Le géant national OCP Nutricrops et Koch Ag & Energy Solutions, branche agricole et énergétique de l’un des plus importants conglomérats privés américains, ont signé un accord pour créer une nouvelle coentreprise à parts égales à Jorf Lasfar. Avec une capacité cumulée d’environ 2,5 millions de tonnes d’engrais phosphatés par an, leur dispositif prend une dimension particulière après la décision de l’administration Trump de rouvrir le marché américain aux engrais phosphatés marocains.
Koch Ag & Energy Solutions et OCP Nutricrops ont annoncé, ce vendredi 17 juillet 2026, la signature d’un accord prévoyant l’acquisition par le groupe américain de 50 % de Jorf Fertilizers Company I (JFC I), actuellement détenue par la filiale du groupe OCP. Une fois la transaction finalisée, les deux partenaires exploiteront conjointement cette unité industrielle, sous réserve des autorisations réglementaires et des conditions de clôture habituelles.
Koch, un géant industriel américain
Peu connu du grand public, Koch Ag & Energy Solutions est la branche spécialisée dans l’agriculture, l’énergie, les produits chimiques et le négoce de Koch Inc. Basé à Wichita, dans l’État du Kansas, ce conglomérat non coté affiche des revenus annuels supérieurs à 125 milliards de dollars et emploie environ 130.000 personnes dans plus de 50 pays.
Dans les engrais, le groupe intervient à travers Koch Fertilizer, qui commercialise des solutions de nutrition des plantes auprès des exploitants agricoles et des distributeurs, notamment en Amérique du Nord. Son rapprochement avec OCP permet donc d’associer la puissance industrielle de Jorf Lasfar à une implantation commerciale solide sur le marché nord-américain.
Les deux groupes travaillent déjà ensemble depuis 2022, année durant laquelle Koch avait acquis 50 % de Jorf Fertilizers Company III. Cette première coentreprise a ensuite été rebaptisée Kofert.
Une capacité cumulée de 2,5 millions de tonnes
JFC I possède et exploite une unité de production d’engrais phosphatés intégrée au complexe de Jorf Lasfar, avec une capacité pouvant atteindre 1,2 million de tonnes par an.
Après la finalisation de la transaction, JFC I et Kofert représenteront ensemble une capacité annuelle d’environ 2,5 millions de tonnes. Les deux sociétés constitueront ainsi deux coentreprises distinctes, détenues chacune à parts égales par Koch et OCP Nutricrops.
L’opération consolide la place de Koch au sein du complexe de Jorf Lasfar, présenté comme la plus grande plateforme mondiale de production d’engrais phosphatés. La production sera commercialisée auprès de clients internationaux, avec un intérêt particulier pour l’Amérique du Nord.
La crise d’Ormuz catalyseur de transformation
Le calendrier de l’accord donne une portée stratégique supplémentaire au rapprochement entre Koch et OCP Nutricrops. Si le Maroc dispose d’importantes ressources en phosphate, la fabrication d’engrais phosphatés repose également sur des intrants importés. Le soufre intervient dans la production de l’acide sulfurique, nécessaire à la fabrication de l’acide phosphorique, tandis que des produits comme le DAP et le MAP nécessitent aussi de l’ammoniac.
La crise du détroit d’Ormuz a accéléré la réflexion mondiale sur la sécurisation de ces matières premières. Une part importante des échanges internationaux de soufre, d’ammoniac, d’urée et d’autres produits destinés à l’industrie des engrais transite par le golfe Persique. Les perturbations enregistrées pendant le conflit avec l’Iran ont ainsi encouragé les producteurs à diversifier leurs fournisseurs, à mieux répartir leurs capacités et à nouer des partenariats industriels de long terme.
La reprise progressive des expéditions de soufre et d’urée après l’accord intérimaire annoncé en juin ouvre la voie à une normalisation des flux. Elle confirme également l’importance de chaînes logistiques plus flexibles, capables d’absorber les chocs tout en maintenant un approvisionnement régulier des marchés agricoles.
La crise d’Ormuz n’est pas présentée par Koch et OCP comme la cause directe de leur rapprochement. Elle renforce toutefois la pertinence de leur stratégie commune : augmenter les capacités disponibles, sécuriser les débouchés et contribuer à une offre mondiale d’engrais phosphatés plus diversifiée et plus résiliente.
Une fenêtre ouverte sur le marché américain
L’opération intervient également après la décision de l’administration américaine, avec l’intervention directe du Président Donald Trump, de suspendre certains droits appliqués aux engrais phosphatés importés du Maroc.
La mesure, annoncée le 29 juin 2026, doit s’appliquer pendant huit mois ou jusqu’à la levée de l’état d’urgence concerné. Washington l’a justifiée par les tensions sur l’offre mondiale, les difficultés d’approvisionnement des agriculteurs américains et la nécessité de diversifier les sources d’importation.
Cette décision améliore directement les conditions d’accès des produits marocains au marché américain. Elle donne aussi davantage de sens au partenariat avec Koch.
« Cet investissement s’appuie sur la collaboration fructueuse que nous avons développée à travers Kofert », a déclaré Scott McGinn, président de Koch Fertilizer. Il estime que la nouvelle coentreprise permettra au groupe d’élargir son offre d’engrais phosphatés.

Faris Derrij, président-directeur général d’OCP Nutricrops, a pour sa part présenté Koch comme « un acteur nord-américain clé ». Selon lui, l’accord doit améliorer la capacité des deux groupes à fournir aux agriculteurs des solutions fiables de nutrition des sols, tout en contribuant à la résilience des filières agricoles et à la sécurité alimentaire.

Comme cité plus haut, la finalisation de la transaction reste soumise à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires et à la réalisation des conditions prévues dans l’accord.






