Donald Trump aurait apporté son soutien au prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane avant l’opération menée contre l’aéroport de Sanaa, selon des responsables américains cités par Axios. Cette intervention, suivie de tirs de missiles et de drones houthis contre l’aéroport saoudien d’Abha, constitue la plus forte escalade entre Riyad et le mouvement yéménite depuis 2022.
Le président américain Donald Trump aurait donné son accord politique à Mohammed ben Salmane pour une action militaire contre les Houthis au Yémen, rapporte Axios, qui cite des responsables américains informés des échanges entre Washington et Riyad.
Selon le média américain, le prince héritier saoudien aurait personnellement évoqué cette opération avec Donald Trump lors d’un entretien téléphonique tenu vendredi, trois jours avant les frappes contre l’aéroport international de Sanaa.
Mohammed ben Salmane aurait demandé le soutien du président américain avant le déclenchement de l’intervention. Donald Trump le lui aurait accordé, affirme l’un des responsables américains interrogés par Axios. La Maison-Blanche n’a pas confirmé directement cet échange, tandis que l’ambassade d’Arabie saoudite à Washington n’a pas répondu aux sollicitations du média.
Des consultations entre Riyad et Washington
Les autorités saoudiennes avaient alerté Washington dès la semaine précédente sur la dégradation de la situation au Yémen et sur la possibilité d’une intervention contre les Houthis.
Jeudi, Reema Bandar Al-Saud, l’ambassadrice saoudienne aux États-Unis a rencontré le secrétaire d’État américain Marco Rubio. Celui-ci s’est ensuite entretenu, vendredi, avec le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Fayçal ben Farhane. La conversation entre Donald Trump et Mohammed ben Salmane serait intervenue peu après.
Un avion iranien au centre de l’escalade
Les tensions avaient commencé une dizaine de jours auparavant avec l’arrivée à Sanaa d’un avion appartenant à la compagnie iranienne Mahan Air. L’appareil avait transporté une délégation de responsables houthis vers l’Iran pour assister aux funérailles de l’ancien Guide suprême iranien Ali Khamenei.
Ces liaisons directes entre l’Iran et Sanaa n’avaient plus été observées depuis plus de dix ans. L’Arabie saoudite redoutait que ces vols servent également au transfert d’armes, de composants militaires ou de conseillers iraniens vers les zones contrôlées par les Houthis.
Un responsable américain cité par Axios présente Mahan Air comme une compagnie liée aux Gardiens de la Révolution iraniens et rappelle qu’elle fait l’objet de sanctions américaines.
Lors du premier vol, les Houthis avaient affirmé que des avions de combat saoudiens avaient tenté d’empêcher l’appareil d’atterrir à Sanaa. Le mouvement avait ensuite menacé de viser les aéroports saoudiens en cas de nouvelle intervention.
L’aéroport de Sanaa frappé
Lundi, alors que l’avion iranien ramenait la délégation houthie, la piste de l’aéroport de Sanaa a été bombardée. L’appareil a dû modifier sa trajectoire et atterrir à Hodeïda, sur la côte de la mer Rouge.
Axios attribue l’opération à l’armée saoudienne. D’autres comptes rendus indiquent que le gouvernement yéménite reconnu internationalement, soutenu par Riyad, a revendiqué l’action destinée à empêcher l’atterrissage de l’avion iranien. Les Houthis ont, pour leur part, directement accusé l’Arabie saoudite.
Un responsable américain cité par Axios affirme que l’appareil transportait des armes, des pièces de missiles et des experts militaires destinés aux Houthis. Cette affirmation n’a pas été confirmée publiquement par une source indépendante.
Les Houthis ripostent contre l’aéroport saoudien d’Abha
En réponse, les Houthis ont annoncé avoir tiré des missiles balistiques et des drones contre l’aéroport international d’Abha, dans le sud-ouest de l’Arabie saoudite. Les autorités saoudiennes ont intercepté les projectiles, selon Reuters. Aucun bilan humain n’a été signalé dans l’immédiat.
Le mouvement yéménite a également demandé aux compagnies aériennes d’éviter l’espace aérien saoudien jusqu’à la levée des restrictions imposées aux vols à destination de Sanaa.
Ces échanges de frappes constituent la confrontation directe la plus importante entre l’Arabie saoudite et les Houthis depuis l’instauration d’une trêve sous l’égide des Nations unies en 2022. Malgré l’expiration officielle de cet accord, une désescalade informelle avait permis de limiter les attaques transfrontalières pendant près de quatre ans.
La reprise des hostilités menace désormais ce calme relatif. Elle pourrait rouvrir un front militaire entre Riyad et les Houthis et étendre les tensions régionales liées à l’affrontement entre les États-Unis et l’Iran.
Le fait que Mohammed ben Salmane ait, selon Axios, informé Donald Trump à l’avance et sollicité son soutien indique que Riyad envisageait dès le départ le risque d’une riposte houthie et d’un engagement plus durable.






