création d’un réseau d’organisations
Après son installation à Damas, Asma al-Assad a créé plusieurs organisations présentées comme destinées au développement économique, à l’éducation et au financement de petites entreprises.
Ces structures ont ensuite été regroupées au sein du Syria Trust for Development, devenu l’un des principaux instruments de son influence institutionnelle.
D’anciens collaborateurs interrogés par le magazine affirment qu’à ses débuts, elle semblait réellement vouloir moderniser la Syrie et soutenir des projets sociaux, malgré le caractère autoritaire du régime.
Position durant la guerre en Syrie
Lorsque le soulèvement syrien a commencé en 2011, plusieurs connaissances et anciens collaborateurs ont espéré qu’Asma al-Assad utiliserait son influence pour modérer la répression.
Quatre Syriennes proches d’elle ont notamment demandé à la rencontrer afin de l’alerter sur les violences touchant les civils et les enfants. Selon le témoignage de l’une d’elles, Asma aurait d’abord semblé attentive avant de durcir son attitude après un appel téléphonique.
Elle n’est pas intervenue publiquement lorsque plusieurs anciens employés du Syria Trust ont été arrêtés. Elle est également restée silencieuse après l’arrestation, en 2012, de Rima Dali, une ancienne collaboratrice qui avait manifesté contre les violences.
En 2016, lors d’un entretien accordé à la chaîne russe Russia 24, Asma al-Assad a déclaré qu’elle n’avait jamais envisagé de quitter la Syrie ou son mari et qu’elle était restée à ses côtés par conviction.
Relations avec Bachar al-Assad
L’enquête évoque des tensions conjugales et des accusations d’infidélité visant Bachar al-Assad.
Un ancien proche du président affirme que le père d’Asma, Fawaz Akhras, aurait contribué à réconcilier le couple en échange d’une plus grande autonomie accordée à sa fille dans les domaines économiques et commerciaux.
Fawaz Akhras a catégoriquement rejeté auprès de The Observer les accusations d’infidélité et l’idée selon laquelle il aurait négocié un accord entre sa fille et son gendre.
Contournement des sanctions
Le magazine affirme qu’Asma al-Assad avait mis en place un réseau de collaborateurs à l’étranger afin de contourner les sanctions internationales.
Ces intermédiaires auraient notamment acheté pour elle du mobilier, des bijoux artisanaux et des objets de valeur en Europe.
À partir de 2020, son influence économique ne se limitait plus aux dépenses personnelles ou aux organisations caritatives, mais s’étendait à une partie importante de l’économie syrienne.
Prise de contrôle de l’économie syrienne
Selon plusieurs sources de The Observer, Asma al-Assad serait devenue la banquière de fait du régime.
Son ascension économique s’est accélérée avec la mise à l’écart de Rami Makhlouf, cousin de Bachar al-Assad et ancien homme fort de l’économie syrienne. Makhlouf contrôlait notamment des actifs dans les télécommunications, l’immobilier, le pétrole, la construction et les boutiques hors taxes.
Alors que la Russie réclamait à Damas le remboursement de dettes liées à son intervention militaire, le régime aurait demandé à Makhlouf de fournir des fonds. Sa réticence aurait permis à Asma al-Assad d’accélérer son éviction.
Makhlouf a été placé en résidence surveillée. Plusieurs de ses entreprises ont été fermées ou reprises par des personnes liées aux réseaux économiques d’Asma et au Syria Trust for Development.
Les « hommes de la dame »
Selon Jihad Yazigi, fondateur du site économique The Syria Report, aucune transaction importante ni opération immobilière majeure ne pouvait être réalisée sans que les représentants d’Asma al-Assad en soient informés.
Ces responsables étaient surnommés « Rjal Al Sitt », soit « les hommes de la dame ».
Des documents relatifs aux sanctions internationales décrivent également un conseil économique dirigé par Asma al-Assad. Ce réseau informel réunissait des hommes d’affaires, des conseillers et des personnalités liées au régime.
Parmi ses principaux lieutenants figuraient Yassar Ibrahim et Ali Najib Ibrahim, présentés comme des acteurs centraux dans la restructuration de plusieurs entreprises et actifs syriens après la chute de Rami Makhlouf.
Pressions exercées sur les entreprises
Des sources proches du régime affirment qu’Asma al-Assad favorisait des responsables économiques loyaux envers elle.
Des entrepreneurs auraient été soumis à des pressions pour céder leurs entreprises ou accepter les exigences de son entourage. Ceux qui refusaient auraient été exposés à des fermetures d’usines, au blocage de leurs comptes, à des accusations de fraude fiscale ou à des menaces d’arrestation.
Jihad Yazigi la décrit comme une responsable utilisant les services de l’État pour imposer son autorité économique.
Contrôle de l’aide internationale
Après plusieurs années de guerre, l’aide internationale était devenue l’une des principales sources de financement disponibles en Syrie.
Une personne impliquée dans les opérations humanitaires affirme qu’Asma al-Assad avait constitué un réseau permettant au régime de capter une partie de l’aide humanitaire et des financements destinés au développement.
Une part importante des aides transitait par le Syria Trust for Development. Selon cette source, les Nations unies savaient que le régime tirait profit de ce système, mais auraient estimé que ce mécanisme restait nécessaire pour permettre à une partie de l’aide d’atteindre la population.
Enfants placés dans des orphelinats
L’enquête affirme que des centaines d’enfants de détenus ou d’opposants ont été placés dans des orphelinats liés aux organisations patronnées par Asma al-Assad.
The Observer dit avoir consulté des documents demandant à certains établissements de ne pas remettre ces enfants à leurs proches. Ils auraient été utilisés comme moyens de pression sur leurs parents ou dans le cadre de négociations avec l’opposition.
D’anciens employés des orphelinats affirment avoir directement informé Asma al-Assad de ces pratiques. Une employée soutient qu’elle lui aurait répondu que ces enfants étaient ceux de « terroristes ».
Le magazine cite notamment le cas de Bissan Jouma, arrêtée à l’âge de 15 ans alors qu’elle était enceinte et accompagnée de son premier enfant. Ses deux enfants ont ensuite été placés dans des établissements supervisés par les organisations d’Asma al-Assad. Sa famille aurait demandé à plusieurs reprises leur restitution.
Deux anciens ministres des Affaires sociales, chargés de la gestion de ces orphelinats et décrits comme proches d’Asma al-Assad, ont été arrêtés après la chute du régime.

Influence au palais présidentiel
Une source issue du régime affirme qu’aucune décision importante ne pouvait être validée par Bachar al-Assad sans l’accord de son épouse.
Selon ce témoignage, le président discutait avec elle de tous les dossiers, politiques, économiques ou personnels, des décisions les plus limitées aux questions les plus importantes.
Un homme d’affaires syrien affirme que des responsables gouvernementaux justifiaient régulièrement leurs décisions en déclarant : « C’est ce que veut la dame » ou « Cette décision vient de la dame ».
Il affirme également qu’Asma disposait d’une équipe chargée de surveiller les responsables économiques et administratifs, avec des relais au sein des services de sécurité, de l’armée et du ministère de l’Intérieur.
Hostilité au sein du régime
Selon une autre source, l’influence d’Asma al-Assad lui avait attiré l’hostilité de nombreux responsables syriens.
Les hommes d’affaires lui reprochaient son intervention dans leurs activités. Les services de sécurité et de renseignement supportaient difficilement son influence sur le président. Des ministres contestaient son intervention dans les affaires gouvernementales.
La source résume cette perception en affirmant qu’elle était officiellement Première dame, mais qu’elle agissait comme une « deuxième présidente ».
Les derniers jours du régime
Durant la semaine du 2 décembre 2024, Asma al-Assad aurait demandé à plusieurs hauts responsables et collaborateurs de se rendre à Damas. Des employés auraient été rappelés et sommés d’annuler leurs déplacements, en prévision d’une réunion importante annoncée pour le week-end.
Selon The Observer, cette réunion aurait servi de couverture au départ de la famille présidentielle.
Dans la nuit du 7 au 8 décembre 2024, Bachar al-Assad a quitté Damas avec ses fils Hafez et Karim. Ils ont rejoint une base militaire russe avant de gagner Moscou, où le reste de la famille se trouvait déjà et où la Russie leur avait accordé l’asile.
Le magazine rapporte des témoignages situant Asma al-Assad et son père en Syrie la nuit de la chute du régime. Fawaz Akhras conteste cette version et affirme qu’il se trouvait avec sa fille dans un hôpital de Moscou.
Situation après la chute du régime
Selon The Observer, Asma al-Assad et Bachar al-Assad disposent de titres de résidence aux Émirats arabes unis et effectuent des déplacements entre la Russie et Dubaï.
Le magazine affirme qu’Asma aurait effectué un séjour à Dubaï en juin 2026, notamment au Waldorf Astoria.
Leurs enfants, la mère d’Asma et l’un de ses frères, Firas Akhras, vivraient à Dubaï. Des proches affirment que le couple souhaite s’y installer durablement, mais que les autorités émiraties leur permettraient pour le moment de séjourner dans le pays sans y établir leur résidence permanente.

Patrimoine et activités familiales
Un cousin d’Asma al-Assad affirme qu’elle vit confortablement et qu’elle aide son plus jeune fils, Karim, qui parle couramment le mandarin, à développer des intérêts commerciaux en Chine.
Une autre source affirme que le couple possède toujours des investissements dans plusieurs pays, dont la Bulgarie, la Russie, les Émirats arabes unis et le Liban.
Situation de ses frères
Deux sources bien placées affirment que les deux frères d’Asma al-Assad se sont vu refuser l’entrée au Royaume-Uni.
L’ancien ministre britannique des Affaires étrangères David Lammy a déclaré qu’Asma al-Assad n’était pas la bienvenue au Royaume-Uni.
Le ministère britannique de l’Intérieur et le Foreign Office n’ont pas précisé si une procédure de retrait de sa nationalité britannique avait été engagée.
Risques judiciaires
Asma al-Assad conserve sa nationalité britannique. Selon l’ancien procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo, cette nationalité pourrait permettre à la CPI d’examiner sa responsabilité, le Royaume-Uni étant partie au Statut de Rome.
Un mandat d’arrêt pourrait également être émis contre elle au Royaume-Uni.
En 2021, l’unité de la police métropolitaine de Londres spécialisée dans les crimes de guerre a examiné des accusations concernant son soutien au régime et sa participation à la communication officielle syrienne.
Un dossier a été transmis au Crown Prosecution Service. Les poursuites n’ont toutefois pas été engagées, notamment en raison des difficultés pratiques liées au fait qu’Asma al-Assad était peu susceptible de revenir au Royaume-Uni.
The Observer souligne qu’aucun autre citoyen britannique de l’époque contemporaine n’a occupé une place aussi centrale dans un gouvernement accusé de crimes de masse.





