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Othman El Ferdaous : « Après 2030, le relais de croissance du Maroc sera ouest-africain »

Entretien avec l’ambassadeur du Royaume du Maroc en Côte d’Ivoire, en marge du Groupe consultatif pour le financement du PND ivoirien 2026-2030

Les 8 et 9 juillet 2026, À Abidjan, la mobilisation marocaine autour du Programme national de développement ivoirien 2026-2030 a porté l’empreinte de S.E.M. Othman El Ferdaous. Ancien secrétaire d’État chargé de l’Investissement, puis ministre de la Culture, de la Jeunesse et des Sports, l’ambassadeur du Maroc en Côte d’Ivoire abordait son premier grand rendez-vous économique depuis sa prise de fonction avec l’agilité et l’énergie qui ont marqué son parcours gouvernemental.

Ces qualités se sont observées dans la prise en charge de la délégation marocaine : rendez-vous facilités, mises en relation ciblées, valorisation des expertises sectorielles et attention particulière accordée aux attentes des entreprises. L’ambassadeur et ses équipes ont accompagné les dirigeants avec disponibilité, bienveillance et pragmatisme, en cherchant pour chacun les interlocuteurs, les projets et les partenaires les plus pertinents.


La mobilisation a atteint un niveau record. Selon le chiffre annoncé par le président de la CGEM, M. Mehdi Tazi, 261 participants marocains se sont inscrits à l’événement. La délégation représentait plus de 100 entreprises actives dans la finance, l’énergie, les infrastructures, la santé, l’industrie, l’agroalimentaire, le numérique, l’éducation, le sport et les services. Dans l’entretien, Othman El Ferdaous évoque « plus de 260 participants », venus rencontrer les opérateurs, les financeurs et les donneurs d’ordre ivoiriens.

Le dynamisme de l’ancien responsable gouvernemental chargé de l’investissement se lisait également dans le niveau des interlocuteurs ivoiriens mobilisés. Responsables gouvernementaux, dirigeants d’institutions publiques, financeurs et patrons de groupes privés ont présenté le Maroc comme une référence dans plusieurs domaines de développement. Les entreprises marocaines ont, pour leur part, découvert une Côte d’Ivoire en forte croissance, dotée d’une administration tournée vers l’exécution et engagée dans la mise en œuvre du plan de développement impulsé par S.E. le président M. Alassane Ouattara.


Le PND 2026-2030 comprend près de 900 projets, pour un volume d’investissements estimé à 175 milliards d’euros. Environ 70 % de ce financement doit être mobilisé auprès du secteur privé. Ce programme constitue une source d’opportunités pour les entreprises marocaines, mais aussi une base de réciprocité : les entreprises ivoiriennes sont appelées à investir au Maroc, à y nouer des partenariats et à proposer leurs produits, leurs services et leurs expertises. 

Cette mobilisation transforme en projets l’engagement du Royaume à accompagner la Côte d’Ivoire dans une logique de co-construction. Elle s’inscrit dans le cap fixé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI lors de son discours prononcé à Abidjan le 24 février 2014, à l’ouverture du premier Forum économique maroco-ivoirien. Le Souverain y appelait les pays du continent à « faire confiance à l’Afrique », à bâtir des partenariats mutuellement bénéfiques et à faire de l’investissement et de la création de valeur les moteurs du développement africain.

Reception Residence de lAmbassade du Maroc au CIV
Réception à la Résidence de l’ambassadeur du Royaume du Maroc en Côte d’Ivoire de quelques membres de la délégation marocaine mobilisée à Abidjan autour du PND ivoirien 2026-2030. Autour de l’ambassadeur Othman El Ferdaous et du président de la CGEM Mehdi Tazi, des dirigeants d’entreprises marocaines représentant différents secteurs de l’économie.
Une diplomatie économique organisée autour des entreprises

Dans cet entretien, S.E.M. Othman El Ferdaous expose la logique économique de cette mobilisation. Il appelle à connecter les chaînes de valeur marocaines aux ressources et aux capacités de transformation ivoiriennes, à développer des coentreprises et à préparer les groupes marocains à servir les marchés africains de volume. Il invite également les opérateurs ivoiriens à utiliser le Maroc comme une plateforme industrielle, financière et commerciale vers les marchés internationaux.


Une importante délégation de la CGEM participe au Groupe consultatif du PND 2026-2030. Comment expliquez-vous l’engouement des entreprises marocaines ?

S.E.M. Othman El Ferdaous : La délégation de la CGEM, conduite par Mehdi Tazi, a positionné le Maroc en tête des partenaires de la Côte d’Ivoire. Plus de 260 participants se sont inscrits pour se positionner en amont des projets du PND et rencontrer leurs partenaires : financeurs, opérateurs et donneurs d’ordre.

La Côte d’Ivoire présente des fondamentaux sains, adossés à un bilan économique remarquable : une croissance de 7 % depuis quinze ans, un solide excédent commercial, un rôle de leader dans l’UEMOA et une monnaie stable. Depuis juin, elle est le seul pays subsaharien dont le risque d’endettement a été reclassé en « faible » par l’analyse conjointe du FMI et de la Banque mondiale.

Les entrepreneurs marocains y voient la confirmation du choix stratégique opéré de longue date par Sa Majesté le Roi Mohammed VI : une Afrique qui se prend en charge et qui fait confiance à l’Afrique.

La Côte d’Ivoire a compris que le développement durable se mesure aussi au remplissage du tableau des échanges intersectoriels. Le PND 2030 favorisera mutuellement l’accès de nos deux pays au rang de pays à revenu intermédiaire de la tranche supérieure.

Comment cette délégation a-t-elle été constituée et que vient-elle chercher ?

S.E.M. Othman El Ferdaous : Ces entreprises viennent semer les graines de leur croissance post-2030. Il y aura plus de naissances au Nigeria que dans toute l’OCDE dans les prochaines décennies. Il faut absolument arrimer l’économie marocaine à ces autoroutes de croissance, et la Côte d’Ivoire offre une plateforme de friendshoring extraordinaire pour le Maroc. Les cinq prochaines années seront critiques.

Les entreprises qui se sont déplacées mobilisent l’ensemble des métiers du PND : la finance avec le groupe CDG et Tamwilcom ; l’énergie avec Akwa, Green of Africa, Jet Energy, Nareva et l’ONHYM ; les infrastructures avec Autoroutes du Maroc, l’ONCF, TGCC, SGTM et l’écosystème TMSA ; la santé avec Akdital, Dislog, Laprophan, Sothema et T2S Group.

L’agro-industrie est représentée par Anouar Invest, Doomseed, Diana Holding, les Domaines Agricoles et Teralys ; l’industrie par Mafoder et Managem ; le numérique et la monétique par ABA Technology, Alomra Group, Finatech, HPS, M2M Group et N+One Datacenters ; la gestion des déchets par le groupe Arma ; le sport par Tibu Africa ; l’éducation par Hayan Group et l’Université internationale de Rabat. Et j’en oublie.

Le PND attend beaucoup du secteur privé et mise notamment sur les partenariats public-privé, qui sont beaucoup plus développés en Côte d’Ivoire qu’au Maroc. Il mise aussi sur la promotion de l’investissement privé et des champions nationaux. Nous voulons des joint-ventures et des coentreprises ivoiro-marocaines. C’est un langage que les entrepreneurs marocains comprennent et une responsabilité qu’ils acceptent.

Où en est aujourd’hui la relation économique entre le Maroc et la Côte d’Ivoire ?

Othman El Ferdaous : Elle se situe à un point haut, tout en restant très en dessous de son potentiel. Les entreprises marocaines sont effectivement très présentes dans le secteur tertiaire : finance, télécommunications, immobilier, offshoring, numérique et ingénierie, mais les marges de progression sont considérables dans l’industrie manufacturière et de transformation, les mines, les énergies et l’agriculture.

Après la Coupe du monde 2030, le relais de croissance du Maroc sera ouest-africain, et il se prépare aujourd’hui en connectant les chaînes de valeur marocaines à la Côte d’Ivoire.

L’amont agricole et minier ivoirien, intégré après une première transformation sur place aux écosystèmes industriels marocains, peut constituer une force de frappe importante sur les marchés internationaux.

Les entreprises marocaines à vocation panafricaine peuvent également servir les besoins hypercroissants de la classe moyenne africaine, notamment à travers des marques, des circuits de distribution et des politiques de prix adaptés aux réalités des marchés du continent.

Ivoiriens et Marocains peuvent s’associer pour conquérir le monde : réaliser les premières étapes de transformation en Côte d’Ivoire pour y incorporer les deux tiers de la valeur, avant d’effectuer certaines opérations complémentaires au Maroc afin de franchir le seuil de 35 % de transformation locale permettant d’activer les règles d’origine prévues par nos accords de libre-échange avec les États-Unis, l’Union européenne, les Émirats arabes unis ou la Turquie. 

Après 2030, le relais de croissance du Maroc sera ouest-africain, et il se prépare aujourd’hui.
OEF OuattaraS.E.M. Othman El Ferdaous

Que signifie concrètement la co-industrialisation ?

S.E..M. Othman El Ferdaous : Cela signifie sortir d’une division du travail héritée, dans laquelle l’Afrique exporte les matières premières et importe les produits transformés, comme le Maroc l’a fait avec les phosphates.

Grâce aux accords de libre-échange du Maroc et à leurs règles d’origine avec l’Union européenne, les États-Unis et les pays du Golfe, un produit fabriqué au Maroc avec des intrants ivoiriens déjà transformés peut accéder à un marché outre-mer de 1,1 milliard de consommateurs à haut pouvoir d’achat.

Les études sur les chaînes de valeur continentales : textile-habillement, agroalimentaire, automobile, électrique et électronique, montrent des complémentarités immédiates. Les trois quarts du coton africain partent vers l’Asie pour revenir sous forme de vêtements. Le cacao part en fèves et revient en chocolats, en pâtes à tartiner et en biscuits. L’hévéa part sous forme de caoutchouc et revient sous forme de latex et de pneus.

Notre thèse consiste à transformer ensemble et à posséder ensemble l’outil de production, afin que l’expertise circule de manière fluide au sein des filières ainsi constituées. Ces complémentarités amont-aval concernent des secteurs dont les produits finis présentent un fort potentiel d’exportation dans le monde, tandis que les produits semi-finis disposent d’un marché important en Afrique.

Quel message adressez-vous aux entrepreneurs marocains ?

S.E..M. Othman El Ferdaous : Ceux qui n’ont pas intégré la Côte d’Ivoire dans leur feuille de route pour les douze prochains mois courent le risque de s’enfermer dans une spécialisation à sens unique.

Pour réussir, les entreprises marocaines doivent travailler sur deux dimensions stratégiques. La première consiste à s’appuyer sur une double spécialisation, à la fois sur les marchés matures euro-américains et sur les marchés de volume de la Zone de libre-échange continentale africaine. Une entreprise qui travaille les matières grasses peut, par exemple, exporter des produits alimentaires en Afrique tout en commercialisant des produits cosmétiques en Europe.

La seconde consiste à s’intégrer dans l’amont agricole et minier tout en maîtrisant l’aval, en créant ou en rachetant des marques proches des consommateurs finaux. Il s’agit de capter la prime d’amont : approvisionnement, traçabilité et marge d’extraction, la prime de transformation : commodité, raffinage, formulation et optimisation logistique, puis la prime d’aval : marque, packaging, distribution et maîtrise de l’ensemble de la chaîne.

La Côte d’Ivoire offre une plateforme importante pour les groupes qui préparent l’après-2030 en travaillant sur ces deux dimensions. La vision de Sa Majesté est limpide : faire émerger des groupes panafricains pour conquérir le monde, ensemble.

Quels seront les prochains jalons après le Groupe consultatif ?

S.E..M. Othman El Ferdaous : Le suivi projet par projet, entreprise par entreprise et filière par filière. Il faut transformer les projets en conventions, les conventions en chantiers et les chantiers en emplois.

Un suivi conjoint sera assuré avec les autorités ivoiriennes, en cohérence avec le dispositif de redevabilité mis en place par le PND 2030. Nos institutions financières travailleront à la structuration de projets bancables.

La diplomatie économique se juge aux réalisations, pas aux communiqués ou aux bonnes intentions. Nous nous donnons des rendez-vous réguliers pour mesurer, corriger et accélérer.

J’invite également les opérateurs marocains qui n’ont pas pu participer au Groupe consultatif à se manifester, à solliciter leurs collègues qui ont effectué le déplacement pour un débriefing et à être force de proposition. De nombreux projets sont déjà en cours, mais il existe également une réelle disposition à en structurer de nouveaux.

Il faut penser parts de marché et supply chain plutôt que marges, et surtout considérer une présence durable en Côte d’Ivoire plutôt que des opérations ponctuelles. Il existe une courbe d’apprentissage, et le jeu en vaut très largement la chandelle.

Fin de l’entretien.

Nawfal Laarabi
Nawfal Laarabi
Intelligence analyst. Reputation and influence Strategist 20 années d’expérience professionnelle au Maroc / Spécialisé dans l’accompagnement des organisations dans la mise en place de stratégies de communication d’influence.

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